‹ Le dandyChapitre 18 sur 27 · L.\ BARONNE, WALMOOR · texte numérisé non relu

L.\ BARONNE, WALMOOR

LA BARONNE , uvrc trouble.

Oui , c'est moi , lord Wahnoor, c'est moi.

WALMOOR , à part.

Décidément, il faut rompre avec elle. ( Haut.) Quel bonheur est le mien! ... je puis à peine en croire mes yeux !

LA BARONNE

Walmoor, c'est un adieu ! . . . et il faut toute la pureté de mes intentions pour excuser la détermination que j'ai prise.

WALMOOR.

Un adieu I . . .

La BARONNE.

Le tcms presse , écoulez-moi , Walmoor ! . . . Je renonce à un amour coupable ; je ne veux plus vous revoir! . . . Ne venez

pas à ce rendez-vous promis hier avec tant d'imprudence

Je vais quitter l'Angleterre avec mon mari.

WALMOOR.

Vous , Clarisse ! . . . ah ! cela n'est pas possible !... {A part.) Je ne souffrirai pas que ce soit elle qui rompe.

LA BARONNE

Tout est fini , AValmoor !... Un motif important m'a décidée à venir ici. . . j'attends de votre délicatesse mes lettres, objets sans intérêt pour vous maintenant, puis, je me relire en vous répétant adieu, et pour toujours !

WALMOOR.

Et quel Caprice a pu changer ainsi votre cœur?

LA BARONNE

Si quelque chose peut excuser unç femme à ses propres yeux , c'est l'amour qu'elle inspire et le bonheur qu'on lui doit!. .. i ,, ,

i, , . WALMOOR.

Que dites-vous.'*

LA BARONNE

Air : Soldat français. (Julien.) Oui, c'en est fait, je dois briser nos nœuds, Mon faible cœur vous pardonne et s'accuse ; J'oubliais tout en vous voyant heureux , Mais à prc'sent où serait mon excuse ? Votre bonheur n'est phis eu mon pouvoir ; Je vais vous fuir, aujourd'hui tout l'ordonne !..-

Cette force , qu'il faut avoir, Je la cherchais en vain dans mon devoir.

Votre Inconstance me la donne.

Ah î celte force , elle ne peut venir que de l'indifférence ! . . •

LA BARONNE

Le ciel m'est témoin que votre bonheur était tout pour moi I que ne lui ai je pas sacrifié i*. . . mais ce n'est plus de moi que dépend ce bonheur, et, sans reproches , sans plaintes, je m'éloigne pour consacrer désormais ma vie à des devoirs que j'ai trahis pour -vous seul.

WALMOOR.

Quelle froideur I. . . Eh bien I vous le voulez, madame P. . . renoncez sans regrets à l'amour le plus vrai ; brisez le cœur qui vous était dévoué , cherchez un bonheur où je ne serai plus

pour rien ! j'y consens ! ... je ne solliciterai pas un cœur

que ma voix ne saurait plus toucher! . . . Un sacrifice me reste encore à faire. . . il faut vous obéir en tout. (// ouvre un secrétaire.)\o\\h.\ os lettres, ce dépôt trompeur des assurances de votre amour! . . . il m'attacherait encore à la vie ; il me donnerait peut-être encore des espérances de bonheur ! reprenez-le ! . . . et qu'il ne me reste à moi que le désespoir d'avoir tout perdu par votre inconstance. Adieu, madame. {Il se jette sur l'ottomane avec toutes les apparences de la douleur^

LA BARONNE, émUe.

Walmoor, est-il possible?. . . vous m'aimeriez encore?. . .

WALMOOR, souriant à part.

Elle revient. . . {Haut.) Si je vous aime ! . . .

LA BARONNE, s' approchant.

Et Dona Maria ?

WALMOOR , se levant vivement.

Quel prétexte !... quelle extravagance!... non, non ! vous n'êtes point jalouse !... vous ne l'êtes point de Dona Maria !... ah ! je serais trop heureux ! . . . car la jalousie c'est encore de l'amour! . . . et si vous m'aimiez , un regret du moins , une larme. . . . (S'a-' percevant que la Baronne pleure.) Oh ! que vois-je ? . . . oui, oui, vous m'aimez !.. . quelle étrange folie vous faisait déchirer mon creur ? . . . Vous ne fuirez pas ? . . .

LA BARONNE

Walmoor ! . . . ,

WALMOOR.

Vous ne fuirez pas ! . . . . vous ne pouvez pas m'abandonner, car vous m'aimez ! . . .

LA BARONNE

Hélas ! . . .

WALMOOR.

N'est-ce pas que vous resterez? que vous ne vous ferez pas un jeu de ma douleur?. . >

LA BARONNE

Que me demandez-vous ?

WALMOOR , l'attirant vers l'ottomane.

Le bonheur.

AïK. : Travaillez , ne regardez pas.

' Je vous revois ! tout me rappelle Ce regard qui sut ni'cnflammer Avci-vous rossé d'être belle ?

Ai-je cessé de vous aimer?

Quelle autre pourrait me charmer ?

De mes transports qu'il vous souvienne ! Alors, je suivais tous vos pas ; Voire main tremblait dans la miciinc-; Nos deux cœurs soupiraient tout bas !...

lA BARONNE , s'asseyant. Ces beaux jouis {bis.) ne reviendront pas !...

^vALM^oa., assis près d'elle.

Aimez-moi ! (bis.) Ne me fuyez pas !

LA BARONNE

Misérable créature que je suis ! . . . tout cède encore à ce sentiment coupable ; je ne sais pas résister à vos prières.. . non. .. je n'aurais plus la force de partir, et pourtant. . .

WALMOOR.

Oh ! plus de soupçons I. . . et promettez-moi que , même en apprenant qu'une femme est venue ici , vous seriez confiante encore dans celui qui n'aime que vous.

LA BARONNE

Une femme ! . . .

WALMOOR.

Mais elle ne sera pas seule ! * . .

LA BARONNE

Quel bruit ? . . .

WALMOOR.

Ce sont des amis que j'attends. . . ils doivent être témoins. . . vous saurez tout.

LA BARONNE

Que devenir ?

WALMOOR.

Ce cabinet conduit à un escalier dérobé; sortez par-là ! . . ce soir, vous apprendrez. . .

LA BARONNE

Ce soir ! - . .

WALMOOR.

Oh! oui , ce soir, je vous verrai ! .. .

LA BARONNE

Que mon cœur est faible coulre vous ! . . .

WALMOOR.

Tant qu'on aime , on pardonne ! . . . Entrez là; je vais audevant d'eux pour les arrêter î . . . {A part.) Etre quitté ! . . . moi ! . . . ma réputation serait perdue. (// 5or/.) LA BARONNE, seu^e uii instant.

Oui, sortons de celle maison où jamais je n'aurais dû paraître ! . . . Mais une femme va venir 1 me Irompe-t-il encore?. . . ah ! si je pouvais tout entendre i*. • .

(^ Elle entre dans le cabinet.)

Page 1