D'APRÈS DER PHOTOGRAPHIES LL MUSÉLA LT DE L'AUTEUR
sous l’arcade, le nez épaté, la bouche grande, les dents limées (tout au moins les grosses incisives supérieures), le menton légèrement proéminent, l'oreille petite. Le cou est moyen, les épaules carrées, la poitrine développée, comme d’ailleurs chez tous les peuples vivant en plein air, sans contrainte physique ; les extrémités petites en proportion de notre race.
Le Nago offre à peu près les mêmes caractères physiques que le Dahomien; les seules différences que l’on puisse signaler entre eux, c'est que la taille du Nago est, en moyenne, supérieure (1°,65 à 1°,75), et que sa physionomie, plus ouverte, est moins antipathique.
Après ce portrait ébauché à grands traits, qui donne une idée générale de l'individu, nous considérerons séparément chacun des détails physiques qui méritent l'attention par une particularité quelconque.
Les proportions physiques réduites à des moyennes n'ont pas de différences bien tranchées entre les peuples dont nous nous occupons; on trouve de grands et de petits hommes partout. Comme moyenne de taille, les Nagos et les Minahs sont supérieurs aux Dahomiens et aux Popos.
La beauté corporelle, comme celle du visage, est l'apanage du Minab: il a les membres arrondis et bien attachés au tronc, et, de l'épaule au poignet, comme du bassin à la cheville, ils vont sans saillie musculaire trop prononcée s’amincir et se terminer par des attaches fines. Chez le Nago et le Dahomien, cette pureté de lignes manque en général. Les uns ont l'air d’être taillés dans un bloc de bois à peine équarri : les épaules sont carrées, les hanches de même, les membres presque cylindriques. D'autres n’offrent rien de remarquable à signaler.
On peut, d’après ce qui précède, faire varier la taille dans la région entre 1",59 et 1°,80. Il est à remarquer que les hommes de la génération qui s'éteint actuellement sont supérieurs sous ce rapport et sous quelques autres à ceux qui se développent au- Jourd'hui.
Il y a, surtout au Dahomey et à Porto-Novo, une grosse distinction à faire entre deux sortes d'individus : ceux de la classe dirigeante ou chefs et le peuple. Comme, dans le pays, l’hérédité . au pouvoir ou au commandement est une chose sacrée et que le fait ne s’est peut-être jamais présenté qu'un homme d'origine vulgaire ait essayé de sortir de sa classe, ni même y ait songé, il est
certain que ceux qui commandent aujourd'hui sont les descendants directs des chefs qui gouvernaient autrefois. De là, entre ces deux sortes d'individus, une ligne de démarcation bien tracée — physiquement, s'entend. Les fils de chefs n’épousent que des filles de chefs, et une alliance avec un homme du peuple est chose inconnue ou’tout au moins très rare; le soupçon seul d’adultère entraine invariablement la mise à mort de la femme, et c'est encore une garantie contre toute dégénérescence.
La différence physique suffirait d'ailleurs à le faire remarquer, même si l'usage et la tradition ne l'avaient pas appris.
Les caractères les plus marqués chez les chefs sont l'aspect général et {a barbe. Le chef est, en général, de grande taille, bien fait. Il se distingue au premier coup d'œil de ceux qui l'entourent ; safphysionomie, surtout à un certain âge, est loin de manquer d'expression : c’est un homme qui pense, dont le cerveau travaille depuis sa jeunesse. Son visage est rarement dépourvu de cet aspect qui caractérise ceux qui sentent sur leur tête une responsabilité. Son front est haut, découvert; ses cheveux, lorsqu'ils sont grisonnants, augmentent encore le respect qu’il inspire. Sa barbe, depuis l’âge de vingt-cinq ans, se développe sous le menton et le maxillaire inférieur ; à ce signe seul on pourrait le reconnaître.
Ces exceptions étant posées, considérons maintenant la généralité.
La couleur de la peau pourrait être classée en cinq variétés :
La plus répandue est celle qui résulterait, en peinture, d’un mélange d'ocre jaune et de terre de Sienne brûlée en parties égales avec une petite quantité d'ocre rouge. Nous l’appellerons brun marron fonce.
Puis un mélange de cette même couleur avec une parcelle de cobalt et de noir de fumée, ce qui y ajoute une teinte violacée à peine perceptible. Cette peau est gris de fer bleu avec des reflets rougeâtres lorsque le soleil la frappe. Nous lui donnerons le nom de peau notr violet foncé.
La troisième et la quatrième variété sont de l’ocre jaune et de la terre de Sienne en plus ou moins grande quantité et peu ou pas d’ocre rouge. L’une peut être désignée comme peau rouge foncé, l’autre, rouge jaune.
Ces quatre couleurs sont appliquées à des épidermes très luisants, qui reflètent la lumière et paraissent leur donner des teintes changeantes très difficiles à définir, même pour un peintre. Selon
Le
la clarté qui les frappe, il y a des individus qui paraissent entièrement bleus ou roses ou mauves ou rouges, et il y a là une étude à faire.
La cinquième variété est la peau noir mat; c'est la seule qui mérite la qualification de notre ; ses cellules épithéliales ont la surface plus grossière et elle ne reflète que très peu les rayons lumineux ; c’est le bois d’ébène xon poli; c’est la plus belle peau.
Le poids, chez un noir, est relativement supérieur à celui d'un Européen de mêmes proportions; cela tient sans doute à sa charpente osseuse qui est plus développée. La moyenne varie, pour un noir, de ces régions, entre 68 et 80 kilogrammes.
Les cheveux du nègre, quoique cela paraisse étrange, comprennent plusieurs variétés de teintes, mélangées au noir, ainsi définies suivant les reflets qu’elles donnent lorsqu ils sont placés entre l’œil et la lumière : norr, chdtain, chdtain clair, roux, blond roux. Les trois premières teintes sont difficilement perceptibles quand les cheveux ne sont pas éclairés comme nous le disions ; les deux dernières sont très évidentes et assez communes.
Il faut noter que la couleur de la peau influe sur celles des cheveux et de l'iris. Nous avons remarqué des b/ond doré et des blond filasse, quoique crépus, chez les albinos ou mi-albinos, et chez les descendants à la deuxième génération d’un Européen du Nord.
Les cheveux sont crépus, e’est-à-dire se réunissant en une infinité de petites boucles plus ou moins serrées selon les individus. La finesse ou l’épaisseur du cheveu est également bien différente selon les gens. Certaines femmes des Popos et de la Côte d’Or, qui portent les cheveux longs, ont des chevelures splendides, à peine ondulées, \ongues de 25 à 40 centimètres. Ce degré d'épaisseur fait que les boucles sont plus ou moins grosses, et, par conséquent, rapprochées les unes des autres. Dans les cheveux épais, elles forment l’une contre l’autre une masse compacte et granulée ; elles sont, au contraire, isolées l’une de l'autre dans les cheveux fins ; on a donné à cette dernière particularité le nom de cheveux en grains de poivre.
Les enfants d'un Européen et d’une négresse ne peuvent parfois se distinguer que par la chevelure, qui est celle de la race blanche ; il arrive que leur teint soit très foncé; mais ils n’ont jamais les cheveux crépus!.
4. Nous connaissons, à Lagos, une Anglaise mariée à un noir; leurs enfants sont presque noirs avec des cheveux blonds, longs et soyeux.
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La calvitie est rare chez les noirs, dont le métier n’est pas de porter continuellement des fardeaux; chez les portefaix, comme c’est sur la tête que repose la charge, on voit des cas fréquents de calvitie, spécialement chez les femmes.
Le front est généralement aussi élevé que le permet la ligne faciale ; il est large et espacé à sa base, un peu plus resserré à sa partie supérieure. Il remplit la plupart des conditions nécessaires à l'intelligence ; nous donnerons, en parlant des caractères intellectuels, des exemples de ces facultés.
À première vue, il ne paraît pas y avoir grande différence entre la capacité crânienne du blanc et celle du noir, car la région occipitale, très développée, compense ee que le front bas ou fuyant pourrait enlever au cerveau. Mais il y a d’autres caractères, comme les circonvolutions de l'organe, par exemple, où l'anthropologie reconnaît, chez le noir, une infériorité marquée.
L'œil manque, en général, d'expression, à cause de la teinte foncée, presque noire de l'iris, dont les limites ne sont pas bien démarquées sur la cornée opaque. Cette dernière est généralement d’une couleur brune légère, et, chez les alcooliques, elle se teinte de filets sanguins aux coins. Comme ceux qui s’adonnent à l’alcoolisme forment presque la totalité chez les hommes, on est forcé de comprendre ces caractères dans les différents aspects que présente l’organe de la vue.
Les femmes ne s’adonnant pas, pour la plupart, aux liqueurs fortes, on peut noter chez elles la couleur blanc nacré, teintée ou non, de la cornée opaque.
On peut dire;avec raison que si, chez le‘blanc, l’abus de l'alcool se manifeste par l’enluminure du lobule nasal, chez les noirs c’est l'œil qui... remplace le nez, incapable, chez eux, à cause de sa couleur, de dénoncer l'alcoolisme.
La couleur foncée de l'iris empêche de distinguer la pupille au premier examen. Chez le Minah, qui est très noir, il est impossible de la découvrir ; mais chez ceux qui sont doués d’une coloration plus claire, on peut voir l'ouverture irienne en mettant bien l'œil en pleine lumière. Chez le rouge jaune on la voit même quelquefois sans cela.
Les yeux du noir sont placés à fleur de tête et horizontaux.
Le nes classique de la race nègre, aplati sur la face, aux ailes grandes et obliques, au lobule massif, presque absent à la racine, peut aussi se diviser en plusieurs variétés, où ces défauts (par rap-
port au nôtre) sont plus ou moins prononcés. On trouve, sur la Côte d'Or, des nez qui ont l’arête presque droite depuis la racine et qui forment avec la base un angle de 80 degrés, de même qu’au Dahomey il y en a dont le bout seul dépasse, de profil, la ligne des os malaires. Le nez orne plus ou moins la physionomie, mais il ne donne pas au visage du noir une expression particulière ; il y en a qui ne sont pas désagréables; d’autres sont repoussants. En général, il est moins désagréable de voir le nez de face que de profil.
La bouche est généralement défigurée, chez les noirs, par la proéminence plus ou moins grande des lèvres. Les visages les plus agréables ne sont pas privilégiés sous ce rapport et ont toujours les lèvres fortes. Elles sont assez prononcées chez le Minah et lippues et pendantes chez le Jebou et l’homme du Niger. De profil, les lèvres ont l’air, par leur volume, de ne jamais fermer complètement la bouche et tendent à donner à l'individu une expression hébétée ou stupide. Lorsque les lèvres ne sont pas exagérées, elles ne font pas, de face, un effet aussi désagréable; c’est d’ailleurs ainsi qu'il faut regarder le noir de préférence pour que sa physionomie dise quelque chose.
Les dents sont naturellement très belles; on dirait que la nature a tenu à compenser par leur beauté l’effet disgracieux de l’extérieur de la bouche. Bien rangées, solides dans leurs alvéoles, elles sont le plus bel ornement du visage des femmes. Au Dahomey et au Yorouba, sous divers prétextes et croyant toujours en augmenter le charme, il est d'usage de les limer de diverses façons.
Parfois, on supprime, dans les grosses incisives, le coin inférieur droit de l’une et le coin inférieur gauche de l'autre, de façon à laisser au milieu d’elles une ouverture de forme conique. Cette pratique, générale au Dahomey, permet aux noirs de cracher loin; ils lancent par cette échancrure un jet de salive à 2 mètres de distance. D’autres fois, on isole les incisives les unes des autres en les limant de chaque côté. Chez une peuplade du Niger, les Edgios, réputés anthropophages, les incisives sont toutes taillées en forme de canines.
La beauté des dents, chez le noir, tient surtout à son genre de nourriture. On peut dire qu'il ne s’en sert pas. Tout ce qu’il mange est très cuit et il avale, généralement sans mâcher, des mets préparés dans un mortier; de plus, quand il est jeune, il ignore toutes ces gourmandises auxquelles nos jeunes gens doivent toutes leurs
104 LE DAHOMEY\. ‘ dents gâtées. [l ne mange jamais un fruit vert et il n'aime pas les acides, si préjudiciables à la dentition. De plus il ne fait entrer que très rarement de la viande dans son alimentation, et, quand il le fait, 1l la mange très cuite. La mauvaise dentition est un des nombreux résultats de la civilisation raffinée ; dans les campagnes, les paysans en offrent encore la preuve.
Le menton est plutôt carré chez le Minah ; rond ou pointu chez le Dahomien ou le Nago. L’oreille est petite chez le Minah, moyenne chez le Dahomien et grande chez le Nago. La femme a, en général, l'oreille petite et délicate, mais elle l’abîme pour se conformer aux modes du pays.
Quand on a signalé ces particularités propres à la tête, iln'y a plus guère que du bien à dire du reste. Le cou et les épaules sont robustes et bien établis chez l’homme comme chez la femme Celle-ci, vivant comme lui, de la même existence de fatigues, a la poitrine robuste et les seins développés.
Au Dahomey, le sein en forme de poire est très commun; on ne le trouve régulier qu'aux Popos et à la Côte d'Or ; le bout en est presque toujours déformé à dessein dans le premier de ces pays.
La femme a, de plus, le tronc de la largeur du bassin, ce qui lui donne presque l'aspect d’un homme sous ce rapport.
Il est à remarquer que chez les enfants, jusqu’à l'âge de sept ou huit ans, le ventre atteint un développement extraordinaire. Cette particularité, qui semble maladive, disparaît ensuite avec l'âge.
Les cuisses, chez le noir, paraissent plus rondes que chez l’Européen. Les extrémités sont belles chez la race noire en général et chez la femme en particulier ; la main surtout, admirable chez quelques-unes d’entre elles, est le plus beau caractère des Minahs; le poignet est délicat, le dos de la main arrondi, se termiaant par des doigts fins aux ongles bien formés ; l’ensemble est fait pour servir de modèle à la statuaire.
Le pied est un caractère marquant chez la race nègre; il se retrouve le même partout. Il est complètement plat ; par suite même de cet affaissement de la plante, la saillie supérieure qui distingue le pied de l’Européen n'existe pas. La forme générale du pied chez le nègre est plate, étroite et allongée, les orteils également ; cette différence de conformation est-elle originelle ou bien due à la marche sans chaussures avec des fardeaux ? Nous pencherions plutôt pour la dernière hypothèse, car les enfants, dès que
le premier embonpoint a disparu, permettant de voir les formes (vers deux ou trois ans), ont le pied bien dessiné.
Les caractères ostéologiques les plus saillants sont : la forme du crâne, dont l'angle facial diminue sensiblement, en allant du Minah au Nago. Il y a entre les deux une différence de 2 à 3 degrés. La largeur du diamètre antéro-postérieur du crâne indique presque invariablement la forme dolichocéphale. Pourtant il n’est pas impossible de trouver chez les peuples de l’ouest, Côte d'Or, Krou, etc., des crânes sous-dolichocéphales.
Le squelette nasal est large, à peine saillant la plupart du temps. Le squelette général est ordinairement puissant ; les courbures du rachis paraissent moins accentuées que chez le blanc.
Parmi les caractères ostéologiques les plus bizarres, nous en avons un à signaler, très évident. L'étude approfondie de cette particularité est du domaine des anthropologistes, et nous ne sommes que le voyageur qui essaye de peindre à grands traits les anomalies les plus frappantes. Parmi ces dernières, nous avons remarqué que, chez la négresse, le bras et l’avant-bras, soit par un exercice prolongé, soit naturellement, pouvaient se plier légèrement ex avant. Nous allons essayer de dépeindre exactement ce que nous voulons dire.
On sait que le radius et le eubitus qui forment l'avant-bras sont articulés sur l’humérus ou bras de façon à pouvoir plier d'avant en arrière ; c’est ainsi que se forme le coude.
Chez la négresse de Guinée, non seulement cette flexion a lieu en arrière, mais les os sont susceptibles, en avant, d’une autre flexion qui forme entre les deux parties du membre un angle d’environ 135 degrés. Pourtant on croirait que l’apophyse olécrane du cubitus qui dépasse l'articulation en arrière, est destinée, au contraire, à empêcher ce mouvement de flexion en avant. Il n’en est rien. On peut constater à chaque instant que ce mouvement est naturel et qu’il se produit chaque fois que la femme porte le poids du corps sur un de ses bras ou sur les deux à la fois. Cette position est très commune et la chose peut se remarquer quand une négresse s’assied par terre, comptant des cauris ou faisant un travail qui n’occupe qu'une de ses mains.
Si cette particularité tient à un défaut de conformation ou tout au moins à une différence dans la structure du bras, elle pourrait s'ajouter aux signes distinctifs de la race noire. Mais il se peut aussi que ce soit un assouplissement dû à un exercice continuel,
favorisé par cette tendance qu'ont, en général, les négresses à s'appuyer continuellement; il semblerait que le poids de leur corps est supérieur à leur force. Sont-elles debout, elles se courbent en deux pour s'appuyer sur leurs genoux, se servant alors de leurs bras comme d'arcs-boutants ; assises, elles ne soutiennent que rarement leur torse sans l’aide des mains. Cette souplesse de l'articulation brachiale est due, selon toute apparence, à ces causes.
Caractères physiologiques.
Les caractères physiologiques offrent, avec les nôtres, plusieurs différences. La force musculaire du nègre de Guinée est, selon certaines opinions, supérieure à celle de l’Européen. Notre avis à ce sujet ainsi que celui de plusieurs voyageurs est que, au contraire, le nègre ne possède pas autant de force que la moyenne des Européens, au point de vue dynamique proprement dit.
Des expériences faites sur d’autres points de la côte au moyen d'instruments sont venus corroborer ce que nous avançons ; c’est aussi l'opinion des médecins anglais.
Au point de vue de la force de résistance, c'est-à-dire pour produire une même force musculaire pendant un temps donné, le nègre peut égaler et même dépasser l'Européen rompu aux exercices violents; mais s’il s’agit de développer momentanément Ja force brutale nécessaire pour soulever un poids, tordre une barre, l'Européen robuste est supérieur au noir le mieux musclé.
On s'explique cette différence par l'hygiène détestable du noir -et par le peu de vigueur que peuvent lui donner les racines et les végétaux dont il se nourrit ; il faut ajouter comme influence indirecte sa nonchalance, son apathie et son peu d'esprit de suite.
Entre l’homme et la femme, il n’y a pas la même différence de force musculaire que dans la race blanche. La négresse est rompue aux gros travaux ; elle porte, comme l’homme, pendant. plusieurs jours, de 50 à 60 kilogrammes sur la tête.
L’acuité des sens est assez prononcée chez eux, sauf peut-être l’odorat. La vue est parfaite et puissante chez tous les noirs; la myopie, le presbytisme, le daltonisme leur sont inconnus. L'ouïe est bonne en dehors du sommeil. Le goût paraît plutôt émoussé par le poivre long, qui est la base de tous les condiments de leur alimentation. Le gosier est insensible ou à peu près aux liqueurs
fortes, et il faut des alcools de 35 à 40 degrés pour qu'ils s'aperçoivent qu'ils ne boivent pas de l’eau.
L'odorat a peu de délicatesse chez eux ou plutôt n’en a pas: les odeurs les plus repoussantes, les miasmes les plus pestilentiels, qui incommodent l’Européen au point de le rendre malade, laissent les sens olfactifs du noir insensibles en apparence. Son toucher n’a rien à envier au nôtre.
L’estomac du noir se conforme à ses moyens et aux circonstances ; d’une capacité énorme lorsqu'il y a abondance, il sait se contenter de peu aux moments de misère. Dans le premier cas, on ne peut dire que le noir mange, cette expression s'appliquant plutôt à l'action d'introduire avec mesure des aliments dans l’estomac : il s’empiffre, il se remplit; le volume d'aliments qu'il engloutit est inconcevable. D’autres fois, au contraire, il se contente d’une akassa' trempée dans un peu d'huile de palme pimentée, et ne paraît pas souffrir de cette diminution dans sa nourriture. En somme, la capacité de l’estomac est, chez le noir de Guinée, su- ‘périeure à celle de l’Européen.
Le sommeil du nègre est excessivement dur; c'est presque une léthargie. Lorsqu'il dort bien, il faut, si on veut l’éveiller, le secouer, quelquefois même le battre pour le tirer de sa somnolence. Les Dahomiens, dans leurs razzias nocturnes, savent bien mettre à profit cette dureté du sommeil ; ils n’ont à prendre de précautions que contre ceux qui pourraient ne pas dormir. Quant aux autres, on leur marcherait dessus qu'ils ne s'en apercevraient pas. C'est ainsi que des villages entiers se réveillent prisonniers.
Le noir est excessivement douillet; quand il est malade ou blessé, il ne supporte pas la douleur physique. Pour un rien il se plaint, gémit, appelle le féticheur et se bourre de drogues indigènes.
Caractères pathologiques.
Comme caractères pathologiques, le noir, chez lui, est, en général, exempt d’une foule de maladies légères ou graves dont nous sommes affligés dans nos régions tempérées.
Les maladies dont il souffre se comptent aisément.
Son plus grand ennemi, celui qui ravage des villages entiers, des villes, c’est la petite vérole; le nombre de ses victimes est
1. Akassa, boule de farine de maïs fermenté et bouilli, de la grosseur d'une pomme.
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inestimable. On peut citer des cas où cette terrible maladie a sévi dans certaines régions pendant six ou sept mois de suite, tuant ou défigurant tous les habitants. Ces ravages sont faciles à concevoir, quand on saura qu'il n’est pris, en pareille occasion, aucune espèce de précaution, soit pour prévenir, soit pour arrêter la contagion. Les communications restent ouvertes et la famille, saine encore, grouille autour du malade sans avoir idée ou souci du danger. C’est pourquoi on rencontre partout dans ces régions des noirs marqués de la petite vérole.
On ne vaccine que dans les colonies anglaises, et encore, il y a quelques années, il fallait prendre un noir de force pour le vacciner.
Une autre particularité à constater, et dont nous laissons aux médecins le soin de trouver la cause, c’est que la petite vérole du noir n'est pas contagieuse pour le blanc. La chose est connue sur la côte ; nous l'avons expérimentée nous-même lors d’une épidémie en 1866, et l’on n'éprouve aucune crainte à soigner les malades lorsqu'on est à même de leur procurer des soulagements.
Les maladies nerveuses, telles que la danse de Saint-Guy, l’épilepsie, sont peu communes ; elles offrent pourtant des cas, souvent à la suite de l’alcoolisme.
La lèpre est assez commune. Les noirs ont des remèdes indigènes qui la guérissent. Après guérison, les endroits attaqués restent roses, la peau ne s’y colorant plus. On voit ainsi des gens dont le corps est tacheté dans de plus ou moins grandes proportions.
L'éléphantiasis est aussi très commun, surtout aux chevilles : on en rencontre des cas à chaque pas; celui de la jambe ou du pied est plus rare. |
L’albinisme offre des spécimens étranges; il y a des albinos blancs et des mi-albinos tachetés. Chez les premiers, la peau est rosée, mais d’une autre teinte que celle de l’Européen; le corps est couvert de taches de rousseur; les poils sont blanc argenté ou jaunâtres, frisés comme chez les noirs ordinaires. Les yeux sont châtain très clair, clignotants, quelquefois avec des reflets rouges. Ces gens sont horriblement laids. Il n’y a pas de cas où la laideur du noir ressorte mieux que lorsqu'il a la peau blanche : toutes les différences de traits et d'extérieur sautent aux yeux beaucoup plus facilement. La peau des albinos tachetés a, selon la grandeur des taches, l'apparence de celle d’un léopard ou d’un
cheval pie ; elle se distingue très facilement de celle des anciens lépreux. La chevelure, la couleur du poil et des yeux diffèrent selon le degré d’albinisme; le poil est jaune filasse, roux ou châtain ; les yeux sont également plus ou moins foncés.
L’obésité est très rare chez le noir. Nous n’en avons vu que peu d'exemples. L'hydropisie, le goitre offrent, dans certaines régions, des cas plus ou moins nombreux.
Les maladies mentales sont exceptionnelles ; le moral du noir n'est pas assez impressionnable pour cela. L'idiotisme, la folie sont très rares.
Il est à remarquer que l'on ne voit jamais dans ces races un estropié de naissance. La gibbosité est inconnue. Tous ceux qui sont disgraciés de la nature ne sont que des victimes d'accidents divers.
Quelques voyageurs ont prétendu qu'il était d'usage chez ces peuples d’étrangler dès leur naissance les enfants contrefaits. Nous croyons plutôt que la négresse met au monde des enfants bien constitués et qui n’ont pas eu plus ou moins à souffrir pendant leur développement de cet instrument de torture que la civilisation appelle un corset.
L'enfant vient au monde simplement, naturellement; sa naissance amène rarement sinon Jamais chez la mère ces complications que l’on redoute d'autant plus qu’elles sont presque toujours mortelles. L'élevage /orcé au biberon serait considéré comme une disgrâce pour la mère. L'enfant tette jusqu'à trois ans; il.ne commence à marcher qu'à deux ans. La mortalité est assez grande chez les enfants nouveau-nés parce qu’on ne leur donne pas les soins qu'ils exigent.
La scission du cordon ombilical se fait très mal à la naissance : ce ligament est coupé au ras du ventre et il se détermine généralement une inflammation et quelquefois un abcès qui dure longtemps. La partie malade se développe et c'est le motif qui fait que la plupart des Nagos et des Dahomiens ont un nombril énorme qui atteint chez quelques-uns la dimension d’une grosse pomme.
La stérilité chez les femmes est l'exception ; mais, en revanche, la négresse a rarement plus de trois ou quatre enfants.
La circoncision est un usage répandu chez les Nagos et les Dahomiens ; il est à supposer qu’elle a été introduite par les mahométans qui, de temps immémorial, ont fréquenté la région.
La moyenne des sexes est d’un tiers d'hommes pour deux tiers de femmes.
La durée moyenne de la vie peut être estimée, chez le noir de Guinée, à soixante ans au maximum. Très précoce, il est homme fait à vingt-cinq ans et père de grands enfants à trentecinq ans, vieux à quarante-cinq ans. À cinquante ans, c'est un vieillard; à soixante ans, un patriarche vénéré.
La femme va encore plus vite ; mère le plus souvent à treize ou quatorze ans, elle est fanée à vingt ans et vieille à trente ans; à trente-cinq ans elle est grand'mère.
Le climat (car les noirs en souffrent comme nous, toute proportion gardée, ils ont périodiquement la fièvre qui se manifeste par des migraines et une élévation notable de la température), les durs travaux, le manque d'énergie, sont cause de ce peu de longévité, à cinquante ans, les deux sexes sont impropres au travail, l'affaiblissement se manifeste chez eux par une somnolence, une torpeur dont ils ne sortent plus que rarement.
Les médicaments européens sont, en général, moins efficaces, à dose égale, chez le noir que chez le blanc; les remèdes du pays, en revanche, sont excessivement violents.
Après les caractères physiques, sur lesquels nous venons de jeter un coup d'œil, nous examinerons maintenant les caractères intellectuels du Dahomien.