CHAPITRE PREMIER
Jncertitude sur les races d’origine. — Types variant entre eux. — Beauté physique, proportions et formes. — Taille, couleur, poids, chevelure. — Traits du visage; physionomie : face, crâne, front, yeux, nez, bouche, menton, etc. — Caractères ostéologiques : tronc et membres, maxillaires. — Caractères physiologiques : force musculaire, acuité des sens. — Capacité de nourriture. — Parturition. —- Caractères pathologiques. — Longévité.
Il est difficile, chez les peuples sans histoire, de remonter au temps de leur origine et de leur formation ; ils ne peuvent aider en aucune façon à ce genre de recherches.
Ne pouvant les interroger eux-mêmes, on songe, par des études. chez les voisins, s’ils sont un peu moins barbares, à établir une comparaison raisonnée d’où puisse naître la lumière sur certains
4. Dans toutes les études qui vont suivre, nous ne parlerons que des races distinctes par le type et par les mœurs, c’est-à-dire la Côte d'Or, le Dahomey, le Yorouba. Nous sommes forcé de parler des États qui précèdent, voisins immédiats du Dahomey, parce qu'ils ont avec lui de nombreux rapports et sont tous inclus dans une partie du littoral qui a à peine 500 kilomètres. ll est également nécessaire, pour faire ressortir les mœurs particulières aux Fons, d’établir, si brièvement que ce soit, un parallèle avec leurs voisins. Les Popos et Porto-Novo seront cités quand il y aura une particularité à en dire ; mais il faut se rappeler qu’ils n’ont que peu de caractères distincts. Les Popos ont les mœurs du Dahomey mélangées à celles de la Côte d'Or, et Porto-Novo est peuplé d’un croisement de Fons et de Yoroubas. Leur description est par conséquent incluse et sous-entendue dans celle des trois grands États.
points; on peut arriver ainsi, par induction progressive, à des découvertes précieuses pour l’objet que l’on se propose.
Ces recherches ne sont pas possibles lorsqu'il s’agit des populations diverses habitant aujourd'hui sur la côte occidentale d'Afrique entre le Volta et le Niger. Là c'est la même ignorance de tous les côtés, et aucun voisin ne sait lui-même sa propre histoire.
À défaut de renseignements historiques, il ne resterait que deux choses pouvant donner quelques indices sur les origines : le type et l’idiome.
Le premier peut avoir conservé les caractères les plus saillants qui distinguaient la race mère ; le second, après des modifications apportées nécessairement par le temps et par l'usage, garde peutêtre encore quelques mots, quelques syllabes qui seront une révélation.
Malheureusement, chez les peuples dont nous parlons, nous ne sommes pas en présence d'un type unique distinct appartenant évidemment à une seule et grande famille. Nous trouvons, au contraire, chez les hommes de la même peuplade, des caractères variant totalement de l'un à l’autre, des différences naturelles de conformation qui se remarquent, non chez un seul individu, mais sur un grand nombre d’entre eux.
L'observateur est alors porté à réunir ces types qui se ressemblent mutuellement en une tribu distincte fondue au milieu d'autres tribus différentes, et il arrive ainsi à la conclusion que les peuples qui habitent aujourd'hui ensemble se composaient à l’origine de huit ou dix races diverses, plus tard mélangées et subdivisées de nouveau en groupes d'hommes d'origines variées, mais vivant ensemble d’un commun accord.
Ces groupes séparés adoptèrent un langage spécial et créèrent les diverses langues que l'on parle dans la région. C’est ainsi que d’après leur idiome on connaît les Jebous, les Aoussas, les Nagos, les Fons, les Gatng, les Minahs, etc. Leur langage est tout à fait local ; il n’existe, à notre connaissance, aucun idiome approchant dans aucune partie de l'Afrique. Il ne contient aucune expression empruntée à des langues connues, sauf peut-être le nago qui emploie quelques mots arabes.
Nous croyons pouvoir en conclure que ces langues, n'étant ni empruntées à un autre idiome, ni apportées d’une autre région, sont originaires du pays, et par ce fait même postérieures à l’arri-
vée des hommes, sur l’origine desquels elles ne peuvent apporter aucune lumière.
Les noms de Nago, Fon, elc., désignent, non pas une race distincte d'individus, mais une peuplade qui parle un même idiome. Il existe, comme nous l'avons dit, des hommes physiquement différents dans chacune de ces tribus.
Pour que ces caractères soient encore appréciables, malgré le temps et le croisement de centaines de générations, il faut qu'à l'origine ces hommes aient été totalement distincts.
Au milieu du croisement de chacune de ces réunions d'hommes, une race, celle qui, sans doute, s’est trouvée en majorité, l’a emporté sur les autres et leur a imprimé quelques-uns de ses caractères les plus saillants, comme la couleur, la taille, la beauté ou la laideur dans l’aspect général du visage, etc., etc.
C’est par cette impression générale que nous allons essayer de définir, que nous chercherons à désigner les différentes races d'hommes modernes. Quant à celles d'origine, tout indice manquant absolument, on en est réduit aux hypothèses.
Nous pensons qu’au début, c'est-à-dire à une époque très reculée et difficile à définir, la portion de continent dont nous nous occupons était habitée par d’autres peuples qu'aujourd'hui; elle avait ses aborigènes. On peut admettre que, plus tard, ils se mélangèrent aux Mandingues, aux Noubas, aux Fouls, aux Pouls, aux Fellatahs, peut-être même à des Éthiopiens, à des bas Égyptiens, et formèrent cette race d'aujourd'hui que l'on désigne sous le nom de quinéenne.
Cette fusion de races diverses en une seule répondrait à l’aspect varié que présentent aujourd’hui les caractères physiques du nègre de Guinée. Il se subdivise en tribus (éparpillées) se distinguant par la couleur de la peau, la beauté ou la laideur physique, la stature, l'angle facial et, par conséquent, l'intelligence. Il est, de par ce fait, impossible de s'arrêter à la description d'un seul genre d'individus sans établir entre ce genre et les autres des comparaisons indispensables.
Caractères généraux.
Nous allons examiner tour à tour les caractères généraux distinguant le Minah, le Dahomien et le Nago.
La beauté physique suit, du Niger à la Côte d'Or inclusivement, BIBL. DE L'EXPLOR. Il. 7
une gradation ascendante très marquée. Le Minah est plus beau que l'homme des Popos, qui est lui-même plus agréable que le Dahomien; ce dernier est moins laid que le Nago, supérieur encore au Jebou et aux habitants des bords du Niger.
: Les traits du Minah, ainsi que son aspect, sont sympathiques au premier abord. Il est grand et proportionné; sa taille varie entre 1",68 et 1°,80 ; sa couleur est noir mat ; son poids moyen varie entre 70 et 80 kilogrammes ; ses cheveux sont crépus et excessivement noirs. Ses traits sont réguliers et ont, lorsqu'il est jeune, quelque chose d’efféminé; sa physionomie exprime l’intelligence et la bonté. L'ensemble du visage est ovale; le crâne, dolichocéphale, est celui qui présente l’angle facial le plus rapproché de nos races parmi les nègres de Guinée. Son ouverture est de 69 à 70,5 chez les Aquamabous, de 69 à 74,7 chez les Fantis, de 70 à 74 chez l’Accraën et l'Elmina, soit une moyenne générale, pour la Côte d'Or, de 69,3 à 72,4.
Le front est élevé et découvert, les yeux grands, le nez petit et, quoique aplati, n'ayant pas le lobule bouffi habituel à la race noire ; la bouche est moyenne et admirablement garnie, les dents magnifiques, très légèrement écartées; la coutume de les déformer à la lime n'existe pas à la Côte d'Or. Le menton est plutôt carré, l'oreille petite. Une autre particularité qui distingue le Minah est la présence de la barbe, aussi commune à la Côte d'Or que dans la race blanche. Le cou est plutôt gros, les épaules carrées mais pas trop larges, la poitrine développée et saillante. Les extrémités sont belles, surtout la main.
La femme minah est aussi belle que l’homme.
Le Dahomien diffère physiquement du Minah par plusieurs points. Sa taille n’est qu'entre 1°,63 et 1°,72; sa couleur varie, selon l'individu, entre le brun marron foncé, noir violet foncé, rouge foncé et rouge jaune. Dans le nord, chez le Mahi, de même race, on trouve quelquefois le noir mat.
Le poids d'un Dahomien varie entre 63 et 72 kilogrammes. Ses traits sont communs à la race noire et offrent peu de remarques à faire. Sa physionomie, rarement ouverte, exprime la bêtise affectée ou l'hypocrisie ; ses cheveux sont crépus et de reflets variés dans le noir; la majorité du peuple est totalement imberbe. Le visage est carré ; le crâne plus petit que celui du Minah, dolichocéphale ; l'angle facial dépasse rarement 70.
Le front est plutôt bas, les yeux moyens et souvent enfoncés