‹ Le czar Démétrius, tragédie en cinq actes et en versChapitre 38 sur 58 · ACTE IV, se. I · texte numérisé non relu

ACTE IV, se. I

Uu infernal complot trompa mon cœur sincère ; Je t'aimais comme un fils et tu n'es pas ma mère!... Mais le ciel t'a fait reine; et cet auguste rang T'impose des devoirs plus grands que ceux du sang. Songe qu'enfin le ciel, après tant de souffrance, Rend un sceptre à ta race, un fils à ta vengeance! Il te rend des grandeurs que tu n'espérais plus. Étouffe, il en est temps, des regrets superflus! Ce fils qu'appelle en vain la douleur d'une mère , Je ne dërobe rien à sa froide poussière; Dans la nuit du tombeau pour toujours endormi , Je ne dérobe rien qu'à son lâche ennemi !

Je l'ai vengé ! Mon bras t'arrache triomphante A la tombe où Boris t'ensevelit vivante.

Nos destins sont unis par de puissans liens; Mon triomphe est à toi; mes dangers sont les tiens; Avec moi relevée, avec. moi tu succombes; Et du trône d'Iwan pour jamais tu retombes.

Mon cœur est sans détout* ; ma parole est sans fard ; Je ne suis point ton fils... Eh! bien, je suis le Czar. J'ai pour moi le pouvoir, le succès, là fortune. Tu peux perdre ou sauver notre grandeur commune; Le temps n'a rien laissé de ce fils adoré; Et jusqu'à sa poussière il a tout dévoré; Dans sa tombe, il n'a plus de bras pour te défendre, De cœur pour te chérir , de voix pour te l'apprendre; Mais tout entier, Marpha, tu ne Tas point perdu; En amour , en respect , le ciel te l'a rendu.

58 LE CZAR DEMÉTRlUS.

MARPHA

Jeune homme, la candeur dans ta bouche respire.

Et je ne sais vers toi quel doux penchant m'attire.

Sans l'aspect de ces lieux où mourut mon époux,

Sans l'ombre de mon fils qui se place entre noua.

Noble aj)pui de mon sang, vengeur de mon outrage.

Je t'ouvrirais ce cœur dôilt tu servis la rage ! j

Mais, hélas;! conçois-tti par quels maux, à quel prix,

J'achète le bonheur de voir tomber Boris !

Aux plus cruels regrets quand mion ame est en proie,

A ce front désolé puis-je imposer la joie ?

Sur ce trône où mes yeux ne verront qu'un cercueil^

Tout va renouveler et proscrire mon deuil !

Nuit cruelle, toujours présente à ma pensée.

Ne seras-tu jamais de mes yeux effacée?

Mon fils, triste victime égorgée au berceau.

Quand pdurrai-je oublier l'aspect de ton bourreau

M'apparaissant dans l'ombre, et sa voix menaçante^

Et les cris étouffés de ta bouche sanglante ,

Tes bras vers moi tendus et m'implorânt en vain ,

Tort flanc siî^ fois ouvert sous le fer assassin !

De quel front supporter le regard d'une inère, •

Qui joyeuse viendra bénir mon sort prospère ,

Et hie demandera ce que j'ai dû sentir

En voyant mon enfant de son tombeau sortir ?

Dis-moi , -que lui répondre? A mon ame éperdue

S'il échappait alors une plainte imprévue ,

Page 1