‹ Le daguerréotype mis à la portée de tout le mondeChapitre 9 sur 13 · UVAGE DE LA COUCHE SENSIBLE · texte numérisé non relu

UVAGE DE LA COUCHE SENSIBLE

L'image, obtenue par l'exposition de la plaque à la vapeur du mercure, ne tardant pas à se voiler et à disparaître complètement sous l'influence trop prolongée de la lumière, on la soustrait à cette influence en lavant la plaque avec une dissolution d'hyposulfite de soude, qui a la propriété d'enlever très rapidement la couche sensible.

La dissolution d'hyposulfite de soude doit être faite dans la proportion d'une partie de ce sel pour douze parties d'eau filtrée. Après avoir versé dans une des bassines, une quantité suffisante de ce mélange, pour recouvrir la plaque , on agite légèrement la bassine jusqu'à ce que la couche sensible soit entièrement enlevée : alors on retire la plaque par l'un de ses angles, et on l'immerge dans la seconde bassine remplie d'eau distillée ou simplement filtrée ; puis on la retire de cette nouvelle bassine ; et si Ton ne doit pas procéder

immédiatement à l'opération du fixage, on la sèche, soit avec l'égouttoir, soit avec une lampe à esprit de vin. Pour sécher avec la lampe à esprit de vin, on tiendra la plaque par l'un de ses angles, au moyen d'une pince et dans une inclinaison assez forte pour favoriser l'écoulement du liquide, puis on promènera la flamme sous la plaque, en commençant par l'angle supérieur, et en descendant jusqu'à ce que l'eau soit entièrement évaporée.

Il arrive souvent qu'après l'un et l'autre séchages, l'épreuve présente des taches et des marbrures provenant d'une évaporation inégale, ou de quelques taches de graisse adhérentes à la surface du métal ; on répare quelquefois ces accidens en lavant la plaque à grande eau, et en séchant de nouveau.

On peut, sans danger, faire servir plusieurs fois la même solution d'hyposulfite.

FIXAGE DE L'ÉPREUVE.

Ce n'était pas tout que de soustraire l'épreuve daguerrienne à l'action de la lumière , au moyen du lavage à l'hyposulfile de soude, il fallait encore la fixer sur la plaque d'une manière inaltérable , afin que le moindre frôlement d'un corps étranger ne vînt pas en détruire la fragile impression. M. Daguerre n'avait pu résoudre ce problème , et tous les vernis essayés après lui offraient dans leur emploi des inconvéniens plus ou moins grands , lorsque M. Fizeau , à qui l'on doit encore l'usage du brome , découvrit un procédé à l'aide duquel , tout en fixant le dessin sur la planche métallique, il lui donne une vigueur et une chaleur de tons inespérées.

« Depuis la publication des procédés photogéniques, « dit M. Fizeau dans sa communication à l'Académie « des sciences , tout le monde , et M. Daguerre le pre- « mier, a reconnu que quelques pas restaient encore

à faire pour donner à ses merveilleuses images toute « la perfection possible : je veux parler de fixer les « épreuves et de donner aux lumières du tableau plus « d'intensité.

« Le procédé que je soumets à l'Académie me pa- « raît destiné à résoudre en grande partie ce double « problème ; il consiste à traiter à chaud les épreuves « par un sel d'or préparé de la manière suivante :

« On dissout un gramme de chlorure dans un demi- « litre d'eau pure , trois grammes d'hyposulfite de « soude dans un demi-litre d'eau pure. On verse alors « la dissolution d'or dans celle de soude, peu à peu et « en agitant 1 ; la liqueur mixte , d'abord légèrement « jaunâtre, ne tarde pas à venir parfaitement limpide. « Elle parait consister alors en un hyposulfite double « de soude et d'or , plus , du sel marin qui ne parait « jouer aucun rôle dans l'opération.

« Pour traiter une épreuve par ce sel d'or, il faut « que la surface du plaqué soit parfaitement exempte « de corps étrangers , et surtout de corps gras ; il faut « par conséquent qu'elle ait été lavée avec quelques « précautions que l'on néglige lorsqu'on veut s'arre- « ter au lavage ordinaire.

« La manière suivante réussit le plus constamment. « L'épreuve étant encore tout iodée , mais exempte de « poussière et de corps gras, sur les deux surfaces et les

1 II faut verser la dissolution d'or dans celle do soude, et non pas la dissolution de soude dans celle d'or; les résultats ne seraient pas les mêmes.

« épaisseurs , on verse quelques gouttes d'alcool sur « la surface iodée : quand l'alcool a humecté toute la « surface , on plonge la plaque dans la bassine d'eau, « puis de là dans la solution d'hyposulfite. Cette solu- « tion doit être renouvelée à chaque épreuve , et con- « tenir environ une partie de sel pour quinze d'eau ; « le reste du lavage s'effectue comme d'ordinaire , « seulement l'eau de lavage doit être autant que poste sible exempte de poussière.

(( L'emploi de l'alcool a eu simplement pour but de « faire adhérer parfaitement l'eau à toute la surface « de la plaque , et d'empêcher qu'elle ne se retire sur ce les bords au moment des diverses immersions ; ce « qui produirait infailliblement des taches.

« Quand une épreuve a été lavée avec ces précauc< tions , fut-elle fort ancienne , le traitement par le sel « d'or est de la plus grande simplicité : il suffit depla- « cer la plaque sur le châssis en fil de fer qui se trouve « dans tous les appareils , de verser dessus une couche u de sel d'or suffisante pour que la plaque en soit ence tièrement couverte , et de chauffer avec une forte « lampe; on voit alors l'épreuve s'éclaircir, et prendre, « en une minute ou deux, une grande vigueur. Quand « l'effet est produit , il faut verser le liquide , laver la « plaque et faire sécher.

« Dans cette opération de l'argent s'est dissous , et « de l'or s'est précipité sur l'argent et sur le mercure, « mais avec des résultats bien différens. En effet, Farce gent,qui, par sonmiroitage, forme les noirs du ta-

« bleau , est en quelque sorte bruni par la mince « couche d'or qui le couvre , d'où résulte un renforce cernent dans les noirs; le mercure, au contraire , « qui , à l'état de globules infiniment petits , forme « les blancs, augmente de solidité et d'éclat par son « amalgame avec l'or , d'où résultent une fixité plus « grande et un remarquable accroissement dans les « lumières de l'image. »

Nous n'avons à ajouter aux lignes qui précèdent que les remarques suivantes :

Lorsqu'on chauffe une épreuve qui n'est pas entièrement recouverte de chlorure d'or , il se forme une tache à l'endroit où ce liquide vient à manquer : il faudra donc avant tout placer bien horizontalement le châssis qui soutient la plaque.

Si l'on chauffait trop une épreuve , on courrait risque de la gâter en faisant écailler l'iodure d'argent, qui ne tarderait pas de se détacher de la plaque en parcelles plus ou moins nombreuses. On évitera cet accident en éteignant la lampe aussitôt que l'on verra se former dans le liquide des petits globules adhérens à la surface du métal.

Quelquefois l'épreuve , après un premier chauffage, n'a pas acquis toute la vigueur de tons désirable ; on attendra alors que le liquide se soit refroidi , puis on chauffera de nouveau , et encore jusqu'à ce que l'épreuve paraisse parfaitement chlorurée.

S'il se formait sur l'épreuve , sous l'influence du chlorure d'or, un nuage blanc qui la voilerait, il en

faudrait chercher la cause dans un lavage imparfait qui n'aurait pas permis à l'hyposulfite d'enlever toute la couche sensible.

Une épreuve bien chlorurée doit résister à un frottement modéré. On peut à la rigueur la conserver dans un portefeuille , et si quelques atomes de poussière viennent à s'y attacher, il n'y a nul inconvénient de la nettoyer avec une barbe de plume ou un blaireau.

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