‹ Le cycle de la croisade et la famille de BouillonChapitre 73 sur 76 · L.V LÉGENDE INTERPRÉTÉE PAR LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

L.V LÉGENDE INTERPRÉTÉE PAR LA RENAISSANCE

et peregrinatio, (Cologne, Zetzner, 1609, in-8*», p. 51.) Pighius raconte l'aventure d'une duchesse de Clèves sauvée, en 711, par Hélias du Graal qui Téppusa, mais qui disparut en 732. Dans les anciens temps, ajoute-t-il, on regardait ce chevalier comme un envoyé du ciel, venant directement du Paradis, mais après mûre réflexion, il croirait plutôt devoir attribuer son origine à une illustre famille romaine, dont un membre iElius (Helias) Gracilis (du Graal!!!), est cité par Tacite {Annaks, liv. XIÏI, chap. Lm) comme ayant gouverné la Gaule Belgique.

Un rapprochement aussi concluant ne pouvait manquer de frapper les érudits : aussi la nouvelle version ne tardet-elle pas à s'accréditer parmi les annalistes du pays ou de la maison de Clèves.

Sans reproduire ici les nombreuses variantes que M. de Reiffenberg a recueillies avec un soin minutieux dans l'Introduction du Ckevaliei* au Cygne et de Godefroi de Bouillon, nous nous contenterons de citer un passage de Hermann Stangefol * qui résume a peu près toutes les opinions.

(( L'illustre chevalier ^Elias était venu de Grèce sur un » navire qui remonta le Rhin, et qui le porta à Clèves ou à )) Nimègue auprès de sa fiancée Béatrix. Les anciens imagi- )) nèrent en conséquence que ce navire qui se nommait le )) Cygne avait été conduit par un véritable cygne qui le )) traînait ou le guidait avec une chaîne d'or. Cet héroïque ')) chevalier, ayant succombé en 733 dans une bataille contre )) les Turcs, les éternels ennemis du nom chrétien, alla re- » cevoir au paradis les palmes du martyre. Voilà sans doute » pourquoi on prélendit plus tard qu'il était originaire du )) paradis terrestre, ou plutôt d'un monastère appelé le Pa-

1. Hermann Staugefol, Xmxaks Circnli Wesiphalûv. Cologne, 1656, in-4o, Livre II, p. 42 et sqq., cite par M. de Heilfenberg, t. H, p. 125.

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» radis et situé dans la Thurgovie. De là cette multitude de )) versions ou de fables recueillies par les lûstoriens ou par )) les poètes sur l'origine dudit chevalier ou seigneur.

» Jean Hoverman^ conseiller intime de Guillaume duc » de Clèves et de Juliers, assure qu'il descendait d'un certain )) Théodoric ou Dalthée de Thurgovie, et qu'il reçut de Da- » gobert ou de Sigebert rois des Francs, le gouvernement » de Clèves et de Nimègue, en récompense de ses éclatants » services. Suivant les Annaks de Clèves il serait venu du » paradis terrestre, et serait arrivé à Clèves ou à Nimègue » sur une barque qu'un cygne traînait avec une chaîne » d'or.

)) Ce serait en souvenir de ce prodige qu'on aurait placé )) l'image d'un cygne au sommet du donjon ou de la princi- )) pale tour du château de Clèves, et qu'on aurait multiplié » ce même emblème sur les murailles, les tableaux et les ') tapisseries de ce château.

» Martin Delrio * ne craint pas d'affirmer qu'il devait la )) naissance à quelque mauvais esprit.

» Etienne Pighius dans son Hercules Prodicim le fait des- » cendre d'une famille romaine, celle d'^Ëlius Gracilis.

» Jean Turck, greffier de Clèves: le croit originaire d'une » ville de Suisse, Cleve% aujourd'hui Claventia (ou plutôt » Clavenna) ou du monastère du Paradis en Thurgovie.

» Pierre Streithagenus, dans ses Tétravchies, l'appelle » iËlius Grains, parce qu'il était venu de Grèce..., etc. »

Stangefol aurait pu ajouter à cette nomenclature la version de Malbrancq qui, dans son de Morinis (t. I, p. 277, Tournai, 1639, in-4**), fait du Chevalier au Cygne le fils d'un

1. Savant jésuite, auteur d'un ouvrage en six livres, intitulé bisquisitionea Magiae (1599).

2. Clavenne on Chiavenna, en allemand Clavcn ou Clefen. sur la Maira. dans la province de Sondrio.

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