Hommes et femmes fument la pipe dès l’âge de douze ans
Il en est de mème de tous les métiers. Le noir n’y voit qu’une source de nourriture. L'avenir est pour lui de peu d'importance; il n’y pense pas. Sur ses vieux jours, lorsqu'il n'a plus la force de travailler, il meurt de faim et de misère, sans secours ni appui. Il n'a Jamais secouru ses semblables et sait qu'il n’a rien à attendre d'aucun d’eux.
D'un autre côté, si le noir a des défauts, il reste beaucoup à dire sur son intelligence.
Quoique, au point de vue anthropologique, il soit reconnu qu’il occupe le dernier échelon entre l’homme et le singe, par le peu d'ouverture de son angle facial, le nègre a pourtant une intellisence très développée. 11 comprend et raisonne aussi bien que peut le faire l'Européen : il a prouvé déjà que, sous ce rapport, il n'a rien à lui envier.
Depuis que la civilisation a pénétré dans ces contrées, on voit tous les Jours des exemples des aptitudes intellectuelles de la race noire.
En 1821, un enfant nago, du nom d'Adjaë, était enlevé du village d'Oschougoun, dans le Yorouba, à la suite d'une razzia où la plupart des habitants furent tués et faits prisonniers par le Dahomey. Vendu à des mahométans comme esclave, il passa de main en main et arriva un Jour à Sierra-Leone, où des missionnaires l’adoptèrent, le baptisèrent et lui donnèrent quelque éducation. En 1829, il était à mème d'occuper le poste de vicaire évangélique et fut chargé d'accompagner la première expédition au Niger sous le nom de Samuel Crowther. Sur sa demande, il fut ensuite envoyé en Angleterre et compléta ses éludes au collège missionnaire de l'église à Islington. Après une deuxième expédition au Niger, dont il publia, en anglais, une relation très remarquable, il fut chargé des fonctions d'instituteur ct de missionnaire dans les nouvelles stations établies sur le fleuve. Pendant son séjour et en dehors de ses fonctions, il publia en nago plusieurs ouvrages littéraires et enfin entreprit le travail qui l’a rendu célèbre, la traduction de la Bible en nago. Nommé évêque en 1867, il fut le premier prélat de sa race et de sa couleur.
En 1875, le gouvernement anglais, songeant à permeltre aux noirs d'exercer leur intelligence, créa à Sierra-Leone, chaque année, deux bourses destinées aux meilleurs élèves indigènes désireux de compléter leurs études en Angleterre et d'embrasser une carrière qui leur convint.
L'exemple fut suivi dans les colonies anglaises de la Côte d'Or, de Lagos. Grâce à cette utile institution, beaucoup de noirs ont pu sortir des limites étroites de l'instruction donnée habituellement dans les pensionnats locaux dirigés par les missions.
On compte aujourd’hui à Lagos, à Sierra-Leone, surla Côte d'Or, de nombreux lauréats des universités anglaises. J1 y a des avocats, des juges de paix, des fonctionnaires du gouvernement, dont les parents pensaient faire, il y a quelque vingt ans, des soldats dahomiens ou de simples laboureurs.
Plusieurs médecins sont venus ensuite, par la façon dont ils s’acquittaient de leurs fonctions, enlever aux docteurs européens leur clientèle blanche. L'un d'eux, en 1888, découvrit, à Lagos, le traitement de l’accès hématurique bilieux auquel jusqu'alors tous les blancs atteints avaient succombé. Grâce à lui et à sa découverte, bien des Européens ont été sauvés, qui ne devaient jamais revoir leur patrie.
Et l’on pourrait ajouter des milliers d'exemples de cette intelligence du noir, si vive lorsqu'elle a été cultivée. On assure qu'ils mordent aux sciences mieux que nous, étant d'un naturel plus calme et ne se laissant pas distraire de leurs études lorsqu'ils les entreprennent.
ll faut admettre que l'intelligence du noir est égale à la nôtre comme conception ; mille preuves en sont données tous les jours. Il ne résulte pas de cela que nous mettions le noir au même niveau que l’Européen au point de vue de l’énergie et de l'esprit de suite, ce complément, ce moteur de l'intelligence. Là, il est inférieur à la race blanche ; il ne peut lutter.
Tant que c'est une question d’études, le noir fait comme nous; mais lorsqu'il faut mettre toutes ces facultés en pratique, surmonter des obstacles, résister au découragement, faire preuve enfin de cette force morale qui met notre race au-dessus de toutes les autres, le noir n'est plus à compter. Placez-le devant une table quand son instruction est parfaite; il résoudra théoriquement les problèmes sociaux les plus difficiles. Lancez-le, au contraire, en face de ces difficultés qu'il a su prévoir et trancher sur le papier, dans ces mille résistances que rencontrent ceux qui ont un but élevé et qui donnent leur vie pour triompher dans la science pratique, la politique ou les questions sociales, il sombrera, découragé, fini, au premier échec.
Dans un autre ordre d’idées,'alors même que sa vie en dépend,
le noir ne sait pas surmonter cette inertie qui domine, aux moments critiques, jusqu’à son intelligence.
Dans l'expédition du Niger, la première que firent les Anglais, six noirs et un Européen s’échappent d’une razzia ennemie et s’enfuient à travers les bois ; après trente-six heures de privations, sans espoir de trouver leur nourriture, les noirs se jettent à terre et refusent de continuer les recherches dans le but de découvrir un village, une habitation ou une nourriture quelconque. Malgré toutes les exhortations du blanc, ils refusent de marcher. L’Européen ne perd pas courage; seul, 1l continue sa route, chancelant, poussé par la ferme volonté de sauver son existence; il marche. Le troisième jour, au matin, il tombe évanoui, revient à lui-même, se relève et continue ses recherches; il ne marche plus, il se traîne. Se raccrochant à la vie, comme le naufragé à l'épave, sa volonté seule le soutient encore; enfin, il arrive à la porte d’une case, après quatre-vingt-deux heures de faim, de soif, sous les rayons mortels du soleil d'Afrique ; il est sauvé.
Telle est la différence de tempérament entre le blanc et le noir; intelligents tous deux, mais différant essentiellement par ce complément de l'intelligence qui s'appelle la volonté puissante et l'énergie.
Il est aussi à remarquer qu'avec une instruction sérieuse, les mauvais principes du caractère noir disparaissent. Au frottement de la civilisation, entouré en Europe de gens qui disent leur façon de penser, au moins généralement, le nègre perd bien des mauvais côtés de son caractère. Comme il a le même savoir, il ne montre plus dans les rapports sociaux cette méfiance instinctive de l’indigène, laquelle dénature tout ce qu'il fait et ce qu'il dit. En somme, l'instruction le change totalement et, par-dessus tout, l'éloignement de ses semblables.
Car sur la côte d'Afrique, chez eux, les noirs ne mettent à profit que par son mauvais côté l’instruction donnée parles missionnaires. Dans cette limite d'éducation, le noir devient encore bien plus dangereux ; il a gardé tous ses mauvais instinct sous un semblant de vernis que lui donne une instruction élémentaire. Il se sert de ce qu’il a appris pour mieux tromper et mentir. De plus, il devient orgueilleux de sa légère supériorité et se rend ainsi encore plus antipathique.
Toute la peine que se donnent les missionnaires dans l’accomplissement de leur tâche philanthropique a malheureusement pour
résultat de faire des hypocrites à moitié instruits, bien plus à éviter que le nègre ignorant.
Mais revenons à ce dernier, et voyons comment 1l supplée dans ses besoins à certaines connaissances indispensables qui lui manquent.
La numération a pour principe, chez lui comme chez tous les peuples primitifs d’ailleurs, les cinq doigts de la main; de ce dernier mot, sans doute par corruption d’un terme latin, vient le mot mdnon qui, en nago, veut dire cinq. Lorsque le chiffre dépasse le nombre de doigts d'une main, il y ajoute ceux de l’autre, et toute sa science s'arrête à dir ; le mot guense s'exprime par cèng de (sous-entendu : retranché) deux dix; vingt se dit deux dix; trente, trois dix, etc.; cinquante, dix de six dix et ainsi de suite. Quand il a à tenir des comptes, ce qui lui arrive quand il est fonctionnaire du gouvernement, le Dahomien a également sa comptabilité à lui, quoique cela paraisse extraordinaire. Tous les cabeçaires, douaniers, percepteurs chargés par le gouvernement indigène de recevoir et de rendre des comptes, ont une façon de procéder assez bizarre, qui, si elle est plus volumineuse que la nôtre, est tout au moins aussi exacte, et c’est là l'essentiel. |
Chaque fois qu’on doit compter au-dessus de dix, on prend dans les perceptions une ficelle à laquelle on fait autant de nœuds qu'il y a d'unités; ces ficelles ne comportent pas plus de dix nœuds. D’autres fois, on prend un petit bâton et on y fait autant d’incisions. Ce premier procédé représente le « brouillard » ; c'est la comptabilité courante tenue pendant les affaires et les agitations de la journée. Il faut, ensuite, mettre le tout au net. Pour cela, le fonctionnaire possède des cauris' percés qu'il enfile par dix sur une ficelle, dont chacune représente un certain nombre de ficelles à nœuds; ces chapelets sont réunis, à leur tour par dix, en un paquet. Le tout est de nouveau attaché ensemble, toujours en même nombre et pendu dans un certain local, de sorte que le teneur de ce nouveau genre de livre peut, en un instant, savoir ce qu'ils représentent à une unité près.
Tout cela est relativement facile : c’est du calcul écrit. Mais là où le noir est curieux à voir, c’est quand il fait mentalement des opérations d’arithmétique ; dans ce cas, son intelligence supplée