CHAPITRE III
VOCABULAIRE NAGO.
Appelé également nago, la langue yorouba peut être considérée comme la mère des idiomes de la Côte des Esclaves ; on la comprend à peu près partout, et c’est celle qu'il faut apprendre pour ne pas avoir à s’encombrer la mémoire de quatre ou cinq idiomes.
On comprend le nago à Porto-Novo, au Yorouba, au Jébou, partout au Dahomey, aux Popos, très couramment à la Côte d'Or, et même à la Côte de Krou; tandis que les langues de tous ces pays ne se comprennent, à peu d'exceptions près, que dans le territoire qu'ils embrassent. C’est pourquoi, au point de vue de l’utilité, nous avons préféré donner quelques principes de nago que de publier un vocabulaire de fon ou de gding.
Il existe aujourd’hui, comme nous l'avons dit en parlant des langues, deux genres de nago: la langue usuelle, que tout le monde parle sans style ni règles bien établies, et la langue littéraire, académique, qui est une création des missionnaires. La grammaire et les dictionnaires qu'ils publient sont en langue littéraire ; elle peut avoir un avantage pour les enfants indigènes (nous ne savons pas lequel, toutefois, si ce n’est de se rendre incompréhensible) dont ils font l’éducation, lesquels parlent déjà le nago ordinaire et n’ont ainsi qu’à se perfectionner.
Mais l’Européen qui ne fait que passer quelques années dans le pays n’a pas besoin de règles de syntaxe et de phraséologie ni de pouvoir lire les journaux de Lagos dans cette langue. Il n’en aurait jamais besoin, même s’il reste dans le pays, car ce sont les indigènes qui parleront nos langues avec le temps et non nous qui aurons à perfectionner les leurs.
Le blanc apprend donc le nago aujourd’hui ; il l’oubliera demain. Il lui faut, pour ses affaires, ses relations journalières avec les indigènes, dire tant bien que mal ce qu'il désire et l’apprendre rapidement ; il ne lui faut que des locutions usuelles, vulgaires,
334 LE DAHOMEYWY.
et surtout d'apprendre à les prononcer facilement, car la prononciation et surtout l’intonation sont tout dans leur langue ; le meilleur nago, parlé avec l'accent parisien ou lyonnais, est non seulement incompréhensible, mais risible.
Nous avons souvent vu des Européens prendre la grammaire nago dont nous parlions et essayer d'y apprendre des phrases ; ils s'arrêtent bientôt découragés, personne ne les comprend. Nous-même, nous avons parlé la langue du pays aussi couramment que les indigènes ; nous nous sommes passé d'interprète dans n'importe quelle occasion, pendant des années, et nous ne comprenons pas un mot du Journal nago avec ses expressions hors d'usage, ses locutions inconnues. Pourtant, au Yorouba et à Lagos, nous nous faisions comprendre comme ailleurs.
Non, voici des mots usuels, faites les phrases vous-même ; remarquez la façon dont les indigènes prononcent ces mots et imitez leur intonation, c’est le point important ; et, si vous avez de la mémoire, ce ne sera pas difficile. Notez la façon dont les indigènes font leurs phrases, répétez comme eux ; parlez le plus souvent possible, ne vous découragez pas et vous vous ferez bientôt comprendre : c’est l'essentiel.
Au début, ne vous occupez que des mots principaux ; les conjonctions, les adverbes, viendront après. Il est difficile, par écrit, de donner exactement la prononciation. Néanmoins, nous avons adopté quelques signes conventionnels, que voici, avec les principales règles pour la construction des phrases.
Il sera bon d'écrire chaque jour une dizaine de mots, les plus nécessaires, et de les apprendre par cœur; on aura vite ainsi les expressions nécessaires pour une petite conversation.