‹ Le daguerréotype mis à la portée de tout le mondeChapitre 8 sur 13 · EXPOSITION A LA VAPEUR DU MERCURE · texte numérisé non relu

EXPOSITION A LA VAPEUR DU MERCURE

A sa sortie de la chambre obscure, la plaque ne présente aucun dessin visible. L'image photographique n'y existe encore qu'à l'état latent. C'est en exposant la plaque à la vapeur du mercure qui se combine avec la couche impressionnable proportionnellement à l'impression de la lumière, que cette image devient sensible, et obtient toutes les dégradations de teinte depuis le blanc mat du mercure jusqu'au noir fourni par le bruni de l'argent.

La manière de procéder à cette opération est trèssimple : on place la plaque surmontée de sa planchette dans la boite à mercure, et sur des rainures qui l'y maintiennent dans une inclinaison de 45° environ. Cela fait, on ferme le couvercle de la boite pour que la vapeur mercurielle ne se répande pas dans le lieu où l'on opère, puis, avec une lampe à esprit de vin, on chauffe la cuvette qui contient le mercure, jusqu'à ce qu'elle commence à brûler la main, puis enfin, on

suit, au moyen d'une bougie, à travers la petite vitre située en face de la plaque, les progrès de la vaporisation du mercure sur la couche sensible.

Lorsqu'on juge l'épreuve bien sortie, c'est-à-dire, lorsque les blancs et les noirs paraissent avoir acquis toute l'intensité convenable, on sort la plaque de la boite à mercure ; mais on la conserve toujours dans l'obscurité jusqu'à ce qu'elle subisse l'opération du lavage.

Il peut arriver qu'après un premier chauffage, l'image photographique ne soit pas sortie assez nettement, quelle ne soit même pas sortie du tout, alors on chauffe la cuvette une seconde fois, une troisième fois, enfin autant de fois que cela sera nécessaire pour obtenir un résultat quelconque. Généralement, les épreuves qui se dessinent d'une manière vigoureuse dès le premier chauffage, sont aussi celles qui sont le mieux réussies ; cependant , nous avons quelquefois obtenu des épreuves non moins belles, qui ne commençaient à paraître qu'après le troisième , le quatrième , voire même le cinquième chauffage de la cuvette à mercure. Il nous arriva même, un soir, d'oublier dans la boîte à mercure , une plaque sur laquelle plusieurs chauffages consécutifs n'avaient apporté aucune dégradation de teintes , et le lendemain nous ne fûmes pas peu surpris de voir que la plaque rebelle nous avait donné une magnifique épreuve. Nous avons depuis réitéré souvent des expositions semblables, pour des épreuves un peu ternes, mais fort bien venues du reste , et elles y ont constamment ac-

quis une plus grande vigueur de ton dans l'ensemble, en même temps que les détails s'y trouvaient accusés avec une netteté admirable.

La vitre qui sert à regarder dans la boite à mercure n'étant pas située parallèlement à la plaque, il faut une certaine habitude pour distinguer, sur celle-ci, l'image que l'on y cherche. Cette image est formée quelquefois depuis longtemps, que l'opérateur ne l'a pas aperçue encore ; puis, quand il l'a aperçue, il arrive souvent aussi que cette image lui semble complètement venue, et qu'il la sort de la boîte à mercure plus tôt qu'il ne l'aurait fallu. Il n'y a alors nul inconvénient à remettre la plaque dans la boite, pourvu qu'elle n'ait pas vu le jour, auquel cas elle se voilerait aussitôt en raison de l'impression que le jour y aurait faite.

Lorsque dans une épreuve les blancs sont rendus en noir, et que les noirs ne sont point assez accusés, l'exposition dans la chambre obscure n'a pas été prolongée suffisamment, et, par suite, la couche sensible ne s'est pas trouvée convenablement impressionnée.

Lorsque dans une épreuve les blancs sont devenus bleus ou noirs, et que les noirs sont devenus blancs, l'exposition dans la chambre obscure a été trop prolongée, et la couche sensible, trop impressionnée par la lumière, a été complètement détruite dans les endroits très éclairés.

Lorsqu'une épreuve commence à se voiler sous de petits globules de mercure excessivement ténus, cette épreuve a pris tout le mercure qu'elle pouvait com-

porter, et elle doit être retirée immédiatement de ta boîte à mercure , où elle ne tarderait pas à se voiler entièrement.

Lorsque l'épreuve est molle, que les lignes n'y sont pas nettement arrêtées; enfin, qu'en terme d'atelier , l'aspect général de l'objet daguerréotypé est flou, c'est une preuve que la chambre obscure a été mal mise au point.

Lorsque l'épreuve est double, triple, qu'elle présente plusieurs dessins superposés , c'est une preuve que le Daguerréotype aura été remué, ou que l'objet qui pose aura remué lui-même.

Lorsque l'on aperçoit sous l'épreuve un nuage qui paraît avoir été un obstacle à sa venue, on en cherchera la cause dans la mauvaise préparation delà plaque : si les noirs manquent de vigueur, le bruni n'aura pas été assez parfait ; si les endroits ou le coton a passé décèlent encore des traces de ce passage, c'est que le dernier coton dont on s'est servi, était humide ; enfin, s'il y a des points plus ou moins clair-semés sur toute la surfacede la plaque, c'est que le tripolin'aura pas été assez bien enlevé.

Lorsqu'il y a sur la plaque des fusées qui, non-seulement, ont changé la couleur de la couche sensible, mais encore détruit l'égalité de venue de l'épreuve , c'est un signe que la plaque aura été exposée sans précaution à la vapeur du brome , et que cette vapeur ne s'y sera pas appliquée d'une manière homogène.

Le mercure étant à l'état liquide dans la boite à mercure, il faudra prendre garde d'en répandre, soit

en l'otant de cette boîte, soit en l'y mettant. Le mercure, en tombant, rejaillirait au loin en une foule de petites gouttelettes qui pourraient tacher les plaques, et nécessiter des nettoyages très ennuyeux. On pourra même, si l'on opère dans le même lieu, le laisser constamment dans sa boîte que l'on fermera avec soin, de crainte que la poussière ne s'y introduise. Quand le mercure est sale, on le lave avec de l'eau dans un vase, puis on le tamise dans un linge fin, h travers les mailles duquel il passe aisément lorsqu'on le presse un peu.

Il est bien entendu que la boîte à mercure sera placée dans un endroit sombre, et que l'opération ne pourra être conduite qu'à l'aide d'une lumière artificielle : encore ne faudra-t-il pas abuser de cette lumière dont l'action prolongée finirait par impressionner la plaque sensible. On fera bien même d'avoir à la boîte à mercure une vitre en verre jaune qui permettra d'examiner la plaque, sinon facilement, du moins impunément : la lumière provenant d'un verre jaune n'ayant que très peu de propriété chimique. — Il sera bon aussi de ne pas avoir cette boîte dans l'endroit où l'on aura appliqué la couche sensible, car les vapeurs d'iode et de brome pourraient impressionner la plaque pendant qu'on la transporte de son châssis dans la boîte à mercure. Enfin, quand l'épreuve, par une cause quelconque, ne se couvrira pas également de mercure, on arrivera quelque fois à une répartition de mercure plus égale en changeant la position de la plaque.

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