CHAPITRE PREMIER
Le commerce dans ces régions, ses opérations, son importance. — Les produits du pays exploités et à exploiter. — L'avenir du commerce. — Les industries à créer et les améliorations à apporter. — Tableau du fret et du passage par les différentes compagnies de bateaux à vapeur desservant la côte occidentale d'Afrique. — Tarif des douanes françaises.
Ce chapitre ne sera pas d’un grand intérêt pour ceux de nos lecteurs que le commerce n'intéresse pas dans sa partie technique, mais nous avons tenu, comme partout dans cet ouvrage, à entrer le plus profondément possible dans les considérations qui en font l’objet.
Le commerce, sur les côtes du Dahomey, au Yorouba et à Porto- Novo est bien différent aujourd’hui de ce qu'il était il y a vingt ans. À cette époque, l'indigène était peu exigeant et, au moyen d'échanges consistant en objets sans valeur contre des produits du pays, les commerçants faisaient ce qu'ils appellent des afaires d'or ; d’un autre côté, la vente de ces produits en Europe atteignait, vu leur peu d'expansion, un prix élevé sur les marchés, et le négoce enrichissait tous ceux qui s’y livraient.
Peu à peu, la situation changea par la faute même des Européens ; au moyen d’une concurrence inutile, puisqu'il y avait des produits pour tout le monde, les négociants finirent par payer le double du prix habituel, pour avoir la supériorité sur leurs voisins. L’indigène comprit bientôt tout l'avantage qu'il pourrait tirer
304 LE DAHOMEYY.
de cette lutte; né commerçant par le caractère, il n'eut bientôt plus rien à apprendre des blancs ; au contraire, ce furent eux qui eurent à étudier sa manière de procéder, et ils s’assurèrent ainsi, trop tard, que, dans cette concurrence, dans cette lutte pour s’arracher les produits aux mains les uns des autres, le seul qui y eut un réel profit était l'indigène.
Dès lors, les prix d'achat montèrent mais ne descendirent plus, et après avoir acheté un gallon d'huile (5 à 6 francs à cette époque) pour deux ou trois pipes en terre, on en arriva à le payer 2 et 3 francs en bonnes marchandises, et les bénéfices tombèrent de 300 pour 100 à 50 pour 100.
Loin de s'arrêter à ce point, les négociants continuèrent à faire voir à l’indigène qu'ils avaient besoin de ses produits ; ils lui donnèrent le spectacle journalier d’une petite guerre pour les avoir, et il profita largement de la situation. Loin de porter toute sa récolte sur la place, il ne la mettait sur le marché que peu à peu, afin de maintenir le prix en hausse, et, d'année en année, on en vint au point où l’on est aujourd’hui, c’est-à-dire à se maintenir sur la côte presque pour l'honneur, avec un bénéfice de 10 ou 15 pour 100, résultat médiocre et si peu élevé qu'il serait facilement réalisable dans d’autres opérations ne comportant ni les risques, ni le travail, ni les soins auxquels est subordonné le commerce sur la côte d'Afrique.
Le commerce des échanges de marchandises, appelé {a troque, n’existera plus dans quelques années ; celui des achats en espèces l'aura remplacé partout.
Le noir, grâce aux Allemands, a appris à connaître la valeur de l'argent ; il s’est vite rendu compte qu'il était facile à porter et à garder et qu'il avait cours chez tous les Européens, quels qu'ils soient et partout. Il comprit également quil pourrait, par ce moyen, vendre ses produits et acheter, avec le montant qu'il en retirait, ce qu'il désirait où bon lui semblait, sans être forcé, comme auparavant, de prendre ce qu'on lui donnait ou ce qu'il avait trouvé de mieux chez des commerçants mal approvisionnés.
L'argent anglais prend ainsi, depuis quelques années, une expansion extraordinaire ; le Dahomey même, si rebelle à toute innovation, commence à laisser passer librement dans ses États l'argent monnayé.
Les produits indigènes qui font l’objet du commerce se limitent, des Popos à Lagos, à deux articles : l'huile et les amandes
de palme. À Lagos et venant du Jebou, on peut y ajouter un peu d'ivoire et quelques onces de poudre d’or.
Le coprah (ou pulpe sèche de la noix de coco) ne s'exporte qu’à la Côte d'Or. Les arachides servent à la consommation indigène et, en résumé, à part les produits du palmier à huile, rien ne mérite l'attention.
Les amandes de palme valent, sur les marchés d'Europe (Liverpool, Hambourg, Marseille), de 250 à 300 francs la tonne.
L'huile de palme diffère de valeur selon sa provenance ; on a expérimenté que Lagos, le Jebou, le Yorouba et Porto-Novo produisaient des huiles chargées en couleur, riches en matières grasses et très propres à la saponification et à la fabrication des bougies.
Les huiles valent, sur le marché, entre 5 et 600 francs la tonne (220 gallons impériaux de 4!t-,54), selon leur provenance. Le Dahomey, la Côte d'Or, les Popos, produisent des huiles moins riches et qui atteignent des prix moins élevés.
L'ivoire s’achète de 10 à 12 schellings la livre anglaise à Lagos, et, avec les frais et le déchet, arrive à ne laisser qu’un bénéfice restreint.
Les produits se concentrent dans les villes, à l'occasion des marchés ou foires qui s’y tiennent presque journellement. Ils y arrivent par plusieurs voies différentes. Le pays est sillonné de sentiers étroits où les indigènes marchent à la file indienne, se rendant d’un point à l’autre ; ces sentiers aboutissent soit à des hameaux, des villages ou des villes, ou bien encore à des cours d'eau. Les gens de l’intérieur ne font jamais plus de 8 à 10 kilomètres pour vendre leurs produits et se procurer ce dont ils ont besoin ; ils vont ainsi à la plus prochaine localité et vendent leurs marchandises à d’autres indigènes qui les portent plus loin, pour les revendre à leur tour. On ne voit, dans les villes, que les noirs habitant dans le voisinage ; ce sont eux qui amènent sur les marchés l'huile et les amandes qui ont passé de main en main, venant de l’intérieur.
Ce qui précède ne s'applique qu'aux indigènes ne disposant pas de moyens de locomotion par des cours d’eau ; ceux qui habitent, au contraire, le bord ou le voisinage des lagunes font, avec leurs pirogues, de très longs voyages. Il arrive aussi qu'ils réunissent leurs produits et chargent une énorme pirogue que quelques-uns d'entre eux conduisent à destination.
On appelle ces grosses embarcations, chargées d'huile et d'amandes, des ptrogues de foire ; elles ne sont connues que du Jebou à Porto-Novo.
Les gens du Whémé se revendent leurs marchandises les uns aux autres, et ce sont les plus proches de la lagune de Porto-Novo qui viennent les y vendre; ils poussent jusqu’à Badagry et même jusqu’à Lagos.
Les Européens ont cherché à aller au-devant de ces arrivages de produits, en créant dans l'intérieur des succursales où ils supposent pouvoir se les procurer meilleur marché; c’est une grosse erreur dont ils sont revenus. Le noir ne ménage pas ses pas quand il s’agit de son intérêt ; une dizaine de kilomètres de plus ou de moins, ou deux jours de lagune ne sont rien pour lui, s’il peut vendre ses produits 25 centimes de plus. S’il rencontre un acheteur à moitié chemin, il exige le même prix que dans les villes.
En admettant même qu'on puisse acheter un peu meilleur marché, il faut alors ajouter les transports, dès lors à la charge de l'Européen, et qui compensent avec usure la différence de prix ; on a renoncé ou l’on renoncera à ces tentatives. [l vaut mieux laisser concentrer les produits dans les villes; cela développe mieux les affaires du marché.
Le roi de Porto-Novo défendait, pour ce motif, aux commerçants, il y a quelques années, de s’établir en dehors des murailles de la ville ; les indigènes préfèrent cela de beaucoup, car dans les villes ils bénéficient de la concurrence ; ils donnent au plus offrant. Il est amusant devoir les tentatives désespérées des négociants, à Porto-Novo, par exemple, pour attirer chez eux le noir qui passe dans la rue, apportant des produits. On l'appelle, on le prend par le bras et, en lui soufflant dans l'oreille les plus alléchantes promesses de cadeaux, en sous main on cherche à le faire entrer dans sa maison.
1] y consent souvent, entre, se fait montrer les marchandises, ressort et va faire la même expérience dans vingt maisons; il interroge ses compatriotes qui se sont débarrassés de leurs produits et leur demande où et comment ils les ont vendus; il fait ensuite son choix et retourne là où il lui semble que le marché soit le plus avantageux, mais il faut qu'il courre toute la ville auparavant, pour être à même de juger.
Chez l'Européen, c’est différent ; il sait ce qu’on paye au détail,
et qu’on trouve chez lui des boissons moins frelatées que lorsqu’elles ont passé par les mains d’un tiers. La qualité est alors compensée par la quantité, ce que beaucoup d’indigènes comprennent difficilement. Les Européens traitent avec les indigènes, soit directement, soit par l'intermédiaire de négociants noirs et de commissionnaires.
Les marchandises que les indigènes demandent en retour de leurs produits varient selon les endroits ; en voici un aperçu :
À Lagos se vendent tissus, genièvre, dames-jeannes rhum de 15 litres, tabac en feuilles, articles de Paris, bonneterie, quincaillerie, chemiserie, chaussures et conserves alimentaires, vins et liqueurs, provisions fraîches.
À Porto-Novo, des tissus, des alcools en tout genre, des chaussures, vins, liqueurs, tabac en feuilles, sel fin et poudre.
Au Dahomey, des alcools faibles, des tissus, quelques articles de Paris, quincaillerie, chemiserie, chaussures, conserves, vins et sirops, verroterie et poudre, tabac de rôle et en feuilles !, des lingots de plomb, etc.
Aux Popos, des tissus, des dames-jeannes vides de différentes tailles, des articles de Paris, de la quincaillerie, des chaussures, des alcools, de la poudre, du tabac en feuilles, du gros sel, des tissus de fantaisie mi-soie, foulards, mouchoirs, etc., de la parfumerie et de la verroterie.
À la Côte d'Or, comme à Lagos, on adopte le système des bazars.
Les indigènes sont assez difficiles à satisfaire dans leurs goûts ; les tissus doivent attirer l'œil, les couleurs être variées. Le système allemand, pour la vente des étolfes, consiste à recevoir constamment de nouveaux dessins en quantités minimes, ce qui donne lieu à des déballages constants, qui attirent le chaland et accélèrent les ventes. C’est le vrai moyen de vendre les tissus ; les pièces sont généralement de 12 yards. 11 faut de l’étoffe empesée, qui ne vale absolument rien et qui surtout soit bon marché — durée et couleur éphémères, mais prix très bas et bonne apparence ; tel est le problème à résoudre pour la vente des tissus sur une échelle considérable.
1. La vente du tabac au Dahomey cst le privilège exclusif des autorités locales. Tabac de rôle : de rollo, rouleau, cn portugais, parce qu’il est roulé en cordes.
Les alcools sont, avec les tissus, la base du commerce du Bénin; les maisons françaises en ont la spécialité.
Le tafia (alcool coupé) est devenu, aujourd’hui, aussi indispensable au noir que sa nourriture ; c'est dire qu'il ne peut s’en passer, et que la vente des alcools n'arrête jamais.
Pour donner une idée de l'importance de ces liquides sur le marché, nous pouvons jeter un coup d'œil sur ce qui se vend seulement à Porto-Novo, et nous arrivons aux chiffres de 490000 litres de tafia et 200 000 litres de genièvre par mois, au minimum, soit en tout 690 000 litres d'alcool.
L'alcool arrive à la côte dans de grosses futailles ; le genièvre, en caisse de 12 bouteilles. Le tabac atteint une vente de 80 à 100 tonnes par mois, de Lagos à la Côte d'Or exclusivement. La poudre se vend en barils de toutes les tailles, depuis 2 jusqu'à 8 kilogrammes, selon les endroits; c'est de la poudre à gros grains. Le sel gros se vend en grande quantité aux Popos, d’où il s'écoule dans l’intérieur par la rivière d’Agomé, chez des peuples qui le prisent énormément; le sel fin est seul en usage dans les autres parties du littoral.
Tels sont les seuls articles fondamentaux du commerce de la région. La France ne joue malheureusement pas un grand rôle dans leur exportation.
Les tissus viennent de Manchester, d'Allemagne et de Suisse ; les alcools, d'Allemagne ; le tabac, d'Allemagne ou d'Amérique ; la poudre, en grande partie d'Allemagne. Nous n’exportons que quelques vins, quelques liqueurs, un tiers environ de la poudre vendue (de Saint-Chamas), un peu de sel. La Sardaigne en fournit aussi.
Il ne vaut pas la peine de parler des quelques articles de bonneterie, quincaillerie, verroterie, cristaux, etc., que nous exportons également, parce qu'ils n’ont, sur le marché, aucune importance.
Comme nous l'avons dit, les transactions contre espèces sont aujourd'hui celles qui priment ; la vieille troque est morte ou agonise. On s’y maintient encore dans quelques maisons, par une routine qui date d'autrefois ; mais elle n’existe plus ni à Lagos, ni aux Popos, ni à la Côte d'Or.
Les Allemands ont élé les premiers à introduire ce genre de transactions. 1l demande un capital beaucoup moins important que celui que représentent les énormes stocks de marchandises destinées à la troque, dormant dans des magasins, et est en
même temps beaucoup plus simple. A cela il faut ajouter qu'il offre un bénéfice plus élevé que la troque quand celle-ci est grevée de tous les frais, coulages, bris, déchet, fret, pertes, etc., qui en sont la conséquence inévitable.
Les Allemands reçoivent de l'argent d'Europe ou en encaissent par la vente de leurs marchandises et le transforment immédiatement en produits, qui partent aussitôt.
Le capital travaille ainsi continuellement et passe plusieurs fois dans les transactions d’une année ; il revient aussitôt qu’il arrive en Europe, sous forme d'espèces ou de marchandises, et le petit intérêt qu'il rapporte chaque fois se totalise et souvent dépasse le bénéfice annuel unique que rapporte la troque, mais qui nécessite, d’un autre côté, un capital dormant qui n’est permis qu'aux fortes maisons.
Les frais du commerce, dans ces régions, s’élèvent à des sommes exorbitantes ; les déchets, les pertes sèches, viennent les grossir encore. Depuis quelques mois, des droits de douane sont venus remplacer, avec usure, les impositions modestes que percevaient les autorités indigènes.
En somme, le commerce d'aujourd'hui sur la côte occidentale d'Afrique n’est pas plus lucratif que celui qu'on fait ailleurs, en Europe, par exemple ; il est, pour les négociants qui s’y livrent, une source de plus d’activité et d'extension dans les affaires ; il donne de l'écoulement aux produits de l’industrie européenne, mais il n'offre plus ce qu'on est en droit d’attendre des risques et du souci que donnent ces transactions lointaines. De plus, il coûte la vie et la santé à bien des gens, et ceux qui s’expatrient aujourd’hui n’y trouvent pas plus d'avantage qu’à rester chez eux.
Les maisons françaises, qui sont les doyennes dans la région, ne restent plus aujourd'hui sur la côte que par amour-propre national ou à peu près; elles ont des établissements anciens et elles continuent à y représenter le commerce français ; mais aujourd'hui, il ne vaudrait plus la peine d’exposer les capitaux que leurs comptoirs représentent, tant par leur établissement que ce qu'ils ont coûté depuis leur création.
L'activité des affaires varie chaque année, suivant la récolte qui est plus ou moins abondante, l’encombrement du marché ou ses besoins, et les événements politiques qui ont une désastreuse influence sur leurs résultats.
En 1889-1890 on s’est beaucoup ressenti, dans le commerce
de Porto-Novo, du conflit franco-dahomien. Au Dahomey, le trafic fut suspendu pendant cinq ou six mois. Il en a été de même pendant les expéditions de 1892 et 1893.
D'un autre côté, le télégraphe et la rapidité des communications mettent la côte en rapport continuel avec l'Europe, et l'on fait des affaires comme à Paris, à Londres ou à Liverpool.
Négociants blancs et noirs trafiquent avec le prix courant des marchés d'Europe à la main, et la concurrence permet tout juste de négocier sans perte.
Si les commerçants pouvaient s'entendre, les affaires prendraient une meilleure tournure ; mais, loin d'y avoir aucun accord à ce sujet, il y a des gens (toujours des petits traitants qui n’ont rien à perdre) qui spéculent sur la hausse et entraînent tous ceux qui se croient forcés de les suivre dans des spéculations où chacun perd généralement en proportion de ses capitaux.
De plus, il est des endroits où les commerçants sont obligés, s'ils veulent faire des affaires, d'ouvrir des crédits payables au moment des récoltes, aux négociants indigènes. Le capital, qui dort ainsi sans rien rapporter, attend des échéances souvent éloignées, et l’on peut encore éprouver des pertes, selon la différence existant entre le cours du jour de la vente et celui de la réception.
Il est à espérer qu'on pourra développer, avec le temps, d'autres branches de commerce et les ajouter à celles qui en forment aujourd’hui la base.
Le caoutchouc existe dans le pays, mais il n’est pas exploité ; il abonde dans le Dahomey, à Porto-Novo, dans le Yorouba ; il faut apprendre aux indigènes à l'extraire sans tuer les végétaux qui le produisent ; cette nouveauté demandera longtemps avant d’apparaître sur le marché.
Comme toutes les modifications qu’on veut imposer à la routine des indigènes, le caoutchouc ne pourra s’obtenir qu’à force de patience et d’encouragements.
Les bots de teinture, l'indigo végétal, le bois de roco (faux ébénier) qui ressemble assez au chône et peut être utilisé par les ébénistes (sur les lieux tout au moins) sont d’autres articles à ajouter au commerce.
Les arachides, la noix de coco, la canne à sucre, qui ne servent actuellement qu’à la nourriture des indigènes, pourraient également, par une culture plus étendue, venir grossir les productions du pays.
Comme nouveauté, le sol se prêtera avec succès à toutes les expériences ; aux Popos, on a la preuve que le fabac ne demande qu'un peu de culture pour donner les résultats les plus satisfaisants.
Le caféier paraît également s'accommoder de la nature du sol; les Anglais en ont commencé le développement. Le jardin botanique de Lagos produit des plants qui sont vendus aux indigènes et qui commencent à se voir partout dans la colonie. A Badagry, près de Porto-Novo, le gouvernement encourage les noirs à le planter ; il leur donne des leçons de culture et leur vend un pied de caféier 2 pence (20 centimes). Le district commissioner s'y change momentanément en professeur d'agriculture et enseigne aux indigènes la façon de faire développer ce produit riche et estimé ; on plante également les cocotiers, la rhubarbe.
Le cacao ne demande qu’un introducteur pour faire également son apparition ; le quinquina viendra comme lui; tous deux prospèrent au Gabon.
Le coton existe en assez grande quantité et pousse librement à l’état sauvage ; il a encore assez de valeur en Europe pour qu’on s’en occupe.
Le gingembre abonde dans les mêmes conditions et il a un bon prix sur les marchés anglais.
L’apiculture est connue ; les indigènes récoltent de la cire dans le Whémé, au Yorouba et au Jebou.
Le gouvernement français essayait dernièrement avec succès, au Sénégal, la culture du ricin ; il est certain qu’il donnerait, dans nos régions, les meilleurs résultats.
Tout croîtra sur ce sol vierge, qui ne demande que fort peu de soins ; le pays est canalisé naturellement, l’humidité y est même trop prononcée en certains endroits.
L'avenir commercial est tout dans la culture et dans la culture nouvelle. Le prix de l'huile de palme est tombé de moitié depuis cinq ou six ans ; les suifs, chaque jour plus abondants, lui font une guerre acharnée qui se terminera à son désavantage. Elle tombera si bas, qu'elle disparaîtra de l'exportation et ne servira plus qu'à la nourriture des indigènes.
Les négociants de l'avenir auront à se transformer en cultivateurs ; ils auront ainsi pour longtemps encore de nouvelles sources de bénéfices.
Le terrain ne manquera pas ; les gouvernements européens ou
les chefs indigènes le concéderont ‘à tous ceux qui en feront la demande, et si le personnel nécessaire manque dans les débuts, il se trouvera aisément lorsque la vente de l'huile de palme ne suffira plus aux indigènes pour satisfaire leurs besoins et leurs fantaisies.
Au point de vue des communications avec l'extérieur, toutes les villes de la côte se trouvent dans de très mauvaises conditions ; le débarquement et l’embarquement sont à la merci de la barre, qui, sans compter les pertes dont elle est cause, occasionne des retards continuels et des dépenses énormes pour l'entretien du personnel spécial qui la passe.
Il a été récemment construit, à Kotonou, un war/f ou appontement qui est destiné à franchir les brisants et à permettre des opérations avec les navires sans risques et à peu de frais.
Kotonou, port de Porto-Novo, est appelé, dans l’avenir, à être d’une grande importance. L'idée d'améliorer sa situation par ce moyen est digne de l'attention de nos capitalistes.
La société qui a construit le wharf perçoit un droit qui, vu le gros bénéfice qu'il facilite, arrivera en peu de temps non seulement à payer les frais et l’entretien de l’appontement, mais encore à indemniser ceux qui l'ont construit.
Les maisons de commerce peuvent ainsi supprimer un personne] qui leur coûte 30 ou 40 000 francs par an, et l'importance de Kotonou augmentera en ce sens que de nombreux vapeurs, qui ne débarquent à Lagos que parce qu'ils ne peuvent encourir les délais occasionnés par l’état de la barre, viendront déposer à Kotonou les marchandises destinées à Porto-Novo, sûrs, désormais, de ne subir aucun retard dans leur service.
Les gros vapeurs, ne pouvant entrer en rivière de Lagos, vont débarquer à Forcados River, et voici les frais inutiles qu’on évite par le débarquement, à Kotonou, des marchandises de Porto- Novo : frais de débarquement à Forcados River (en plus du fret) ; wharfage, roulage et transport à Lagos ; magasinage à Lagos ; droits de transit ; transport et débarquement à Porto-Novo.
Il faut ensuite ajouter les droits pleins qu’on y paye, qui sont les seuls frais à ajouter au péage du wharf de Kotonou, plus le transport à Porto-Novo.
Porto-Novo communique avec Kotonou par le lac Denham ; des travaux seront indispensables pour supprimer des bancs qui existent à l'entrée est du Toché et nord du chenal de Kotonou, sur une.
étendue assez considérable ; des embarcations et des chalands calant plus de 1 mètre pourront alors faire le trajet en toute saison sans crainte d'échouer.
Porto-Novo peut également faire son transit par Lagos ; des vapeurs appartenant aux Allemands font le trajet en dix ou douze heures. Le fret de Porto-Novo, en rade de Lagos, s'élève de 5 à 7 schellings par tonne. Il y a également un vapeur portugais.
Le service de tous ces bateaux est irrégulier et subordonné aux besoins des maisons auxquelles ils appartiennent.
Pour le service des vapeurs et des factoreries, on a reconnu que les indigènes n'avaient ni l’activité ni l'énergie nécessaires ; toutes les maisons ont des Kroomen, autre dépense qui vient encore grever les frais généraux.
Au Dahomey, comme nous l'avons dit, il ne fallait compter sur aucune amélioration, tant que le régime gouvernemental n'avait pas été modifié. Les autorités s’opposaient à tout changement. Ennemis instinctifs du progrès et de la civilisation, qu'ils savaient devoir nuire à leur prestige, les gouvernants ne permettaient aucune tentative d'amélioration de la part des Européens.
Mais si un jour les choses changeaient, si le pouvoir indigène disparaissait devant une conquête européenne, on pourrait fonder sur le Dahomey les mêmes espérances que sur la région qui l’entoure ; un wharf serait indispensable à Whydab, le seul point qui vaille la peine de recevoir une impulsion. Dans cette ville, on pourrait centraliser tout le commerce, et elle suffira largement au trafic.
La douane a été établie à Porto-Novo par décret présidentiel du 4°" avril 1890. Elle existait à Grand-Popo depuis le 1°" avril 1887, par une convention signée le 25 mai de la même année, entre la France et l'Allemagne, pour une durée de deux ans. Nous devions faire connaître avant le 1°* février 1889 si nous avions l'intention d'en modifier les clauses, sinon elle devait être considérée comme renouvelée.
On n'y a pas pensé de notre côté, et ce traité, tout en faveur des Allemands et tout à notre détriment, fut prolongé ainsi jusqu’en 1891, et dure sans doute encore.
Il en est de même à Porto-Novo; il ne paraît pas qu’on ait seulement pris l’avis ou des renseignements des négociants avant d'y établir la douane.
Le régime douanier actuel est contraire au développement du
commerce français en particulier ; il est à espérer qu'on s’apercevra à temps de la chose et qu’on y apportera des modifications.
Voici d’abord le tarif et le règlement du 41° avril 1890 :
ARTICLE PREMIER. Les marchandises de toutes provenances importées dans les territoires de Porto-Novo et de Kotonou et dans les territoires placés sous le protectorat de la France à l’est de Grand-Popo seront soumis aux droits suivants :
Genièvre, par caisse de 8 litres, au-dessous de 40 degrés... ... 9f,80 — — de 40 à 60 degrés........... 4 20 — — au-dessus de 60 degrés. ..... 2 00
Rhum par litre, au-dessous de 40 degrés.................. 0 04
— de 40 à 60 degrés.....,................... 0 06 — de 60 degrés et au-dessus...,.........,,... 0 10
Tabac, par kilogramme............................,.,.. 0 25
Poudre, par 100 livres anglaises...............,.......... " 6 25
Fusil, par pièce....,.,.....,......... cs... Less 4 25
Sel, par tonne de 1000 kilogrammes ...........,.,... ..... 10 00
Arr. 2. Tous les articles autres que ceux mentionnés ci-dessus seront admis en franchise.
Or, au dire des négociants français, ce régime douanier ne protège nullement le commerce de notre pays ; au contraire, il le grève au profit des Allemands.
Pour en faire comprendre la raison, quelques mots d’explication sont indispensables.
Qui est-ce qui reçoit des alcools, du tabac, de la poudre en quantités énormes à Porto-Novo ? Ce sont les maisons françaises. Elles ne font que très peu le commerce des tissus.
De leur côté, que reçoivent les Allemands? Des quantités de tissus qui entrent en franchise et des groups d'espèces qui leur servent à acheter des produits. Voilà la base de leurs transactions. Is n'ont à payer les droits que sur un peu d'alcool, qui les aide à écouler leurs espèces.
Ce seront donc les maisons françaises qui entretiendront la colonie, car elles ne reçoivent que des marchandises qui payent des droits, et les Allemands auront sur elles un avantage considérable.
Si c'est la question de protection de nos industries qu'on a visée, il est très compréhensible qu'on grève les alcools, le tabac, les fusils ; mais, alors, pourquoi a-t-on exclu les tissus qui viennent, en grande partie, d'Angleterre, le reste d'Allemagne ? Et
pourquoi impose-t-on la poudre, les vins et liqueurs, qui sont nos seuls produits français, ainsi que le sel ?
Nous n'avons que ces articles ; le commerce de la région roule : sur l’industrie étrangère ; le régime protecteur ne serait pas possible, même s’il était bien appliqué.
Pour éviter qu'une seule classe de commerçants ait à supporter les droits, tandis que l’autre travaille en franchise, il faut chercher à faire payer des droits d'un autre genre.
Le seul moyen de tout arranger eût été certainement de faire payer tant pour 400 à l'exportation, sur les huiles de palme, les amandes de palme et tous les produits de la colonie. C'est le commerce de {out le monde, et chacun participait ainsi aux impôts établis en proportion directe et exacte de l'importance de ses transactions.
Toutes les marchandises entrant librement et leur produit payant à la sortie, elles se transforment loutes inévitablement en produits et sont frappées de cette façon. Peu de vérification serait nécessaire : à Kotonou, les connaissements suffiraient à l’expédition de chaque navire ; à Porto-Novo, quelques douaniers à la lagune.
N'’était-ce pas plus simple ?
Le 5 pour 100, par exemple, à l'exportation sur la valeur moyenne du marché, donnerait environ une somme de 350 000 francs au minimum, qui rentrerait en argent comptant dans les caisses de la colonie.
Les droits à l'importation, comme ils sont établis, donneront évidemment davantage, parce qu'ils sont élevés ; mais ce seront deux maisons qui payeront sur six ou sept qui trafiquent.
Il faut bien se souvenir que le commerce des Allemands est basé sur des achats contre argent ; l'argent ne payant pas de droits d'entrée, le seul moyen de l’atteindre est de grever ce qu'il produit, et les droits à l'exportation atteindraient ce but. En admettant que les maisons françaises, pour faire cesser ce régime injuste, se mettent à faire du commerce contre espèces, les droits de douane seront réduits à fort peu de chose pour l'administration coloniale.
Si le 5 pour 100 n’est pas suffisant, qu’on mette le 10; mais le commerce français demande à ce que tout le monde paye ; autrement, les armes ne sont plus égales et la concurrence sera toute à l'avantage de ceux qui ont le moins de frais.
binoweñlie ej nojes uon no soyonoy À quoandd st :01auIf ue juOa ju xOyOQ #09 9p 1JAUOA jued VO #
UUrSp M6 anod quo
“10 POLE “LAN HOHADE a 0 He jo
“spjod u9 souure1So]LA 0OZ PP NO DqN9 O49L0 F OP 159 NVOULOY 9 à “ouuop anoj uo0b tuowofaeg np 1soddes u9 sofmatan sop sormSvdw0 #00 sono ap juoqo U0 !upuyd no exnsaeno s0 anod onb quos où sjUury ap Hd 8) 4
06 | ge | «ay lor nee | ce | se | 08 | oo | ep | es los [os | se | ce | ce |oc | de los-zl
© Duo es uo
on fos {see fselue)« Loos lus le «lee lee] oc | se |re lac | s6 eos | sel ss ze + Loos usuel “sels ec | se |es lee | e6
of SO *OHAPH 7
ol so los los | ss | er or | oc | or DE ls sean ler or! os | 5e |<c || TE
e > = = 2£l0€ = elé s|$ El: Tèt 2|S| #hilie © 5 AE ME £ sl#2sl8 Ê S|E HAPE EH z|s|s MIRE == £lT sl | listes le|flÉslssléselseelfslsé) e Fall IIS STE MÉSRRRRRERE) FL oem | um FE || [él HIS SES d| 8) À »
$ $ La Fe FES ë| ‘ LE EU RS D SE EE GS azva SaINOVAROD “(souvsy no) ounûy avd “(qup£GA no nouojoÿ) (ounounvn "aruxvie 'auAvR 27 “100auaa1I) AndIMAVA 2107 VI V AUVATE 30 1WIO4 Na adoung Uo 6109 2j ep sympord sep xUY uopeyodxop SOSIPUEUIEU S3p ; NESUUOy JEÙ ‘SIUEI] LO ‘j01] NP XHY
‘L Sdouna,T 14 HADINAV,A S3109 S3T AULNI SLINAOUA SAQ LA SASIONVHOUVA SAQ SLHO4SNVUL XAY SANLVIAU SIVUA SAQ NAVAIAVL
On trouvera ci-contre, à titre de complément, le tableau des frais de transport et de passage par les différentes lignes de paquebots.
Il ne nous reste rien à ajouter à cet aperçu du commerce de la région ; il est destiné, suivant nous, à de grands changements ; la plus grande de ces transformations sera certainement le produit des cultures faites par les Européens, substituées aux récoltes naturelles; le pays est riche, et celui qui voudra y créer ces nouveaux débouchés sera largement payé de ses peines.