CONTINUATION DES POEMES DE LA CROISADE
pliers, qui âgarait certainement dans le poème annoncé plus haut.
Faute de témoignages plus précis, il est permis de conjecturer que cette branche fut composée vers le commencement du xm^ siècle, à peu près en même temps que la seconde version du Chevalier au Cygne. Les six manuscrits la mentionnent et les plus anciens appartiennent incontestablement à la première moitié du xm® siècle.
On peut croire aussi qu'elle ne jouissait pas d'une vogue bien éclatante, puisque le copiste du manuscrit 1621 qui termine son volume par une traduction du Voyage de Charlemagne en Espagne, n'a pas jugé à propos de la transcrire, et que le traducteur en prose l'a également négligée et y substitue une copie de la Chronique d'Emoul de Giblet. C'était probablement une imitation plus ou moins embellie des chroniques latines, œuvre d'un trouvère de second ordre et que les jongleurs du xiii^ siècle ne jugèrent pas digne de flgurer à côté des branches précédentes ^
Ainsi, dès les premières années du xm® siècle^ le cycle de la croisade était complet.
A la Chanson d'Antioche et à celle de Jérusalem qui n'avaient subi depuis leur apparition que des remaniements partiels, étaient venues se joindre entre 1160 et 1180 la légende du Chevalier au Cygne et celle de l'enfance et de la jeunesse de Godefroi, œuvre anonyme de trouvères qui appartenaient probablement au pays de Liège ou à la Flandre wallonne.
Quelques années plus tard, entre 1180 et 1190, un trouvère de Douai, Graindor, avait remanié et renouvelé les
i. La continuation du récit versiGé de la croisade que renferme le manuscrit de Spalding cité par M. Paul Meyer {Rommia, janvier 1876), ne serait-elle pas cette branche dédaignée par les copistes français ? Les citations de M. Meyer ne sont pas assez complètes pour nous permettre de vérifier cette hypothèse.
deux branches les plus anciennes et avait introduit dans le cycle de la croisade un nouveau poème, celui des Chétifs, destiné à une longue popularité.
Enfin, dans les dernières années du xii'' siècle, un trouvère boulonnais, qui se nommait peut-être Renaud, avait remanié et amplifié toute la légende du Chevalier ou Cygne et de Godefroi de Bouillon, et à peu près à la même époque, un jongleur inconnu avait clos le cycle de la croisade, en chantant les triomphes des chrétiens en Palestine et la fondation de Tordre de Saint-Jean et de Tordre des Templiers.
L'âge de la maturité et du complet épanouissement était fini pour notre poésie nationale : elle allait entrer dans la période de décadence qu'inaugureront les premières traductions en prose : héroïque dans la Chanson d'Antioche et dans celle de Jérusalem^ déjà romanesque dans la légende des Chétifs et dans celle du Chevalier au Cygne^ elle va descendre lentement jusqu'à ce qu'elle tombe dans le roman d'aventures, sceptique, licencieux et burlesque, avec Baudouin de Sebourg, ou dans la platitude avec la fade compilation publiée par M. Ed. Reiffenberg.