‹ Le DahomeyChapitre 7 sur 92 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

aura de grandes conséquences. Ge n’est n1 le désir de convertir les noirs, sur lesquels les missionnaires, protestants ou catholiques, n’ont exercé jusqu'ici qu’une influence bien faible à côté de l'influence de l’islamisme, ni même le désir de supprimer l'esclavage qui a guidé les puissances, c’est la pensée de s’approprier un marché colonial. La manufacture européenne, que la science moderne arme pour produire beaucoup, se sent à l'étroit en Europe et craint la concurrence américaine; elle a voulu s’assurer un débouché en Afrique. L’Angleterre, qui est la plus grande manufacture d'Europe, a été la plus ardente à se jeter sur cette proie, la plus avisée aussi et peut-être la moins scrupuleuse ; elle s'est fait la part du lion. J'estime que les noirs, dont on a disposé sans leur consentement, n'auront pas à regretter la tutelle qu’on leur impose ; leur civilisation est trop peu développée pour qu'ils aient pu s'organiser eux-mêmes en États durables, excepté dans le Soudan musulman, et le morcellement en petites tribus est une cause d’hostihités continuelles; la sécurité leur manque. Leurs nouveaux maîtres pourront peu à peu la leur donner et en même temps les stimuler quelque peu au travail par l'attrait du commerce: ce qui sera un bien si les marchandises corruptrices ne prennent pas trop de place dans ce commerce. Si cet état de choses dure, il ne serait pas étonnant que la population de l'Afrique, dont la densité est faible, doublât en un siècle.

Le Dahomey fait aujourd'hui partie du lot de la France. Une maison française s’était établie à Whydah en 1843, à l’époque où le gouvernement de Louis-Philippe prenait possession de quelques postes sur la côte occidentale de l'Afrique ; un traité de commerce avait été signé en 1851 avec le roi du Dahomey; un autre traité, en 1868, avait cédé à la France le petit territoire de Kotonou (600 mètres de côte), situé sur la frontière des royaumes du Dahomey et de Porto-Novo; en 1863, sur la

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demande du roi de Porto-Novo, qui avait peur des Anglais, la France avait accordé un protectorat auquel elle avait renoncé l'année suivante, et qu'elle n’a rétabli qu’en 18892, sur les instances d’un autre roi. Les difficultés résultant de la situation géographique de Kotonou qui est enclavé dans le territoire dahomien et qui est le débouché maritime de Porto-Novo, et la situation politique de Porto-Novo protégé de la France et vassal du Dahomey ont amené des incursions du roi Glèlè, des négociations infructueuses, et finalement une guerre contre le fils de Glèlè, Behanzin, qui s’est terminée par la destruction du royaume fondé par Aho au milieu du dix-septième siècle.

Le pays n’est ni très peuplé ni très riche. Les villes sont en décadence; les villages, en général misérables, malpropres et malsains malgré l'apparence riante que leur prête la végétation tropicale. La paix, pax augusta, lui rendra sans doute les habitants que la guerre et les « coutumes » avaient décimés. Le commerce s’y développera assurément; mais il ne faut pas s’exagérer les bénéfices qu'il procure ni se dissimuler les difficultés de la concurrence que se font aujourd’hui les Européens dans ces parages. Le gouvernement de la République a fait son devoir en donnant par les armes la sécurité à cette colonie, et il l’a agrandie par la conquête. Les Français sont certains d'y trouver protection ; à eux de savoir en profiter.

La Guinée ne saurait devenir une colonie de peuplement. Elle est et restera un comptoir de commerce. Mème à ce point de vue, M. Foù, qui traite de folie l'intention d'aller s’établir dans le pays, n’est pas encourageant; mais il y a lieu d'espérer que certaines conditions s’amélioreront avec le temps, qu'un peuple chez lequel le tisserand fait à peine, en quatre heures de travail, 1 mètre d'étoffe de 15 centimètres de largeur, sera un client avantageux pour les fabriques d'Europe, et que la pénétration dans l’intérieur fournira plus ample matière à l’im-

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