‹ Le DahomeyChapitre 58 sur 92 · GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION INDIGÈNES · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION INDIGÈNES

La loi et le régime monarchique au Dahomey ; la cour des anciens rois. — Droits du souverain. — Le gouvernement; par qui il est exercé et de quelle façon. — Chefs divers ou ministres. — Contributions, douanes, décimères. — Droit sur le naufrage. — Gouvernement de Porto-Novo. — Police dahomienne, sa perspicacité incomparable, ses agents, ses chefs. — La justice dans le pays, ceux qui la rendent. — Les peines diverses. — Palabres. — Les interprètes. — Coutumes locales.

La forme de gouvernement du Dahomey est le régime monarchique absolu et sans contrôle. Il donne lieu, de la part du roi, à toutes sortes d'abus. Le moindre de ses caprices est une loi à laquelle doivent se soumettre, sans murmurer, tous ses sujets, du premier au dernier, et il change les règlements au gré de sa fantaisie.

Loin d'accepter les conseils, parfois trés sages, que ceux qui l'entourent pourraient lui donner, grâce à leur âge et à leur expérience, le souverain n’écoute que sa volonté. Il devient d'autant plus exigeant qu'il ne rencontre jamais une objection. Qui, d’ailleurs, oserait la formuler ?

[tient entre ses mains capricieuses la vie et la tranquillité de tous ses sujets. La justice, c’est sa décision, qui est sans appel. La possession d'une famille ou de biens quelconques est une marque de sa bonté, qu'il peut faire cesser quand bon lui semble ; et quand il ne fait qu'emprisonner à perpétuité un innocent,fc'est une preuve de magnanimité, car il pourrait le punir de mort.

Sa disposition d'esprit est cause qu'il commet souvent des cruautés inouïes ; il tient l’innocent à sa merci, et le coupable a le même droit que lui d'espérer sa grâce.

Le roi est plus qu’un homme: c'est un dieu tout-puissant et, ce qui est plus triste encore, un dieu malfaisant, sans remords

ni conscience. Il règne par la crainte et, malgré tout, par le respect. Son nom seul fait trembler ceux qu'il commande, et, pour le prononcer, eux, si petits, en signe d’humiliation, ils se couvrent Ja tête de boue et baisent la terre. Devant lui, ils se traînent dans la poussière, comme honteux de la distance morale qui les sépare, et quand il les tue, leur dernier regard peint le respect et Ja résignation.

Et qui est-il, cet homme qui inspire une pareille soumission ? Est-il au-dessus d'eux par l'intelligence ou le savoir, le courage ou la force? Nullement. 11 n’a rien pour inspirer l'admiration, encore moins le respect ; il commet de gaieté de cœur des cruautés atroces, il respire l'astuce et la méchanceté; en toutes circonstances, il se comporte généralement d’une façon qui donnerait peut-être des scrupules au dernier Dahomien.

Mais personne n'ose remarquer ses actes. Pour ses sujets, ce n’est pas un homme comme les autres, dont la conduite soit à Jouer ou à blâmer ; c'est un être sacré, enveloppé d’une atmosphère surnaturelle ; sa personnalité est l’œuvre du fétichisme et de la tradition exaltée ; c'est le descendant authentique, l'héritier légitime des rois de Dahomey, fondateurs de la dynastie. C'est leur sang qui coule dans ses veines et, dans aucun cas, il n’est permis de le répandre ; lui est si généreux de celui des autres, cependant !

Non content de gouverner son royaume avec la plus grande rigueur, il persécute les malheureux Dahomiens jusque dans les moindres détails.

Lui, le grand roi, si sûr de sa puissance et de son prestige, paraît jaloux du plus misérable d'entre ses sujets ; il réglemente sa coiffure, ses vêtements, comme s'il craignait de lui voir donner une preuve de goût ou de coquetterie.

Les Européens mêmes, quil devrait accueillir avec affabilité, en raison de l'argent et des cadeaux que leur présence lui rapporte, sont reçus avec froideur et indifférence ; il a l’air de craindre que toute gracieuseté de sa part soit reçue comme une reconnaissance tacite de son infériorité. Il ordonne à ses représentants de faire sentir son pouvoir aux Européens dans toutes les occasions, et son royaume est devenu une souricière, une nasse, où tout le monde est libre d'entrer, mais dont personne ne sort sans sa permission.

Au Dahomey, il faut réfléchir longtemps avant d'accomplir les

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