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LES CHANTS ÉPIQUES

Les chants épiques, qui ne circulent plus guère aujourd'hui que dans le peu

i. Sur Marko Kralievitch et sur l'épopée populaire serbe on peut consulter en français Chants populaire des Serbiens, traduits par Mme Élisa Voïart

pie chantes par des gouslars ' aveugles, jouaient naguère un rôle plus relevé dans la vie sociale. Ils étaient chantés à la table des grands. Nous avons à ce sujet un curieux témoignage du xvnp siècle. « Au temps de mon enfonce, écrivait le Croate Georges Krijanitch 2, existait encore cet usage chez les Croates et chez les Serbes. Les personnages de marque, les voïévodes

(d'après la version allemande de Talvi, 2 vol., Paris, 1834); D'Avril, La bataille de Kosovo, rhapdis serbe (Paris), et surtout Auguste Dozon, L'epopee serbe iin-8% Paris, Leroux, 1888). — En allemand, un travail fort utile est celui de M. V. Jagic, Kraljevic Mario kur~ki~^irt nach der serbi chen Volksdichtung, Archiviûr Slavische Philologie, t. Y, 1881, p. 459-455.

1. Joueur de gu^la ou plus exactement gusJe. On sait que ce nom de guzla a été vulgarisé chez nous par Mérimée dans un recueil qui constitue une audacieuse et plaisante mystification. La guzlaest un instrument monocorde que le chanteur racle avec un archet.

2. Sur Krijanitch, voir mes Nouvelles études, slaves t 1 vol. in-120, Paris, E. Leroux, 1880, p. 1-47.

étaient assis à la table et derrière eux des guerriers chantaient les exploits des héros. Leurs chants célébraient la gloire de Marko Kralievitch, de Novak Debeliak, de Miloch Kobilitch et d'autres héros » Au xvme siècle, le chroniqueur bulgare Paisii écrivait : « Notre peuple a beaucoup de chants sur Kralievitch; mais beaucoup de ces chants ressemblent à des fables. Si l'on prend au sérieux tout ce qu'ils racontent Marko serait un impudent personnage et un ivrogne, sans parler de ses autres défauts. » Le bon Paisii n'a pas tort : le fait est que Marko, comme nous le verrons tout à l'heure, n'est pas tout à fait un paladin sans reproches.

Le premier littérateur qui eut l'idée de recueillir les chants relatifs à Marko, ce fut, au xvie siècle, le poète ragusain Pierre Hektorovitch. Il a publié, dans son poème sur La Pèche, trois chants qu'il avait recueillis de la bouche des pécheurs, ses compatriotes. Aujourd'hui on estime à plus de deux cent cinquante le total des

poésies connues relatives au héros légendaire.

Le contenu de ces poèmes n'est guère d'accord avec Le peu que l'histoire nous apprend sur la personne de notre héros. L'épithète de Kralievitch attachée à son nom ifil de kral, c'est-à-dire fils de roi) nous indique son illustre origine. C'est le fils du roi Vlkachin ou Vukasin (Youkachin) Mrniatchevitch. C'est aussi, comme certains héros de l'épopée populaire russe, le fils d'un dragon. Sa mère, suivant certaines chansons, est une princesse Euphrosvne, fille du voïévode Momtchilo.

Suivant des légendes fantastiques il est le fils d'une Yila, une sorte de nymphe ou de sirène slave 1 que son père a prise dans un lac et qu'il a obligée à devenir son épouse. Il a été nourri du lait d'une Yila et, en récompense de services rendus à une autre Yila, il a reçu un sabre et un cheval. Un poème du recueil de Youk (II,

2. Sur les Yila?, voir ma Mythologie slai':t Paris, E. Leroux, 1901. p. 166-17$;

25) désigne comme son lieu de naissance Scutari d'Albanie, dont il fait une charmante description :

Quelle jolie ville que Skadar sur la Boïana ! Si tu regardes la montagne au-dessus du château, elle est toute plantée de figuiers et d'oliviers et de vignes chargées de raisins, — Si tu regardes à pic au-dessous du château, tu vois une plaine de blanc froment ; autour d'elle une vaste prairie qu'arrose la verte Boïana, où frétillent maints poissons .

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