Olivier de la Marche. Mémoires^ liv. I»', ch. xxix
ques variantes dans le récit de Jean Gerbrand et dans celui de van der Schueren devient désormais officielle dans la maison de Clèves et c'est à elle que nous devons les deux dernières traductions françaises des romans du Chevalier au Cygne,
La plus ancienne fat rédigée sous le règne de Louis XI par Berthault de Villebresme, sur la demande de Marie de Clèves, duchesse douairière d'Orléans. Elle a du être écrite entre 1465 et 1475 et n'a jamais été imprimée. Le seul exemplaire connu est un manuscrit du xvi** siècle conservé k la bibliothèque royale de Copenhague et qui avait appartenu au roi Louis XII *. Ce manuscrit a été décrit et imparfaitement analysé par M. Abraham dans sa Description des manuscrits français de la Bibliothèque royale de Copenhague (1. vol. in-4<*, 1844). D'après les renseignements fournis par M. Abraham et ceux qui nous ont été transmis de Copenhague, Berthault de Villebresme se serait contenté d'abréger la version du Chevalier au Cygne publiée par M. de Reiffenberg et sa traduction s'arrêterait au couronnement de Godefroi dans l'église du Saint-Sépulcre.
Soit que les nobles lecteurs n'aient pas été satisfaits de son travail, soit que son exemple lui ait suscité des imitateurs, un certain Pierre d'Esrey ou Desrey de Troyes entreprit vers la fin du xv® siècle une seconde traduction des romans du Chevalier au Cygne, dédiée à Louis. XII et à Monseigneur Angilbert de Clèves comte de Nevers.
Cette traduction fut publiée à Paris en 1504 chez Jehan Petit (in-f° gothique de 158 feuillets à 2 colonnes) sous le titre suivant ; Les généalogies avecque les gestes et nobles faicts d*armes du frès-p7^eux et renommé prince Godeffroy de Boulion, et de ses chevaleureux frères Baudoin et Evsface,
1. Roman du Chevalier au Cygne mis en prose par Berthault de Villebresme. (Fonds de Thott, n» 416, in-fo, 123 fenillets.)
LES TRADUCTIONS FRANÇAISES DU XV^' SIÈCLE. 2oo
1^552^ et descendus de la très-noble et illustre lignée du vertueux Chevalier au Cigne. Avecques aussi plusieurs cronicques d'histoires miraculeuses tant du bon roy Saint Louis que de plusieurs aultres puissans et vertueux chevaliers.
La traduction de d'Esrey fat réimprimée à Paris en 1511 et en 1523 et à Lyon en 1580 chez Arnoullet (1 vol. in-12). Cette dernière édition, dont la Bibliothèque nationale possède un exemplaire * , est la seule que nous ayons eue sous les yeux.
Dans sa préface datée de 1499 Fauteur prétend avoir Iraduit les chroniques latines et surtout le Miroir historial de maître Vincent (Galle ?), docteur en théologie, de l'ordre des frères-precheurs. Dans son second livre, qui commence avec la croisade et qui se termine en 1288, Pierre d'Esrey a suivi, en effet, les historiens latins et n'a rien emprunté aux romans français de la croisade ; mais son premier livre est la traduction exacte de la première partie du poëme publié par M. de Reiffenberg. Il commence, comme la version du trouvère flamand, au mariage du roi Pieron de Lillefort avec Matabrune et se termine par le récit du voyage de Cornumarant et de son retour à la cour du Soudan.
A en juger par les nombreuses éditions qui furent publiées dans le courant duxvi*^ siècle, la traduction de Pierre d'Esrey fut bien accueillie en France ; elle franchit le détroit et eut l'honneur d'être traduite à son tour une ou peut-être deux fois en prose anglaise. L'une de ces traductions aurait été imprimée en 1512 par Wynkin de Worde, mais on n'en connaît aucun exemplaire : l'autre, en admettant qu'il ne faille pas y voir une réimpression de la précédente, a été publiée par l'imprimeur Copland, sous le titre dé The S tory of the Knigt ofthe Stcan, et rééditée en 1858 par M. Thôms. Elle ne renferme que l'histoire du Chevalier au Cygne, c'està-dire le premier livre de Pierre d'Esrey.