I. Pour Dieu entendes chi, s'amendés vostre rie
Et s'entendés comment et par quelle maistrie On akiert paradis, chelle joie essauchie.
Tout ades {toujours) qui bien fait il en a se partie ; Mais aussi bien o'uns bons a chaseuns maoandie, Plus a li bons d'avoir, et plus a seigneurie. Bourgois est bonnerés qui d'avoir mouteplie.
Aussi est chevaliers qui est de grant lignie, Encore a miex .1. contes, s'a jouvence {chevance?) prisie, .1. dux est plus poissans qui terre a en baillie. Encore bault monte .1. roys et papes pour clergie, Ensi est-ce de l'ame quant du corps est partie. Com plus a fait de bien li corps en cheste vie,
222 BAUDOUIN DE SËBOURti. LK BATARD DÉ BOUILLON.
de bonhomie cynique, appartiennent à son siècle. Son poëme n'est pas plus une satire, qu'une apologie de ses contemporains : il n'a pas les prétentions philosophiques de Jean de Meung : ce qu'il veut avant tout c'est amuser ses auditeurs ou ses lecteurs : il connut leurs goûts : il sait qu'à ces palais blasés il faut des mets plus relevés que les fadeurs de l'amour chevaleresque, il sait que les courses fantastiques des chercheurs du Saint'-Graal ont lassé la curiosité publique, que le merveilleux des romans de la Table^ronde est usé, que la poésie romanesque est épuisée comme la poésie héroïque. Aussi cherche-t-il par tous les moyens à reconquérir la popularité. Aiix fabliaux il emprunte ces aventures scandaleuses qui font rire le bourgeois et sourire la châtelaine ^ ; aux voyages de Marco Polo la description de Bagdad, de l'Inde, de l'Asie centrale et la merveilleuse histoire du savetier Poliban ; à la légende de Saint-Brandan, la géographie fantastique du paradis terrestre et de l'enfer : il fait flèche de tout bois, il promène son lecteur du nord au midi, de l'Inde à l'Ecosse, de la Palestine à la Norvège : il l'étourdit en multipliant les personnages et les aventures : il suit trois intrigues à la fois, il est décousu, il est extravagant, mais il n'est pas ennuyeux. N'était-ce pas là son unique ambition? Toutefois, par sesqufilités comme par ses défauts, Baudouin de Sebourg n'est qu'un intrus dans la famille poétique où il a prétendu s'introduire : il n'a rien de commun avec Ëlyas et Godefroi de Bouillon ; mais s'il n'a pas d'ancêtres, il est lui-même un ancêtre, il est un des premiers de cette lignée qui se continuera par le Roland fiirieux et qui finira avec don Quichotte.
Tant est Tame de lui es sains cbias plas prisie,
Et de la gloire Dieu renhoit miex sa partie ;
Car selonc ce c'on fait est desserte [récompense) paie.
(12,552, f» 13i recto.)