‹ Le Danemark à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 19 sur 91 · L. Instruments dont on s’est servi pour des fêtes · texte numérisé non relu

L. Instruments dont on s’est servi pour des fêtes

SOIT PROFANES, SOIT RELIGIEUSES, UtC.

1. Trompettes. On a découvert, on le sait, plus de ving grandes trompettes, en danois lour'^Vxmo, d’elles est exposée dans le palais du Champ de Mars (n° 593). La longueur de la trompe est de 2 mètres environ, le diamètre du pavillon de 0™,25 et celui de l’embouchure de 0'",07 (comp. Worsaae n°® 199 à 201).

2. Les Pains de poix., que l’on rencontre encore fréquemment dans les fouilles, paraissent avoir servi d’encens (m 597 de l’Exposition).

3. Parmi les objets destinés à un usage religieux, il faut ranger les objets votifs^ tels que les. imitations d’épées, de pointes de lances, de haches à douille, etc., qu’on trouve assez souvent dans les urnes funéraires, au-dessus des cendres (voyez n° 559 de l’Exposition, et Worsaae, n° ihl à 156, 192 et 198).

La vie domestique, doit s’être améliorée beaucoup depuis l’âge de la pierre polie. Alors le nombre des bêtes domestiques n’était pas considérable. Il est fort probable qu’on possédait des bœufs et des brebis, mais il en reste peu de débris. Dans l’âge du bronze, au contraire, les vestiges de ces deux espèces d’animaux abondent; quant au cheval, c’est encore problématique. Cependant plusieurs vases et instruments (voyez n°® 561 et 592 de l’Exposition) présentent à l’extrémité de l’anse une tête d’animal qui semble se rapprocher beaucoup de celle du cheval.

Quant à l’agriculture, il paraît hors de doute quelle était généralement pratiquée dans le pays, et que c’était par elle que subsistaient principalement alors les populations locales.

En résumé, le peuple de l’âge du bronze en Danemark doit avoir été, une tribu riche par ses troupeaux, récoltant beaucoup de céréales, et parvenue à un degré relativement assez élevé de civilisation.

L’âge du bronze remonte, rien ne vient contrarier cette hypothèse, à une période où le chêne dominait en Danemark, après en avoir expulsé le pin. Les cercueils de la première partie de cette période sont faits avec de magnifiques troncs de chênes. Mais d’un autre côté c’est aussi vers ce temps que les hêtres ont commencé à s’introduire dans les forêts danoises. ' ,

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

On a en Danemark un mémoire fort intéressant de feu M. Vaupell qui traite cette question; il fait remarquer avec une grande sagacité comment les hêtres, partout où le sol est assez sec, finissent par s'emparer du terrain et par en expulser les autres arbres. Les jeunes hêtres ont la propriété de croître sous tous les autres arbres, tandis qu’aucun autre ne profite quand il est surplombé par le feuillage du hêtre. Ce dernier se développe beaucoup plus vite que les autres essences, notamment que le chêne. C’est là la cause pour laquelle les hêtres qui poussent à l’ombre des anciens chênes se développent, croissent sans peine, les dépassent en hauteur, interceptent l’air dont ils ont besoin et les étouffent pour ainsi dire. On peut se rendre compte de ce phénomène en parcourant la belle forêt de Fontainebleau où les chênes, magnifiques en beaucoup d’endroits, sont sur le point d’être détruits par les hêtres envahissants. Aussi, en Danemark, s’est-on empressé de débarrasser presque partout les chênes séculaires de ces dangereux voisins, pour les préserver de la destruction.

11 reste à déterminer quelles ont été les relations entre le peuple de l’âge du bronze et celui de l’âge de la pierre polie. Était-ce toujours la même tribu, ou bien l’introduction du bronze fut-elle la conséquence d’une immigration de peuplades nouvelles qui, grâce à leurs armes supérieures, auraient conquis le pays sur le peuple de la pierre ?

On peut, en faveur de la première hypothèse, citer les ornements analogues employés dans les deux périodes : tels sont les cercles concentriques et les zigzags, avec cette différence néanmoins que dans fâge du bronze une ligne est ajoutée au-dessous, ce qui transforme le zigzag

en une série de triangles. On remarque de plus dans les rites funéraires de grandes ressemblances entre l’âge de la pierre et la première période du bronze; enfin, il ne faut pas oublier que les poignées des armes et ustensiles sont de très-petites dimensions, ce qui indiquerait que les peuples de la pierre et du bronze étaient ou de même race, ou, en tout cas, d’une structure physique à peu près analogue, et probablement différente de la nôtre. Cependant il est hors de doute que les monuments de l’âge du bronze présentent des formes essentiellement différentes de celle de l’âge précédent, et une série d’ornements tout nouveaux; nulle part on n’aperçoit la transition pendant laquelle ces ornements, après avoir apparu isolément, seraient devenus d’un usage de plus en plus fréquent; au contraire, ils se montrent tous à la fois et tout à coup, et cela dès le premier emploi du bronze. C’est ce qui nous engage à admettre que l’introduction du bronze, avec son système particulier d’ornementation, est due à une influence venue du dehors. Reste à savoir si elle s’est exercée d’une façon pacifique, ou si elle a dû vaincre de nouvelles tribus qui se seraient emparées violemment du pays.

D’après la théorie de M. Nilsson, l’éminent archéologue suédois, le passage de la pierre au bronze serait dû aux Phéniciens. Ce seraient les marchands de Sidon et de Tyr qui auraient débarqué sur les côtes de la Scandinavie et qui auraient apporté le bronze et l’or en échange de l’ambre et peut-être aussi d’autres produits des contrées du Nord.

Des recherches plus exactes sur la nature de For et du bronze de cet âge sont peu favorables à cette théorie, car on a constaté par des analyses chimiques que l’or

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE. 83

trouvé dans les tombeaux de l’âge du bronze provient de rOural et qu’il diffère considérablement de l’or des contrées exploitées par les Phéniciens, ainsi que de celui qu’on recueille dans les tumulus de la France et des autres pays de l’Europe occidentale. Quant aux objets en bronze, il est hors de doute que ce sont des produits de l’industrie nationale et que les matériaux bruts dont il est composé sont venus par la même voie que l’or, c’està-dire de l’Oural, où l’on a découvert des traces d’anciennes mines abandonnées depuis des siècles, mais qui paraissent avoir été exploitées pendant l’âge du bronze; l’étain lui-même pouvait provenir des mines exploitées en Asie dans un temps fort reculé et bien antérieures à celles des îles Gassitérides. Rien ne prouve que ces mines n’aient pas continué à être fouillées, même lorsque les Phéniciens retiraient des gisements si riches de ces îles tout l’étain dont ils fournissaient les côtes de la Méditerranée. Rien n’empêche d’admettre que le cuivre et l’étain qui forment le bronze ont été, ainsi que cela est établi pour l’or, importés des contrées de l’Oural dans le Danemark. Ceci prouve qu’il y a eu pendant l’âge du bronze un mouvement commercial venant de l’Asie, traversant la Russie moderne et aboutissant à nos contrées du Nord, Est-ce ce simple mouvement pacifique qui a apporté primitivement les métaux dans le Danemark, ou bien ces métaux ont- ils été introduits par un peuple conquérant? Nous ne possédons pas encore de données suffisantes pour trancher la question. Cependant, si l’on veut bien se rappeler que le bronze semble apparaître tout à coup avec sa nouvelle ornementation, on sera disposé à admettre l’hypothèse qu’au commencement de l’âge du bronze a eu lieu une immigration de nouvelles tribus qui

se sont emparées du pays et ont fait disparaître le peuple qu’elles y ont trouvé. L’analogie qui existe, sous beaucoup de rapports, entre l’âge de la pierre et l’âge du bronze peut très-bien se concilier avec cette supposition; il faut bien que les nouveaux immigrés aient eu leur transition naturelle de la pierre au bronze dans leur première patrie. Comme l’âge de la pierre offre presque partout ces mêmes caractères, le peuple que nous supposons avoir apporté le bronze a dû, lorsqu’il a commencé à employer ce métal, conserver en grande partie ses coutumes anciennes et son ornementation de prédilection, pratiques qui se rapprochaient de celles usitées en Danemark lors de l’âge de la pierre. Bref, le peuple de l’âge du bronze paraît être venu de l’Asie; il doit avoir franchi les chaînes de l’Oural, traversé la Russie et les autres pays occupés plus tard par les Slaves; arrivé sur les côtes de la Baltique, il n’aura pas tardé à aborder les contrées Scandinaves.

Ce n’est là, il est vrai, qu’une hypothèse, mais il n’est pas impossible que le peuple de la pierre en Danemark ait passé graduellement et pacifiquement à l’usage du bronze, toutefois sous une influence étrangère.

Quoi qu’il en soit, nous ne savons absolument rien ni sur la race ni sur la langue de ces peuplades du bronze. On a supposé que c’étaient des Celtes, mais rien ne le prouve. On peut admettre néanmoins qu’elles tirent leur origine de la même souche que les Celtes; seulement il est positif que ces tribus de l’âge du bronze ont entièrement disparu de la surface de la terre, et même depuis longtemps. Les monuments de l’âge du bronze sont nombreux en Danemark, ce qui fait présumer que cette période a duré pendant plusieurs siècles. Un fait incontestable, c’est que les trouvailles de l’âge du bronze n’ont jamais

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

présenté des objets romains ou d’un genre pouvant faire supposer une influence quelconque de la République ou de l’Empire romain; cette sorte de m'onuments, au contraire, abonde, on le sait, précisément dans l’âge du fer, et cela dès son principe. Ainsi l’on ne rencontre jamais ni des objets en fer ni de l’argent pendant l’âge du bronze; le verre lui-même est si rare, que ce n’est qu’une fois qu’on a trouvé dans un tumulus appartenant à cette période une seule perle en verre qui pourrait être de fabrique romaine. Ce qui exclut encore l’idée de toute influence romaine, c’est que le fer n’a pu s’introduire que vers la fin de cet âge et dans une proportion extrêmement restreinte. Jamais ce métal n’y a joué un rôle prépondérant.

Quant aux produits en bronze, ils présentent tous des formes nationales et portent suffisamment le caractère de fabrication locale; ils n’affectent jamais les formes usitées dans les autres pays. L’alliage chimique de ce bronze est aussi un indice de sa fabrication dans le pays même, et il prouve suffisamment que les bronzes danois n’ont rien de commun avec ceux des Romains. Ges derniers, on le sait, sont formés, depuis l’époque de la plus grande prospérité de la République, de cuivre, de plomb et de zinc, tandis que ceux du Danemark ne contiennent que du cuivre (90 pour 100) et de l’étain (10 pour 100). Plus tard, il est vrai, pendant l’âge du fer, lorsque l’influence romaine se fait sentir partout, le bronze danois se compose de cuivre, de plomb et de zinc.

En résumé, il parait évident que le peuple de l’âge du bronze en Danemark n’a jamais eu de relations soit directes, soit indirectes avec les Romains; ce n’est qu’accidentellement que des produis de [)roveiiance romaine

ont pu venir s’égarer en Scandinavie. Une séparation si complète a dû cesser à l’époque où les Romains devinrent maîtres de l’Allemagne du Sud, et où leurs armées se rapprochèrent, de temps en temps, de la mer du Nord et des frontières du Danemark. Dès lors, les objets de fabrique romaine n’ont pu manquer de pénétrer en nombre de plus en plus considérable dans notre pays. Or, comme on n’en rencontre pas dans le Danemark pendant tout l’âge du bronze, cette période doit avoir été remplacée par l’âge du fer vers le temps où l’Allemagne commençait à être sillonnée par les légions des empereurs romains, c’est-à-dire vers le premier siècle de notre ère.

D’un autre côté, on ne peut guère douter de la contemporanéité du bronze en Danemark et de la prépondérance de Rome sur une partie de l’Europe; on se rappelle en effet l’existence d’une perle de verre dans un tumulus de l’âge du bronze en Danemark, ainsi que de plusieurs objets du même genre trouvés dans le Meklembourg.

En d’autres termes, l’âge du bronze existait encore en Danemark lorsque, dans le iii'^ et le ii® siècle avant Jésus-Christ, les Romains s’emparèrent de la haute Italie et des côtes de la Méditerranée, c’est-à-dire que l’âge du bronze s’est prolongé jusque vers le commencement de l’ère chrétienne , qui devient la date la plus approximative de la fin de cette période dans le Danemark.

On verra plus tard que les indications plus directes des monuments de l’âge du fer nous conduisent justement au même terme; ils nous apprennent que l’âge du fer était déjà complètement établi en Danemark dans le

siècle après la naissance de Jésus-Christ et qu’il y existait déjà peut-être depuis un ou deux siècles..

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

L’âge du bronze doit donc avoir duré pendant un certain nombre de siècles, comme le prouvent les nombreux objets en bronze découverts en Danemark et ce fait : qu’ils appartiennent à plusieurs périodes successives. Il faut, quoi qu’il en soit, faire remonter le commencement du bronze au viii® siècle avant notre ère ; et il se pourrait même qu’il eût fait son apparition dans le xii® siècle avant notre ère, époque des migrations sur les côtes de la Méditerranée, migrations qui ont bien pu s’étendre jusqu’au nord de l’Europe.

Il est hors de doute que le Danemark se trouva en plein âge du bronze lorsque la Grèce et la République romaine étaient à l’apogée de leur puissance et de leur prospérité. Les monuments de l’âge du bronze que possèdent les musées et collections du Danemark, et dont on voit un choix cà l’Exposition, sont donc postérieurs à la guerre de Troie, et bien antérieurs sans doute à la fin de la République romaine.

11 ne serait pas impossible de fixer d’une manière plus précise la date des plus beaux exemplaires parmi nos monuments en bronze. En effet, il faut remarquer que l’art dans l’âge du bronze a atteint presque dès le début sa perfection dans le Danemark; au lieu d’avoir fait des progrès continus, il se peut que dans les derniers temps un commencement de décadence se soit fait sentir. Il est donc assez probable que la plupart des beaux spécimens de bronze que l’on remarque dans les musées danois datent de plusieurs siècles avant l’ère chrétienne; on peut les croire contemporains plutôt de la splendeur de l’art en Grèce que de la toute-puissance de la République romaine.

Quoi qu’il en soit, il est certain que l’âge du bronze a

atteint en Danemark un développement plus important que dans toute autre partie du monde. Aussi mérite-t-il l’attention des savants danois et étrangers; d’autant plus qu’en raison du caractère analogue de l’âge du bronze dans presque tous les pays, cet âge en Danemark peut servir à éclairer les périodes correspondantes dans les autres contrées, principalement là où cet âge n’a laissé que de rares spécimens.

Mais l’archéologie peut encore en retirer d’autres renseignements utiles. Dans les pays du centre et du midi de l’Europe, on le sait, il se manifeste une transition successive et un développement organique du bronze au fer. C’est à cette époque que ce dernier métal vient remplacer le bronze dans la confection des principaux instruments, ce qui a eu pour conséquence d’introduire une amélioration dans les conditions de la vie ordinaire. Cette période, on l’appelle assez souvent la première période du fer; nous préférerions la nommer époque préhistorique du fer. Elle est caractérisée par l’absence de l’argent et du plomb, l’étain continuant à entrer dans l’alliage du bronze. Observons cependant que cette période n’a laissé que de faibles traces. Pour l’étudier plus à fond il faut remonter jusqu’au bronze; mais cet âge n’étant pas non plus bien caractérisé dans les pays où l’on rencontre cette époque préhistorique du fer, on pourrait s’aider des données de l’âge du bronze en Danemark. Voici ce qui vient confirmer cette idée : d’après les recherches de M. de Mortillet, pendant l’âge du bronze semblent s’être développées en Danemark plusieurs formes qui n’apparaissent dans les pays méridionaux de l’Europe qu’ après que le fer eut commencé à y être employé. Rien n’empêche d’admettre que les deux civilisations, l’âge du bronze en Danemark

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

et l’âge préhistorique du fer dans le reste de l’Europe, avaient entre elles certains rapports de ressemblance.

Cette transition organique du bronze au fer a eu lieu, paraît-il, en Grèce et en Italie, peu de temps après l’an 2000 avant Jésus-Christ, dans la Gaule après l’an 1000, en Angleterre et en Allemagne entre l’an 700 et l’an 200 environ. Il y a eu dans ces diverses contrées un âge préhistorique du fer qui plus tard, grâce à l’influence de la civilisation romaine, est devenu ce que nous appelons première période historique du fer.

Page 1