‹ Le DahomeyChapitre 48 sur 92 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le tatouage, sa signification et son application. — Le costume des deux sexes au Dahomey et dans les régions avoisinantes. — Les coiffures diverses. — Bijoux du pays. — Distinctions de costume entre les différentes classes. — Les attributs des chefs et marques de dignité. — La hache, la canne, le tabouret, le parasol et la pipe des chefs dahomiens.

Il y a deux cents ans, il y eût eu fort peu à dire sur la parure et encore moins sur le costume ; il était réduit, à cette époque, chez les peuples de la région, à sa plus simple expression. La preuve en subsiste aujourd'hui même ; il se trouve de nos jours plusieurs peuplades qui sont sinon complètement nues, du moins plus que légèrement vêtues.

Le climat est doux ; il n’a jamais forcé les habitants à recourir à l'usage de vêtements ; ceux qu'ils portent aujourd’hui, si incomplets qu’ils puissent paraître, sont un luxe bien inutile au point de vue de la température.

L'histoire du costume n’a pas suivi les mêmes phases que chez les peuples civilisés, chez lesquels il était aussi somptueux il y a cent ans, qu'il est simple aujourd’hui.

Il est certain que le premier vêtement des naturels du pays fut le tatouage.

Plus ou moins bien faites, variées ou nombreuses, ces marques établissaient une distinction extérieure entre les différents individus. La beauté, la régularité du tatouage selon les goûts locaux, devaient distinguer les grands qui avaient pu faire faire cette opération par des spécialistes habiles, exigeant un payement quelconque en raison du travail ; les pauvres, au contraire, car ces deux classes existent partout où il y a des hommes, avaient fait euxmêmes, ou devaient à l’obligeance d’un voisin, de mauvaises copies de ces travaux d'art.

Au fur età mesure que le costume apparut, sous forme d'étoffes,

le tatouage, devenu inutile là où il était caché, fut abandonné et borné aux parties découvertes.

. Les plus anciens voyageurs décrivirent des peuples à peine vêtus, voire même complètement nus. Ceux qui vinrent ensuite signalèrent des changements notables dans le costume et, aujourd’hui, dans certaines régions, il y a des indigènes complètement couverts.

Le premier Européen qui vit les indigènes dut naturellement leur conseiller, peut-être exiger, un vêtement au moins sommaire ; c'était d’ailleurs dans son propre intérêt, pour écouler les étoffes qu'il apportait et qui sans cela lui seraient restées sur les bras. Il en a toujours été de même pour les articles qu'il a importés; le blanc a toujours eu à développer les besoins chez les noirs, en leur apprenant l'usage d’une foule de choses qu'ils ignoraient, pour pouvoir ensuite les leur vendre.

Le premier vêtement fut donc une bande d’étoffe, large de quatre doigts, qui s’attachait devant et derrière la taille à une cordelette, après avoir passé entre les jambes. Nous voyons encore à la Côte d'Or, à quelques heures de la côte, les indigènes avec ce costume rudimentaire, que l’on a plus ou moins varié. À Aquamaboe, les femmes ont les deux extrémités de cette bande d’étoffe retombant jusqu'aux genoux. A Croboe, les jeunes filles portent ce tissu très long par derrière où il arrive aux chevilles.

Certains navigateurs d'autrefois disaient avoir aperçu sur la côte des nègres à queue. C'étaient, sans doute, des jeunes filles de Croboe, car à cinquante pas, si l'étoffe est aussi foncée que le corps, elle a parfaitement l’apparence d'un prolongement des coccygiens. Aux Popos, sur la côte et au milieu de l'influence européenne, les jeunes filles ne portent encore jusqu’à leur mariage que la bande de tissu, simplement fixée à la taille et sans prolongement. En langue indigène, ce «vêtement» s'appelle godé. On le conserve par respect pour l'usage, non par manque de tissus, car les Popos sont un des endroits les mieux approvisionnés d’étoffes par le commerce européen.

Lorsque l'industrie et le travail rendirent, chez le noir, les étoffes moins rares, le godé s'agrandit et fit le tour du corps. Plus tard, il descendit de la taille aux genoux; c'était un progrès. En bien des endroits actuellement, nous pouvons dire presque partout, le costume en est resté là.

Chez ceux qui voulurent encore plus de luxe, ce petit morceau

d'étoffe se changea en une ample draperie qui les enveloppa de la laille au mollet; c'était désormais le pagne *.

Comme nous l'avons dit, le tatouage disparut peu à peu devant le vêtement ; ce dernier prit du développement chez certains indigènes, le Dahomien, le Yorouba, par exemple, tandis qu’il resta stationnaire chez les gens des Popos, surtout chez les Jeunes filles et dans l’intérieur de la Côte d'Or.

Quant à la fantaisie des coiffures, son origine ne peut être définie. Il est possible que, chez les femmes, elle ait toujours été en vogue; elles ont toujours eu leurs cheveux et la faculté de les arranger à leur guise, et elles font preuve comme ailleurs de beaucoup de coquetterie. Elles ont pu, de temps immémorial, les disposer de la façon qui leur seyait le mieux.

Les bijoux simples résultent certainement d’une coutume très ancienne. Les femmes, par cette même coquetterie naturelle, purent se parer de fleurs des bois, de lianes, de graines colorées, qui donnèrent l’idée de créer en bois ou autre matière les mêmes bijoux, plus durables. On trouve des bijoux ouvragés qui datent certainement du début des industries dans le pays, et cette époque peut être rapportée au treizième siècle.

Aujourd'hui, les Européens ont fait pénétrer avec eux une lueur de civilisation. Il y a, en général, un grand progrès, et, comme on le verra, les indigènes ont une certaine tendance à se vêtir proprement et à ajouter, quand ils peuvent, au vêtement, des ornements et des parfums.

Nous allons passer en revue le tatouage, le costume, la coiffure et les brzoux d'aujourd'hui.

Le tatouage.

Le tatouage consiste à exécuter, comme on sait, sur la peau, un dessin qu'on rend ineffaçable par une cicatrice qui le contourne, ou par une substance qui le colore, introduite sous l’épiderme. Le premier, composé simplement de petits bourrelets, peut être désigné sous le nom de tatouage en relief. Le second, sans saillie, se signale par une teinte bleuâtre ou noire, qui se distingue plus ou moins sur la teinte foncée de la peau des indigènes. C’est le tatouage en couleur.

Le tatouage en relief est une opération très douloureuse ; il

1. Ce mot vient du portugais paan, panno, qui veut dire étoffe. BIBL. DE L'EXPLUR. If. 11

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s'obtient en pinçant la peau avec les doigts à l'endroit désigné par un dessin à l’ocre ou à la chaux et en y opérant avec une petite lame en forme de lancette des incisions assez profondes suivant les contours du dessin. On laisse saigner un instant et l'on frictionne fortement les plaies avec de la poudre à canon pulvérisée, du salpèêtre, de la potasse, du jus d'herbes ayant les mêmes propriétés ou enfin n'importe quelle substance caustique dont on dispose, afin d’y déterminer une inflammation. Celle-ci se déclare généralement et détermine une enflure qui subsistera désormais.

Le tatouage en couleur se fait par des piqûres, faites au moyen d’une aiguille, d’une épine, dans lesquelles on introduit du noir de fumée, des teintures noires végétales, de la poudre délayée ou plusieurs autres substances de façon à ce qu’elles restent sous l'épiderme.

On remarque le tatouage en relief chez les gens à peau noire, parce que l’autre ne se distinguerait pas. Ceux dont la teinte est plus claire préfèrent celui en couleur ; d’autres mélangent les deux d’une façon fantaisiste.

En plus de ces distinctions, on peut remarquer le tatouage d'origine et le tatouage de fantaisie : le premier est la marque distinctive, uniforme et obligatoire des gens d'une même race ou d'une même tribu, dont les traditions sont respectées. Il se porte généralement à la figure.

Le Minah a trois petites barres horizontales sur la pommette de la joue; c’est le tatouage de la Côte d'Or, qui comprend une foule de subdivisions comme tribus. L'Accraën a la même marque, plus deux points entre les sourcils; l’Aquamabon, trois; le Fanti, quatre superposées par deux; le Cape-Coast, quatre et une horizontale, etc.

Le Dahomien a, selon les tribus, d’autres signes : à Whydah et sur la côte (les anciens Ajudas), deux grosses barres verticales sur la pommette de la joue ; dans le nord du Dahomey, une marque verticale au bout du nez ou quatre et jusqu’à six sur la joue, aux tempes, au front, au menton, etc. Les Mahis ont les tempes zébrées ; les Nagos ont des marques rondes, en forme de demi-pois entremêlés avec les traits verticaux ou horizontaux; les Jebous également.

Il serait long et difficile d’énumérer par tribu, par race, par village ou ville, les innombrables distinctions connues des indigènes

seuls et qui nous paraissent se ressembler toutes, au premier abord. D'ailleurs, ces marques distinctives seraient vagues même aux yeux des indigènes, si elles n'étaient accompagnées d’autres indices qui ajoutent leur caractère spécial à la signification du tatouage, tels que l'accent auquel on reconnaît le lieu où est né l'individu, la coiffure, les dents, les petits gris-gris ou amulettes, etc.

Le tatouage d'origine est toujours en relief‘ et à la figure.

Le tatouage de fantaisie se fait sur le corps : il est en relief ou en couleur selon les goûts ; il n’existe pas à la Côte d'Or, où on l'a en horreur, et où l’on prétend qu'il n’y a que les esclaves qui se marquent ainsi. Mais, dans les autres endroits, il est subordonné au goût de chacun : les hommes se dessinent, sur la poitrine, des pointillés, des barres, des croix, des cercles, des étoiles, des tortues, des fleurs. Ces derniers dessins exigent quelquefois beaucoup de bonne volonté pour être reconnus ou compris à première vue : la tortue ressemble à un carré dont les côtés seraient pro- Jongés pour figurer les pattes, et une barre transversale forme la tête et la queue ; la fleur est tout aussi fantaisiste.

Chez les femmes, le comble de l’élégance consiste en un gros pointillé en relief au creux de l'estomac et limité sur un espace parfaitement rectangulaire, carré ou losange. Elles n’ont pas de tatouages sur la poitrine, sauf quelquefois deux ou trois fleurs à la hauteur des clavicules.

Les tatouages en couleur permettent plus de finesse dans l’exécution et de plus petits détails. C’est ainsi qu’on voit de petits cercles coupés par deux diamètres en croix ou par un plus grand nombre d’entre eux, ressemblant à peu près à des roues, de petites branches palmées, de fines raies comme des hachures, etc.

Si l’on se faisait tatouer à l’âge adulte et par sa propre impulsion, il est certain que beaucoup de noirs reculeraient devant la douleur physique qui accompagne cette opération ; mais elle est imposée aux enfants par les parents qui, sans se soucier de leurs cris, les ornent, dès leur jeune âge, des marques dont ils seront fiers plus tard. Bon gré, mal gré, il faut donc passer par là et chacun tatoue ses enfants comme il l’a été lui-même quand il était jeune.

Les gens les plus tatoués sont les féticheurs et les féticheuses,

1. Les Kroomen sont peut-être le seul peuple de la côte qui ait ce tatouage en couleur.

surtout les femmes. Celles-ci sont littéralement couvertes de marques plus ou moins grandes ; leurs joues disparaissent sous les boursouflures, leur nez est entaillé ainsi que leur front et leur menton; leur cou, leurs épaules, une partie de l’avant-bras, la poitrine, l'estomac, sont complètement criblés de signes divers et généralement de gros pointillés ; la plupart ont des marques distinctives du fétiche auquel elles sont vouées. Les prêtresses du Serpent, du Tonnerre, ont dû souffrir un véritable martyre pour se faire imprimer sur la peau ces tatouages nombreux et indélébiles.

Parmi les féticheurs, il y en a dont la poitrine est horrible à voir : ils ont des cicatrices qui atteignent 8 et 10 centimètres de diamètre. Ces tatouages ou plutôt ces mutilations affectent une forme bizarre, qu'on ne saurait mieux comparer qu’à une toile d'araignée. C’est à l’aide du feu, dit-on, qu'ils arrivent à ce résultat.

Des filets de peau concentriques partant des bords de la plaie viennent tous se réunir en un petit noyau de chair de la grosseur d’une noisette, lequel, comme les fils, est non adhérent à la poitrine par le centre. 1] est évident qu'il y a eu une opération spéciale pour empêcher les tissus de se reconstituer en surface plane. Tous ces filaments ont dû être découpés, cousus, tenus écartés de la plaie et réunis au-dessus d’elle par une suture.

On se fait une idée de la force qu'ont les principes et les usages chez ces gens, quand on voit des hommes se torturer ainsi pour honorer le féliche et pour se le rendre favorable.

Ces tatouages ont également pour but d’éprouver les croyants, de leur donner une idée de la souffrance qu’il faut endurer pour le dieu mystérieux.

On tatoue les enfants très jeunes ; l’âge auquel on pratique l'opération diffère selon les pays ; il varie entre six mois et cinq ou six ans. Îl est rare qu’on l’applique plus tard.

Le tatouage est appliqué généralement par le père ou la mère. Quelquefois, pourtant, un ami obligeant ou un tatoueur de profession se charge de cet office. On ne pratique pas toutes les marques en même temps ; on fait tout d’abord le signe d’origine, indispensable dans le cas où l’enfant se perdrait ; les autres viennent ensuite.

Le costume.

Le costume se borne en lui-même à un seul vêtement ; la différence n'existe que dans la façon dont il est drapé, et ce détail fait distinguer aisément les différents peuples de la région.

Le costume des hommes se compose généralement de deux pagnes : l’un est placé autour des reins et retombe jusqu'à mijambe, l’autre enveloppe les épaules et arrive au-dessous du genou.

Le premier a environ 4°,60 à 1",80 de long et { mètre à 4",10 de large ; l’autre est de même longueur, mais plus large de 50 à 60 centimètres.

Le petit pagne sert toute la journée, pendant le travail et dans l'habitation ; l’autre se porte dans la rue et pendant la nuit.

L'agrafe, l’épingle ou le bouton étant inconnus, on serre le pagne autour des reins, et l’on enfonce l’extrémité qui croise sur l’autre, dans la ceinture formée par le pagne lui-même, en roulant légèrement de dedans en dehors de façon à former un petit bourrelet.

Les Dahomiens drapent le plus souvent leurs deux pagnes autour des reins, et avec le surplus de l’étoffe forment sur la droite, près de la hanche, un bourrelet en forme de paquet qu'ils font légèrement retomber. Ce paquet d’étoffe est le comble de l'élégance chez le Dahomien; les chefs lui donnent la dimension d'un melon. Il est « grand genre » de le faire volumineux ; cela prouve que l'on a un vaste pagne, puisque c'en est le surplus. Le torse reste nu (il est défendu au Dahomien de porter aucun ornement). Cette façon de draper le pagne a un Je ne sais quoi de mâle et d’imposant. C'est le caractère distinctif du Dahomien. Aucun autre peuple ne se drape de cette façon dans son vêtement. Il porte souvent le grand pagne sur les épaules; pour cela, il le ramène devant lui, et, dégageant le bras droit, jette le tout sur l'épaule gauche: le bras gauche relève ensuite ce qui pourrait tomber de cette épaule. Le pagne va ainsi de l'épaule gauche à la hanche droite, laissant les bras libres. C’est comme cela qu'on rencontre les indigènes dans les rues du Dahomey et des Popos.

Les Nagos commencent à transformer le petit pagne en une sorte de pantalon appelé échokoto, ressemblant à celui des Arabes,

sauf qu'il ne forme pas sac entre les jambes. C’est plutôt une culotte courte’.

Le costume des femmes au Dahomey et au Yorouba consiste en un, deux ou trois pagnes, selon leurs moyens. Le premier et le second partent de la ceinture; l’un arrive à mi-cuisse, l’autre, par-dessus, atteint le bas du mollet. L'usage général est que les jeunes filles ne se couvrent pas le torse ; ces deux pagnes composent donc entièrement leur vêtement.

Les femmes mariées, au contraire, portent le troisième pagne se fixant sous les bras, couvrant la poitrine et les autres vêtements. Un morceau de tissu roulé sert généralement de ceinture et consolide le tout.

Ces trois pagnes, invariables comme nombre et grandeur, diffèrent énormément par les couleurs et la façon de les arranger. Les femmes, avec cet art de se parer qui est inné chez elles, arrivent à faire de ces morceaux de tissus des vêtements gracieux *. Elles ont une manière de se draper qui fait ressortir les beautés du pagne, s’il mérite l'attention. Elles harmonisent parfaitement les couleurs et sont ennemies de ces mélanges criards qui jurent tant dans le costume des négresses américaines, et les font ressembler à des perroquets ou à des oiseaux de volière. On ne verra jamais, dans cette région, des femmes habillées à la fois de vertpomme, de rouge et de jaune. Si elles aiment le jaune d'or, le grenat, le noir ou le vert foncé, elles ne portent qu’une de ces couleurs. Ce n’est, d’ailleurs, que la classe aisée qui peut se permettre toutes ces fantaisies. Les pauvres ou les fainéants sont bien heureux quand ils peuvent changer de pagne une fois chaque année.

Au Dahomey, comme toute couleur ou parure est défendue, hommes et femmes ne portent que des pagnes écrus qu blancs. Ces couleurs claires, qui durent fort peu, se changent graduellement en gris-perle, gris foncé et gris noir. On n'’aperçoit aucune autre couleur dans le vêtement des Dahomiens. À Whydah, on ne voit que les familles des anciens Brésiliens, tout à fait indigènes

4. Certaines tribus habitant la troisième zone du Dahomey, les bords du Whémé et le village d’Afotonou, portent une jupe plissée arrivant au genou. On ne voit que peu d'individus avec ce costume, aujourd'hui démodé.

2. Celte partie du vêtement, démodée aujourd'hui, qu’on appelait une tournure, est connue à la Côle d'Or de temps immémorial. A Accra, les femmes le portent sous leur pagne.

aujourd’hui, et qui par leur naissance se trouvent en dehors des lois du pays, faire usage de couleurs voyantes et de bijoux.

Les Yoroubas et les Popos, au contraire, moins sévèrement assujettis par leurs lois, font usage du genre de vêtements que leur permettent leurs moyens.Les hommes y ajoutent des tricots européens, des bonnets brodés, etc.

Le pauvre ne connaît que le bleu indigo; il achète le calicot sans apprêt et le fait teindre, selon son goût, plus ou moins foncé. Ceux qui ont de l'argent achètent dans les magasins les produits de la manufacture anglaise et allemande, qui priment surles marchés. Ils se laissent séduire par la couleur et le dessin, mais n’accordent jamais d'attention à la qualité ; ils veulent du bon marché et, comme au premier lavage la teinture s’évanouit, ils recu'ent tant qu'ils peuvent l’accomplissement de cette opération. C’est dire qu'ils sont, en général, très sales. La quantité d'eau qu'ils ont à leur disposition influe beaucoup sur les soins qu’ils donnent à leur toilette; dans les villages riverains, ceux des habitants qui ont de l’eau tout à fait à portée sont beaucoup plus propres que ceux qui ont 300 mètres à faire pour aller en chercher. Dans l’intérieur, la proportion est la même. Les peuples du bord de la mer sont dans un état d'hygiène bien supérieur sous ce rapport à ceux qui en sont éloignés.

L'heure où le noir se baigne de préférence est le milieu de Ja journée, lorsque l’eau est tiède des rayons du soleil.

La coiffure.

La coiffure fait le principal ornement de la tête du noir : elle Jui donne une expression et fait ressortir sa physionomie. Aussi Ja négresse arrange-t-elle, en général, ses cheveux avec grand soin. L'homme lui-même sait que cette toison frisée qui encadre son visage ne lui va pas mal, et il la porte souvent fort longue.

La coiffure comprend l'ajustement des cheveux et les additions d'étoffes et de bijoux. Elle est dans le premier cas excessivement variée, en dehors du Dahomey toutefois. Car, dans ce royaume despotique, il n’est même pas permis à l’homme de porter ses cheveux à sa guise ; il faut qu'il ait la têLe rasée ou tout au moins les cheveux courts et sans coiffure aucune. La femme est à peu près dans les mêmes conditions, surtout lorsqu'elle habite des lieux proches de la demeure du roi.

À la Côte d'Or, aux Popos, au Yorouba, on voit des coiffures bizarres. Les Minahs des deux sexes s'arrangent les cheveux en petites baguettes raides qui hérissent leur tête. À Accra, ce sont de petites boules au lieu de bâtons. Aux Popos, les femmes ramènent en arrière tous leurs cheveux longs et bien peignés, et les attachent sur le sommet de la tête ; l'extrémité des cheveux est ensuite arrangée en une petite boule qui surmonte le tout. Cette dernière coiffure et celle de l’Accraenne sont celles qui vont le mieux aux négresses.

Dans le Yorouba, la coiffure préférée est une succession de tresses partant de Ja naissance des cheveux et allant se Joindre de tous côtés sur le sommet de la tête. Ces petites tresses laissent voir entre elles le cuir chevelu; les lignes représentent assez bien comme forme des tranches d'orange. La coiffure en cabasset exige près d'une journée de travail; mais comme elle subsiste fort longtemps, elle est préférée par beaucoup de Nagos. Cet ajustement se fait en tressant les cheveux très serrés et en un monticule qui part de la nuque pour venir mourir sur le front ; cette éminence est surmontée d’une arête formée par les cheveux; on met au-dessous de ceux-ci un morceau de boïs, et.le tout éveille à peu près l’idée de la partie supérieure du cabasset, cet ancien casque de guerre ; c’est pourquoi nous lui donnons ce nom. Une coiffure de ce genre, si elle est bien faite, peut durer quinze jours sans se détériorer.

Un autre arrangement des cheveux, réservé aux femmes des grands, consiste à se laisser croître la chevelure, mais en la rasant autour du front, au-dessus des oreilles et sur la nuque; cela ressemble à un bonnet d’astrakan sur une tête rasée ; nous l'appellerons la cosffure en bonnet.

Puis la coiffure à la mahométane : toute la tête rasée avec une touffe de cheveux plus ou moins longue sur le sommet ou sur le côté. Les Nagos de Lagos, qui s’habillent à l’européenne, essayent de se faire une coiffure dans le même genre ; ils aplatissent leurs cheveux et tracent au milieu, au rasoir, une ligne voulant imiter la raie,

Ornements et bijoux.

Pour ajouter encore à la parure, des bijoux divers sont en usage chez les indigènes. Nous employons peut-être à tort le mot bou, qui s’appliquerait à un ouvrage d’orfèvrerie ou à un petit objet

délicat; nous entendons désigner un ornement qui sert à la toilette plutôt qu'un article de valeur.

Les hommes portent autour du cou de petits sachets en cuir pendus à l’aide d'un cordon, des dents de carnassiers, des calebasses microscopiques où l’on renferme soi-même des médicaments, des morceaux de verre, de fer, de corail, de cuir, de bois et de laiton.

Ils portent autour du biceps des anneaux en verre bleu ou en ivoire ; autour du poignet, des cordelettes en cuir ou des chatnettes ; autour des reins, des épines dorsales de python, des lanières de cuir tressé entremêlé de perles ; aux doigts, particulièrement au pouce, des anneaux en cuivre, ainsi qu’au gros orteil. Ils ont rarement des anneaux aux oreilles.

Les femmes ont une quantité de verroteries de toutes couleurs et de toutes tailles autour du cou, des bras, des poignets, des jarrets. Dans le Yorouba, elles se percent les oreilles et agrandissent le trou assez pour pouvoir y passer une rondelle de bois rouge de la dimension d’une pièce de 1 franc. Ces oreilles déformées et pendantes sont considérées comme une beauté ; un objet recherché pour remplacer la rondelle en bois est une tranche de bougie dont on supprime la mèche.

Aux Popos et à la Côte d'Or, les femmes portent des boucles d'oreilles en perles, en argent et en or, sous forme d'anneaux ou de boutons, mais petits et délicats.

Au Dahomey, la plupart des femmes n'ont pas même les oreilles percées. À quoi bon, puisque les pendants sont défendus? Aucun bijou n’est toléré au Dahomey, sauf pour le roi, les princes et les chefs qui portent du fer.

N'est-ce pas une belle idée que de faire de ce métal si utile, si nécessaire, l'apanage exclusif de Ja noblesse? N'’est-il pas, en effet, cent fois plus noble que l'or dont se pare tout le monde, si rare et si commun à la fois ? Et n'est-il pas plus digne de constituer un privilège de la puissance? « Des guerriers ne doivent se parer que de fer, » disent sans doute les grands du Dahomey. Et les plus beaux bijoux européens les laissent froids.

Avec leur simple anneau de fer au poignet et à la cheville, les rois dahomiens respirent la noblesse, la puissance et la simplicité.

Les différentes classes ont un costume ou une ornementation qui leur est propre.

Le cabegçaire ! porte un pagne blanc, un bracelet en fer et souvent, sur sa tête rasée, une petite calotte blanche de la forme de celle de notre clergé. À Porto-Novo, les princes nommés /arrys ont le même costume et, au lieu de calotte, la coiffure en cabasset rasée au-dessus du front, des oreilles et de la nuque. Les féticheurs sont des cabeçaires et vêtus comme eux; ils sont, de plus, ornés des tatouages dont nous avons parlé.

À Porto-Novo, les femmes de cabegçaires et de larrys, ainsi que celles du roi sont les seules qui portent régulièrement le pagne blanc ; celles des premiers et du roi sont coiffées en calotte, et les autres comme leurs maris.

Les féticheuses portent le pagne blanc, la tête rasée ou les cheveux courts ; elles ont des chapelets de petits cauris de Manille autour des bras, du cou, des poignets, des jarrets et des chevilles. Il y a de nombreuses variétés dans les costumes du culte fétichiste. Nous les décrirons plus en détail lorsque nous parlerons de cette religion.

Quant aux enfants, ils vont complètement nus jusqu’à six ou sept ans.

En plus des tatouages, il est d'usage en certains endroits de se passer sur le corps des couleurs. Les femmes nagos se peignent les pieds, les jambes, les bras et les mains en rouge-brique ; elles se frottent d'huile de palme, ainsi que les hommes. Elles exhalent une odeur repoussante.

Dans les Popos, elles se passent sur le cou, les épaules et la poitrine, un mélange odorant, agréable, qui les teint en blanc; on nomme cette matière l’aétiké. C'est un composé de clous de girofle et quelquefois de benjoin avec un alcool parfumé quelconque, pilé dans un mortier sous forme de pâte, séché et mis en boules.

L'usage du £haal, que les Arabes emploient pour les yeux, est remplacé par de la plombagine qui se vend dans de petits étuis en peau. Elle donne aux bords des paupières une teinte bleuâtre. Les femmes nagos et jebous en font seules usage.

Les quelques ustensiles de toilette qui servent aux noirs sont assez primitifs : le rasoir est, le plus souvent, un éclat de verre, pour ceux qui ne peuvent se procurer mieux. Les femmes démêlent leurs cheveux au moyen d’un peigne dont les dents, au

4. Cabecaire, grand du pays, haut fonctionnaire. Du mot portugais cabeca, lête.

DAuOMET.

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