‹ Le DahomeyChapitre 74 sur 92 · Benucoup de gens appellent cette langue le géÿi · texte numérisé non relu

Benucoup de gens appellent cette langue le géÿi

villages principaux. Quatre points de repère en ont formé la base, établis par une observation astronomique régulière : Afobodji, Gamban, Fanvier et Oumkpakpa. Le calcul horaire a élé basé sur l’heure donnée télégraphiquement par l’observatoire de Saint-Paul-de-Loanda.

Les altitudes de niveau ont été données par l’anéroïde compensé el vérifiées par le thermomètre à eau bouillante. L'échelle ascendante va de 3 mètres à Bodjémé jusqu'à 155 mètres à Oumkpakpa.

L'exploration du haut Whémé eut pour résultat de faire connaître, au juste, l’hydrographie du fleuve, les limites du Dahomey et de Porlo-Novo d'une façon régulière, ainsi que l'importance commerciale de la région.

Au point de vue politique, elle fit connaître notre pavillon national dans l’intérieur du pays, à 90 milles au nord, et créa avec les principaux chefs nos premières relations. De plus, elle a appris la nouvelle route qui conduit à la capitale, car on ignorait jusqu'alors que le Whémé puisse être d'aucune utilité à cet égard.

Nous avons remis en arrivant, à M. Bayol, les traités passés avec les chefs de Toconli, Léwé, Gamban, Fanvier, Coddé, Affamé. Nous avons laissé pour consigne aux chefs d’arborer les couleurs françaises chaque fois qu'ils apercevraient une embarcation montéc par des Européens.

M. le lieutenant gouverneur des Rivières du Sud m'a fait l'honneur d’envoyer ma carte avec les traités au ministère de la marine et des colonies.

Pendant la dernière expédition de Dahomey, cette carte a servi à la colonne expéditionnaire pour remonter le fleuve et pénétrer au cœur du pays ennemi : c’est par le Whémé que le général Dodds a déposé des troupes le long du territoire dahomien, et qu'il a pu, après plusieurs combats acharnés, arriver jusqu’à la capitale.

En plus de son importance politique, le Whémé reste dans l'avenir une des seules voies fluviales permetllant d'exporter les produits de l’intérieur. Qui sait si, un jour, la découverte d’un autre cours d’eau plus septentrional ne permettra pas de relier ainsi le littoral aux centres commerciaux de l'Afrique centrale ?

Comme je lai dit, la conquête du Dahomey nous assure, pour le Soudan, des débouchés sur l'Atlantique.

Lagos. — Abéokouta. — Les Popos. — La Côte d'Or. — Grand-Bassam. Assinie, — Côte de Krou. — République de Libéria. — Sierra-Leone.

Nous avons souvent cité ces noms dans le cours de notre étude sur Île Dahomey ; il sera peut-être intéressant de connaître les parties les plus saillantes de leur histoire. Ce qui suit est un aperçu très succinct, un résumé de nos voyages dont le récit détaillé ne pourrait trouver place dans cet ouvrage. Cet aperçu donnera au lecteur une idée générale des pays voisins du Dahomey.

Lagos.

La colonie anglaise de Lagos débuta en 1861. Le roi de Lagos, Docemo, céda son pays aux Anglais, alors qu'il ne pouvait plus faire autrement, moyennant une pension annuelle de 1 000 livres sterling.

Situé sur une ile au milieu de la lagune, il communique avec la mer et possède un port naturel où peuvent entrer les navires de petit tonnage. Il est à la sortie de la lagune de Porto-Novo, dans laquelle se jettent le Whémé, l'Addo, l'Agoun, de la lagune du Léké qui reçoit l'Ochoun et apporte tous les produits de la région du Yorouba et du Jebou. Sa situation est exceptionnellement avantageuse, aussi son commerce est-il considérable. Sa population se compose environ de 60 à 70000 habitants indigènes, 1 500 Sierra- Leonais et 200 à 250 Européens.

C'est par Lagos que passent les exportations d’une partie du commerce de Porto-Novo.

La colonie de Lagos progresse assez lentement en ce qui concerne l’embellissement de la ville ; les rues sont bordées de chaumières misérables ou de maisons mal faites. Sauf une ou deux belles factoreries, la mission, l'église catholique et protestante, il n'y a rien qui vaille la peine d’être cité.

Il existe, de l’autre côté de la lagune, en face de Lagos, à Ebouté-Méta, un jardin botanique qui sera très beau dans quelques années.

Autour de Lagos, sur la plage, se trouvent des séjours où l'on va passer la belle saison et prendre des bains de mer. Une route, qui doit être terminée actuellement, conduit à la plage.

La colonie de Lagos comprend les établissements de Badagry, Palma et

Léké. Jusqu'en 1886, elle s'administra séparément; elle fut réunie, à cette époque, à la Côte d'Or, puis isolée de nouveau. Depuis plusieurs années, elle rembourse à la métropole les frais des premières années d’établissement. Elle est administrée par un gouverneur. Posilion géographique, environ 6°25 de latitude nord et 1°17'20” de longitude est de Paris.

Abéokouta.

Le royaume d'Abéokouta est situé au nord-est de celui de Porto-Novo, ct au nord-ouest de la colonie de Lagos ; il fait géographiquement partie du Morouba, mais ses habitants, les Egbas, ont formé un État à part.

Le pays d’Abéokouta, en nago Unilok, est situé vers 7°8’15” de latitude est, et 1°2415” de longitude est, à quatre jours de voyage de Lagos par terre ou par la lagune en remontant l’Ogoun.

L'État d'Abéokouta se subdivise en sept royaumes ou principautés, comprenant une quinzaine de villages groupés autour d'un point principal qui en est le chef-lieu. La ville d'Abéokouta, dont nous avons déjà cité la situation avantageuse pour soutenir un siège, est bâtie au milieu d'énormes blocs de granit arrondis, d'où elle tire son nom (a gbé, elle demeure sur; okouta, pierres).

La forme de gouvernement, sous le nom d’une monarchie, est, de fait, une république.

Loin d’être aussi puissant que ceux de Dahomey, de Porto-Novo ou des Achantis, le roi d'Abéokouta cest, au contraire, un mannequin que les gouvernants font mouvoir à leur façon; il ne peut rien tenter lui-même, el le moindre de ses actes cest sous leur contrôle exclusif. Ils ont le droit de le nommer ou de le démettre, de letuer même au besoin.

Chose étrange que cette contradiction absolue dans les usages chez deux peuples limitrophes : au Dahomey, le roi tout-puissant; à Abéokoula, une nullité.

Les maîtres d’Abéokouta, les gouvernants, sont les Ogbonis. Les Ogbonis forment une secte mi-religieuse, mi-laïque, très puissante. Les règlements sévères qui les régissent, le secret de leurs réunions, les épreuves diverses qu'il faut subir pour faire partie de leur ordre, font des Ogbonis une confrérie unie et redoutable, offrant tous les caractères de la franc-maçonnerie.

Les Ogbonis, comme leur nom le dit en nago, sont tous des gens âgés; en plus de leurs fonctions gouvernementales, ils remplissent une foule d'offices où il y a quelque chose à gagner ou à extorquer au peuple. Ils exploitent également la crédulité publique tant qu'ils peuvent et chaque fois qu'ils en trouvent l'occasion. Ils choisissent le roi à l'unanimité et {le nomment eux-mêmes, aux yeux du peuple, le monarque est lout-puissant, et les Ogbonis s’effacent, laissant ignorer la plus grande partie du fonctionnement gouvernemental.

I arrive souvent que le roi oublie que l’œil des Ogbonis est fixé sur lui, et il sort de ses attributions commettant des abus de pouvoir. Si la moindre plainte s'élève parmi le peuple, une députation des Ogbonis arrive un beau matin, et lui enjoint d'aller dormir, ce qui signifie qu'il doit s'empoisonner.

Cette sentence est irrévocable ; clle est le résultat d’une décision unanime

des Ogbonis qui veulent remplacer le roi, et selon la loi du pays, ne peuvent le faire que s’il meurt. Le roi doit se soumettre; si le courage lui manque à cette heure suprême, un ami lui rend ce dernier service, ou bien on l’empoisonne dans son palais.

La chose est tellement inévitable, si certaine, que les Ogbonis, en quittant le roi, annoncent au peuple sa mort, qu’ils l’aient vu mourir ou non.

A Ohio, dans le Yorouba, à cinq jours de voyage d’Abéokouta, la chose se passe différemment, quoique le résultat soit le même. Les Ogbonis, quand le fils du roi vient au monde, modèlent en argile le pied du nouveau-né, et gardent soigneusement le moule ainsi façonné ; si le roi d'Ohio se rend coupable d’un crime quelconque, les Ogbonis lui montrent, dans une grande cérémonie, la forme du pied de son enfant, ce qui signifie qu’il doit mettre immédiatement fin à ses jours.

Les Ogbonis jouent un rôle fort important dans les enterrements des gens riches; ces derniers sont en grand nombre dans le royaume d’Abéokouta, où, contrairement au Dahomey, chacun peut garder ce qu'il a.

Les Ogbonis font payer cher à la famille l'honneur qu'ils lui font de s’occuper du défunt. De plus, ils font amonceler autour de lui, pour être joints au cadavre dans la fosse, des pagnes, des bijoux, tout ce que le mort possédait d'effets personnels ou que la famille a les moyens de fournir.Ils font l'enterrement sans témoins, de façon à pouvoir ensevelir le défunt dans un mauvais pagne et s'approprier tout ce qui est censé être mis dans sa fosse.

On assure qu’à Aké, la capitale du royaume d’Abéokouta, lorsque le roi meurt, les Ogbonis le décapitent et placent sa tête dans un pot en terre qui est remis au nouveau souverain. Ce sera son fétiche. Quant au corps, il est porté loin de la ville et jeté dans les bois, ce qui n’empêche pas de nombreuses cérémonies pour célébrer ses funérailles.

Le signe distinctif des Ogbonis est la queue de cheval et un sac de cuir lors des enterrements. Ils portent généralement un chapeau à larges bords et se drapent dans leur pagne d’une façon particulière.

Les honneurs de la sépulture sont souvent refusés; les Egbas se montrent très sévères à ce sujet. On jette ainsi le corps des esclaves loin des villes, où les animaux carnassiers se chargent de les faire disparaître.

Les enfants qui meurent au-dessous de douze ans ont le même sort ; on prétend qu’on les punit ainsi d’avoir quitté leurs parents.

La justice, les héritages, n’ont pas de différence marquée avec ceux du Dahomey. La principale réjouissance du pays est la fête dite des Ignames, qui vient en août ou septembre. Tout prend alors un air animé; les féticheurs prennent part à la fête, on échange des cadeaux d'ignames; les femmes se parent ce jour-là avec des tranches de ce légume.

. I n'y a rien à ajouter sur ce que nous avons dit du Dahomey sur l'administration intérieure, la perception des impôts, la police indigène. Toutefois, le Zangbéto n'existe pas, il est remplacé par Ovo!.

Les Egbas sont laborieux par comparaison à leurs voisins de l'ouest ; ils ont poussé assez loin, dans leur industrie, le tissage et la teinture.

Abéokouta est destiné, selon toute apparence, à être un jour, avec le

Page 1