S56 LA LÉGENDE INTERPRÉTÉE PAR LA RENAISSANCE
En traversant les siècles et en quittant son pays natal pour voyager du Danube à la Tamise, et de la Castille à la Scandinavie, la légende du Chevalier au Cygne avait déjà revêtu bien des formes diverses : il lui restait à subir une dernière métamorphose. Le pédantisme de la Renaissance allait s'en emparer à son tour, la commenter gravement, subâtituer la fantaisie scientifique à la fantaisie romanesque et faire .remonter Hélias aux Grecs et aux Romains, comme ne saurait s'en dispenser tout héros qui se respecte.
C'était le temps où Jean le Maire de Belges (Bavay en Hainaut) dans ses Illustrations de Gaule et Singularités de Troye (Paris, 1528, grand in-4**, gothique), et Richard de Vassebourg, dans ses Antiquités de la Gaule Belgique (Paris, 1549, 2 vol. in-f°), racontaient en l'accompagnant de savants commentaires, l'histoire du chevalier Salvius Brabo, le héros éponyme du Brabant, le vainqueur du géant Antigonus d'Anvers, le compagnon de Jules César, dont il avait épousé la nièce Siniane (Swane), fille de Charles Ynach, roi de Tongres et de Germana, sœur du général romain. C'était le temps ou Francus, fils d'Hector et aïeul de la race des Francs, remplaçait dans l'épopée française Charlemagne et le roi Arthur. Si les rois de France descendaient de Priam, la dignité des ducs <Je Clèves exigeait qu'ils comptassent parmi leurs ancêtres au moins un simple chevalier grec ou romain.
Cette nouvelle incarnation de la vieille tradition wallonne apparaît pour la première fois dans un ouvrage d'un savant ecclésiastique Etienne Wynants Pigghe (Stephanus Viandus Pighius) qui fut précepteur du dernier duc de Clèves.
Dans son Hercules Prodicius, seu principis juventutis vita