‹ Le cycle épique de Marko KralievitchChapitre 5 sur 11 · CARACTERE ET EXPLOITS DE MARKO · texte numérisé non relu

CARACTERE ET EXPLOITS DE MARKO

Marko ne vient point au monde avec cette force invincible qui plus tard fera trembler le sultan lui-même dans son palais de Stamboul. Dans son enfance, il garde les troupeaux; il est souvent rudoyé par les bergers ; un jour on l'envoie à la recherche d'un cheval échappé. Il pénètre dans une forêt. Il aperçoit une belle fille

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endormie dont le visage est brûlé par le soleil. C'est une Vila. Il coupe une branche verte et la pose au-dessus de la tète de la dormeuse, de façon à lui donner de l'ombre. La Vila se réveille et, pour le remercier de cette attention, elle lui demande quel don il désire d'elle : « La force pour résister aux mauvais traitements des bergers. » La Vila l'allaite un instant de son lait. « Maintenant arrache-moi ce petit chêne. » Marko essaye sans aucun succès. La Vila l'allaite encore une fois et l'invite a recommencer l'épreuve. Cette fois Marko réussit : « Te voilà fort maintenant, dit la Vila ; tu peux t'en aller. » Désormais Marko tient tête aux bergers et les rosse au besoin.

De son enfance les chansons nous apprennent d'ailleurs peu de chose. Certaines chansons le représentent gardant les troupeaux et mourant de faim.

D'autres font de lui un type de rôdeur et d'ivrogne : « II va partout sans demander à personne, et partout où il va il boit du

vin. » Ce goût pour le vin, — le vin rouge ou noir (rujno vino, crno vino), Marko

le partage avec la plupart des héros serbes et ce trait de caractère n'est peut-être pas indifférent. En exaltant les héros qui se plaisent à boire le vin âpre du pays, la chanson serbe les oppose tacitement aux mécréants turcs qui ne boivent que de l'eau.

Comme les entants et les barbares, Marko offre dans ses attitudes et dans ses actions, les contrastes les plus violents. C'est parfois un bonhomme très pacifique qui va par le monde, apaisant les querelles ; parfois un monstre de cruauté. Il passe aux yeux de ses parents pour un homme juste qui ne craint que Dieu seul. Après la mort du fameux empereur ' Douchan, divers prétendants se disputent la succession au trône ; le prototope Xedelko les engage à prendre Marko

i. Douchan, tsar de Serbi?, mort en 1355. On lui doit un Code qui a été étudié par M. Dareste d">.ns le Journal des Savants, 1886, p. 76-95.

pour arbitre. C'est lui qui est, Dieu sait pourquoi, le gardien des titres généalogiques. Il décide en faveur de l'héritier légitime Ouroch contre son propre père, contre ses oncles. C'est lui qui, après avoir fait proclamer Ouroch, le défend contre leurs revendications en dépit de la malédiction paternelle.

Quand le roi Voukachin a entendu cette décision, il devient furieux :

11 s'élance et tire son poignard pour en percer son fils.

Marko se mit à fuir devant son père, car il ne lui convenait pas de se battre avec celui qui l'avait engendré ; il se mit à fuir autour de l'église, de la blanche église de Samodreja; déjà il en avait fait trois fois le tour, et, comme son père était sur le point de l'atteindre, une voix sortit du sanctuaire : « Réfugietoi, dans le temple dit-elle, Marko Kralievitch . Ne vois-tu pas que tu vas périr, périr de la main de ton père, et cela pour la justice du vrai Dieu? » Les portes s'ouvrirent, Marko se précipita dans le temple et sur lui elles se

refermèrent. Le roi se jeta sur les portes ; de son poignard il frappa le bois, et du bois le sang commença à couler. Alors le roi se repentit et il dit ces paroles : « Malheur à moi, voici que j'ai tué mon fils Marko ».

Mais la voix reprit du sanctuaire :

« Écoute, roi Voukachin, ce n'est point ton fils Marko que tu as transpercé mais un ange du Seigneur. » Contre Marko le roi était violemment irrité et il se mit à le maudire avec rage :

« Marko, mon fils, que Dieu t'extermine. Puisses-tu n'avoir ni tombeau ni postérité et puisse la vie ne pas te quitter que tu n'aies servi le tsar des Turcs ! »

Le roi le maudit, le tsar le bénit : « Marko, mon parrain, Dieu t'assiste ! Que ton visage brille dans le Conseil ! Que ton épée tranche dans le combat ! Qu'il ne se trouve point de preux qui l'emporte sur toi et que ton nom partout soit célébré, tant qu'il y aura un soleil, tant qu'il y aura une lune ! »

Ainsi avaient-ils dit, ainsi lui est-il arrivé *.

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