Cf. plus haut, page
3. Early English Text Society, 1 vol. iii-S^, Londres, 1868, chez Trubner..
ESPAGNE. 2i7
branche da Chevalier au Cygne. M. de ReifiFenberg a reproduit ce curieux morceau dans le tome II des romans du Chevalier au Cygne et de Godefroi de Bouillon. Cette traduction dont Tauteur est inconnu et qui appartient probablement à la fin du xiv°ou au commencement duxv° siècle, désigne également le chevalier sous le nom d'Éneas et prend d'assez grandes libertés avec le texte français. Elle a même la prétention d'y ajouter de nouveaux épisodes et nous donne, par exemple, sur le siège de Mountbrante ou Montabraunt (Maubruiant ou Monbr niant), le château de Matabrune, sur les chefs qui commandent son armée et sur les exploits des assiégeants des détails qui n'existent dans aucune des versions précédentes. Interrompue après la prise de Maubruiant par une lacune assez considérable du manuscrit, elle reprend l'histoire du Chevalier au moment où son frère Esméré, vient le délivrer des mains du traître Agolant. Elle s'arrête avant l'arrivée d'Hélias à Niiiiègue, en renvoyant le lecteur curieux de connaître la suite de ses aventures aux gros volumes [magna voluminà) qui les ont racontées.
Singulière destinée de nos vieilles légendes qui après avoir charmé les ennuis du donjon féodal, et du foyer bourgeois, après avoir retenti sur la place publique aux foires de village, se glissaient jusque sous les arceaux du cloître, d'où elles étaient quelquefois sorties, et se faisaient pardonner leur allure profane, en la dissimulant sous le masque de la langue savante et sacrée !
La légende de Bouillon si répandue dans l'Europe du nord paraît avoir pénétré plus lentement dans les contrées méridionales. L'Italie avait 'traduit au xm® et au xiv® siècle la plupart des poèmes du cycle carlovingien et des romans de
la Table-Ronde. Avait-elle fait le même honneur à ceux du cycle de la croisade? Nous n'avons trouvé antérieurement au xvi" siècle aucun témoignage qui nous permette de Vaf' firmer.
L'Espagne nous a laissé au contraire un monument d'une haute importance historique et littéraire, qui nous montre les romans de la croisade déjà populaires de l'autre côté des Pyrénées dans la seconde moitié du xm® siècle.
La Bibliothèque royale de Madrid possède un manuscrit du commencement du xiv® siècle * dont il existe du reste un certain nombre de copies dans d'autres bibliothèques espagnoles et qui fut imprimé pour la première fois en 1503 à Salamanque par Hans Giessen (in f°) . La Bibliothèque des auteurs espagnols (t. XLIV, in-4**) l'a réédité sous le titre de Gran Conquistade Ultramar. Les critiques ne sont pas d'accord sur l'origine de cette compilation. Suivant les uns, l'ouvrage aurait été composé sous Alphonse X de Castille, suivant les autres sous Alphonse XL La plupart, et parmi eux, M. A. de Los Rios, auteur d'une des histoires les plus estimées de la littérature espagnole*, s'en tiennent à une note du manuscrit de Madrid qui attribue expressément à Sanche IV, roi de Castille (1284-1295) le mérite d'avoir fait rédiger cette histoire des guerres d'outre-mer *.
d . Ce manuscrit in-f», et écrit sur vélin, compte 360 feuillets à deux colonnes : il est coté J. 1.
2. D. Amador de Los Rios. Histoire critique de la Littérature espagnole, t. IV, p. 23 et sqq. (grand in-S», Madrid, 1863).
3. Esto libre de la grand historia de Ultramar que fue fecho sobre los nietos et los bisnietos del Caballero del Cisne, que fue su comienzo del caudillo de la grand bueste de Antioca, Godofre de Bullon, con sus bermanos, mando sacar de franceses en castellano el muy noble don Sancho rey
de Castiella sexto (?) rey de los que fueron enCastiella o en Léon que
hubieron asi nombre, fijo del muy noble rey don Alfonso el onceno (Alphonse X qui devient Alphonse XI, si on CQmpte parmi ses prédécesseurs le roi d'Aragon, Alphonse l«r, qui épousa la reine de Castille dona Urraca) e de la muy noble reina donna Violant, (Note finale du manuscrit de Madrid.)