‹ Le Danemark à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 2 sur 91 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

l’age de la pierre a éclat.

Il est difficile de dire à quelle époque les terres qui forment aujourd’hui le royaume de Danemark ont surgi pour la première fois du sein de l’océan qui couvrait autrefois une grande partie de l’Europe du Nord. Seulement, comme la craie est fortement représentée dans différentes parties du sol du Danemark, il est à présumer que le pays, lors de la formation de la craie, c’est-à-dire vers la fin de la période secondaire, a été couvert par cette mer dont les coraux et les coquilles ont produit la craie. Gela a eu lieu peut-être aussi pendant la période suivante, dont nous ne savons du reste pas grand’cliose.

Quoi qu’il en soit, il est de fait que le Danemark doit être déjà sorti des eaux à une époque très-reculée de la période post-pliocène ou quaternaire. Du moins dans certains endroits, principalement du côté du Limfjord

nous rencontrons des formations d’eau douce qui datent de la première partie de la période post-pliocène, ce qui implique naturellement qu’il y avait alors des terres assez considérables pour contenir ces eaux. Seulement la configuration du sol à cette époque reculée nous reste inconnue.

Des fouilles scientifiques ont abouti au même résultat. Ainsi on a trouvé, en 1851, à Soender-Omme, en Jutland, des ossements de mammouth [elephas primigenius) dans la marne, à une distance de h mètres de la surface et à 3 mètres au-dessus du sable qui forme la couche inférieure. Plus tard, on en a découvert d’autres en divers endroits du pays, qui existaient donc dans Y âge du mammouth^ lorsque ce grand animal vivait dans la plus grande partie de l’Europe et de fAsie. Seulement nous n’avons jamais trouvé aucune trace indiquant que le pays était déjà habité à cette époque, comme cela a eu lieu, ainsi qu’on le sait, pour une grande partie de l’Europe, au temps où florissait le grand éléphant.

La tourbe, qui appartient aux plus jeunes formations, contient dans ses couches inférieures des restes d’autres animaux qui ont disparu également depuis longtemps du pays (voyez p. 8 et p. 12). On y rencontre ainsi le renne [cervus tarandus)^ l’élan [cervus alces), l’urus [bos urus)^ faurochs [bos bison^ L.), la tortue fossile {emys lutaria^ var. borealis^ Nilss.), tous les animaux qui ont coexisté avec l’homme dans une grande partie de l’Europe après Y âge du mammouth. En Danemark cependant presque aucun vestige de cette contemporanéité n’a été découvert jusqu’ici. Les ossements de ces animaux ne se rencontrent pas avec des silex, et il n’y a parmi les os de renne conservés à Copenhague- qu’un nombre

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très-restreint qui portent des traces du travail de l’homme.

Cependant il nous paraît fort probable que le Danemark a eu des habitants à l’ époque vivaient ces animaux. Ils étaient contemporains du pin, comme nous le prouvent les tourbières des bois; or on a trouvé plusieurs silex taillés au milieu de débris de pins dans les couches inférieures de la tourbe ; il se pourrait donc bien qu’on découvrît un jour des monuments de la coexistence de l’homme avec les animaux en question. Plusieurs savants, en effet, ont supposé que la Scandinavie avait déjà ses premiers habitants avant la fin des grandes périodes glaciaires et avant que se fût écoulée la seconde période continentale.

Or cette période correspond, on le sait, dans plusieurs pays, à l’époque où l’homme habitait les cavernes. Supposons maintenant que le Danemark fût alors habité, nous n’y trouvons cependant pas d’âge de caverne proprement dit, par la bonne raison qu’il n’y a pas de cavernes en ce pays. La même période se caractérise encore par le travail de la pierre à éclats et le manque absolu de tout polissage. En admettant qu’on ne réussisse pas à prouver que le Danemark ait eu des habitants dans ' ces temps reculés, il est toutefois certain que nous possédons un grand nombre de monuments de pierres taillées à éclats et qui semblent dater d’une période où l’on n’avait pas encore commencé à les polir.

Il n’y a presque pas de district en Danemark où l’on n’ait découvert des objets en pierre grossièrement taillée et ne présentant aucune trace de polissage. Cependant la seule existence de cès objets ne prouve nullement qu’il y ait eu une période où le polissage était inconnu : il y

a eu à toute époque de mauvais ouvriers, comme il y en a eu de bons, et il se pourrait fort bien que ces objets datassent d’une époque relativement récente, c’est-à-dire que quelques-uns fussent postérieurs à l’invention des métaux.

Cependant dans beaucoup d’endroits le nombre de ces objets en pierre taillée à éclats est si considérable, et ils se trouvent tellement agglomérés sur un espace de peu d’étendue, qu’il est à présumer qu’ils appartiennent à une période distincte, d’autant plus qu’on n’y rencontre point d’objets de pierre polie, et moins encore de traces de métaux.

Les dépôts où l’on a trouvé des quantités d’objets en pierre taillée à éclats peuvent être divisés en quatre classes :

D’abord nous avons sur les côtes du Danemark les fameux kioekkenmoeddingSy ou débris de cuisine. Ils sont formés, on le sait , par des coquillages entre lesquels on voit des restes de charbon, de cendres, des fragmens de poterie, des ossements d’animaux fendus, et enfin des silex grossièrement taillés. Les savants danois ont proposé différentes dénominations pour désigner ces dépôts : ainsi kioekkenmoedding ^ débris de cuisine, affaldsdynge^ amas de restes et rebuts; enfin les plus grands dépôts, où les coquilles d’huîtres prédominent, se nomment assez souvent des oesters banker (bancs d’huîtres), ou plutôt des oesters bunker. Parmi ces noms, le premier est celui sous lequel ces amas sont le mieux connus des savants de l’Europe.

2“ Ensuite il y a dans l’intérieur du pays des amas d’une nature analogue et qui contiennent également des débris de cuisine, c’est-à-dire des restes de bois carbo-

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nisé et de cendres, des ossements fendus, des fragments de poterie et des silex grossièrem^^’^t taillés. Les coquilles au contraire n’y existent presque pas, ce qui s’explique facilement par leur grande distance de la mer.

3® Viennent en troisième lieu les trouvailles faites sur les côtes (kysifund)^ où l’on rencontre des masses d’instruments en silex affectant tout à fait les mêmes formes que ceux des kioekkenmoeddings.

Enfin il faut ajouter qu’on a rencontré des quantités de silex travaillés de cette manière sur des emplacements aux bords de lacs qui offrent certaines analogies avec les stations lacustres découvertes dans d’autres pays.

La connaissance des kioekkenmoeddings est assez récente. L’existence d’amas de ce genre n’était pas, il est vrai, inconnue en Danemark il y a quelque quarante ans, seulement on les considérait comme des anciens bancs d’huîtres que le soulèvement du sol aurait fait sortir de la mer. La découverte de leur vraie nature ne remonte qu’à l’année 1850, où on avait commencé à enlever une grande partie d’un amas de ce genre qui se trouve à Meilgaard, sur la côte du Jutland.

Plusieurs archéologues danois, surtout M. Worsaae, se rendirent aussitôt sur les lieux, et commencèrent des fouilles systématiques qui amenèrent les résultats le plus heureux. Elles furent reprises un peu plus tard, notamment en 1861, en présence du roi Frédéric Vil, qui, luimême archéologue, portait à ces découvertes un intérêt tout, spécial.

Plusieurs savants danois avaient déjà soupçonné vaguement que ces amas de coquilles pouvaient d’une manière quelconque se rattacher à l’homme; mais on était

loin d’avoir constaté le fait scientifiquement. A partir de l’année 1850, aussitôt les fouilles commencées, on arriva à la conviction que c’était bien de l’homme que ces amas tiraient leur origine. Les coquilles qui y existaient étaient toutes ouvertes, les valves se trouvaient isolées; rien n’indiquait qu’elles eussent été ballottées par les vagues, et elles n’étaient point trouées par les animaux nombreux qui font la guerre aux coquilles marines. Elles ne peuvent donc avoir été délaissées par la mer, elles appartiennent au contraire évidemment à des individus sains et vigoureux apportés pleins de vie au bord de la mer, ouverts et mangés par un être qui ne peut être que l’homme. Du reste, l’intervention de l’homme était d’ailleurs démontrée d’une manière irrécusable par la présence de débris de cendres et de bois carbonisés, de poteries grossièrement faites, et enfin d’ossements d’animaux brisés comme les sauvages rompent encore aujourd’hui les os pour en extraire la moelle.

On emporta de Meilgaard une coupe enlevée du milieu du monticule et on la plaça dans le musée de Copenhague. Une partie seulement, qui était trop grande pour la vitrine, en fut retranchée : c’est cette coupe qui figure à l’Exposition universelle de Paris, dans la galerie du Danemark. Elle est destinée du reste, d’après la décision de la direction du musée de Copenhague, au musée impérial de Saint-Germain.

De grandes portions du kioekkenmoedding de Meilgaard furent fouillées avec beaucoup de soin; les silex et les fragments de poterie furent classés et exposés par les archéologues du musée, et les ossements examinés et déterminés par le savant naturaliste, M. Steenstrup.

La trouvaille de Meilgaard fut suivie* de beaucoup

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d’autres du même genre. Ainsi l’année suivante la commission qu’on avait chargée spécialement de ce genre de recherches se rendit à Havelse, en Seeland, où des débris de cuisine forment une espèce de demi-lune autour d’une colline surmontée d’un moulin à vent. Sur l’un des côtés de la colline, une carrière de sable en avait fait disparaître une partie, mais de l’autre, les débris de cuisine étaient presque intacts. On creusa donc un fossé d’une vingtaine de mètres de longueur et de plus d’un mètre de largeur, pour avoir une idée de l’intérieur des amoncellements, et, pour déterminer d’une manière approximative le nombre de silex taillés et des ossements fendus, on découpa trois tranches verticales d’un mètre carré de base. Toutes ces fouilles furent conduites jusqu’au fond de la couche. On trouva dans la première couche : 175 ossements de mammifères, 35 d’oiseaux, et de plus 7 couteaux (éclats de silex), 2 haches en silex, 3 poinçons en os, un fragment d’andouiller taillé et un morceau d’un vase grossièrement façonné ; dans la deuxième, 309 ossements de mammifères et 9 d’oiseaux, et en outre h couteaux (éclats de silex), 2 haches en silex, un poinçon en os; dans la troisième, qui appartient à une partie de la couche moins riche que les autres, on découvrit 121 ossements de mammifères, 9 d’oiseaux, 16 couteaux, 1 hache et 7 modules de silex. Le contenu de chaque tranche était de moins d’un mètre cube; on peut donc calculer qu’il y a dans chaque mètre cube en moyenne un nombre de 200 ossements fendus. Parmi les os de mammifères les 97 pour 100 appartenaient au cerf, au chevreuil et au sanglier; les autres animaux n’étaient représentés que dans la proportion de 3 pour 100.

A Bilidt fut trouvé la même année, en certains endroits

du kîoekkenmoedding de celte localité, un certain nombre de pierres arrangées régulièrement en cercle et qui semblaient être des restes de foyers. Le comité archéologique fit en même temps plusieurs autres fouilles de ce genre, tandis que sur d’autres endroits des entassements analogues furent découverts et examinés par divers savants particuliers. M. Worsaae observa que le musée d’antiquités et la collection particulière du roi possédaient des objets parfaitement analogues à ceux des kioekkenmoeddingsj ainsi que des ossements brisés du cerf [cervus elaphus), du sanglier [sus scrofa) et du grand bœuf [hos urus^ Lin.); tous ces objets avaient été envoyés en 1837 par un propriétaire jutlandais qui les avait découverts, avec beaucoup de fragments d’andouillers et des milliers de coquilles d’huîtres, de cardes et de moules, à Krabbesholm, près du Limfjord, où on avait utilisé le dépôt comme engrais.

On connaît aujourd’hui plus d’une centaine de kioekkenmoeddings qui appartiennent presque tous aux bords du Kattegat et du Limfjord. La côte occidentale du Jutland et du Slesvig n’a pas fourni de dépôts de ce genre, ce qui du reste n’exclut nullement qu’il y en ait eu autrefois. La mer du Nord a rogné depuis des milliers d’années la côte occidentale de la presqu’île jutlandaise; il se peut donc bien que des kioekkenmoeddings se soient trouvés autrefois sur cette côte, mais qu’ils aient été engloutis par la mer.

La plupart des débris de cuisine qu’on rencontre sur la côte du Seeland se trouvent sur les bords du Roeskilde-fjord et les autres bras de l’Isse-fjord. 11 y en a ainsi à Kattingevaerk, à Bregnebierg, à Herlevspynt, à Bilidt, à Gjevningepynt, à Gierdrup, à Soelager et à

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Havelse, et tout près de Roeskilde, au fond du fjord, à Bierget, à Haraldsborg, à Bogenaes et à Askhoved.

Sur les bords du Limfjord, il y en a tout près de la ville d’Aalborg, sur le Signalbakke, qui s’élèvent jusqu’à 60 mètres au-dessus du niveau du golfe, sur les Oestersbakker (collines d’huîtres), à Roerdal, puis à Restrup, à Gudumlund.

Plus loin, vers le sud, il en existe sur la côte septentrionale du Mariagerfjord ; ainsi à Visborg, où on peut suivre l’amas pendant environ 500 mètres, et à Soubakken, à Hadsund, à Refsbaek, etc. La côte méridionale du fjord offre des restes analogues qui se continuent presque sans interruption sur une distance de plus de 10 kilomètres : on y trouve de la poudre de bois carbonisé, des pierres calcinées dans le feu, ainsi que des silex travaillés, témoignage de la présence et du travail de l’homme; mais il se peut que ces débris datent en grande partie d’une époque postérieure à l’âge des kioekkenmoeddings.

Viennent ensuite les dépôts de Meilgaard, de Kolindsund, actuellement un lac, autrefois un bras de mer, de Kaloe, etc. Sur la côte du Horsens-fjord, on rencontre un amas d’huîtres au fond de la baie qui porté le nom de Norrestrand; à Boller, on trouve des débris de moules et de cardes. Le Veiletjord présente plusieurs amas, à Bredballe, par exemple. La côte septentrionale de la Fionie possède .également des dépôts de ce genre.

La grandeur de ces entassements varie beaucoup. 11 y en a qui ont plusieurs centaines de mètres de longueur sur vingt mètres de largeur, et une hauteur qui s’élève jusqu’à deux ou trois mètres. En revanche, d’autres ne forment que des très-petits tas de quelques mètres de

circonférence. Il paraît même que parmi les plus grands entassements il y en a qui se sont formés par une série de plusieurs plus petits qui ont fini par se toucher et se confondre.

Leur aspect et leur position sont également très-différents : la plupart se rencontrent sur les pentes des collines où sans doute se sont trouvées les habitations des peuplades qui ont laissé ces débris; d’autres au contraire, comme celui de Meilgaard, forment des monticules particuliers. On remarquera du reste que les kioekkenmoeddiïigs se trouvent le plus souvent tout près d’un courant d’eau douce, et généralement sur des collines situées à l’endroit où une vallée vient déboucher sur la côte. La terre qui recouvre les débris de cuisine sert à divers usages; tantôt, comme à Meilgaard et à Boller, on voit des arbres y croître, tantôt au contraire c’est la charrue qui y passe; c’est ce qui a lieu à Bilidt, à Visborg et dans beaucoup d’autres endroits.

A Havelse enfin, on voit un moulin à vent s’ériger au sommet d’une colline dont les pentes sont recouvertes par les couches du kioekkenmoedding .

On aura observé, en suivant sur la carte du Danemark les lieux cités plus haut comme contenant des dépôts de ce genre, que les kioekkenmoeddings se trouvent ordinairement à quelques pas de la mer, ce qui prouve que le Danemark a eu alors la même configuration qu’aujourd’hui, c’est-à-dire que ces débris datent d’un temps qui est bien postérieur aux inondations par lesquelles furent creusés les belts et les fjords de la côte du Danemark, et qui séparèrent violemment ce pays de la Suède et de l’Allemagne, et peut-être même de l’Angleterre.

D’un autre côté il ne peut pas être contesté qu’il y a des kioekkenmoeddings et même de très - considérables qui se trouvent aujourd’hui à une certaine distance de l’océan, sans qu’il y ait aujourd’hui des bras de mer dans le voisinage d’où l’on aurait pu retirer les huîtres et les moules. Un amas de ce genre est le grand kioekkenmoeddbig de Gudumlund, qui est éloigné aujourd’hui de plus de 10 kilomètres de la mer. Cependant des recherches même très-superficielles constateront suffisamment qu’autrefois des bras de mer se sont trouvés dans le voisinage, mais que l’exhaussement du terrain en a chassé les eaux. C’était là sans doute que les habitants primitifs se sont livrés à la pêche, et d’où ils ont retiré leurs huîtres et leurs moules, supposition qui devient d’autant plus probable qu’on a découvert sur certains points, dans le voisinage des kioekkenmoeddings^ des restes de bancs naturels d’huîtres.

D’un autre côté, en d’autres lieux, se trouvent des débris de cuisine qui sont maintenant en partie inondés par les eaux de la mer. Ceux-ci sont situés dans les parties méridionales ou centrales du Danemark, lesquelles, on le sait, sont assujetties à des abaissements réguliers, en même temps que s’élève la partie septentrionale. Un kioekkenmoedding de ce genre se trouvait autrefois à Yeile, sur l’endroit où est creusé maintenant le port de la ville et où l’on en voit les restes inondés sous les eaux. C’est de cet endroit qu’a été tirée une hache en bois de cerf de la collection de M. Worsaae qu’on voit exposée dans le palais du Champ de Mars (n“ 107.)

Il ne peut échapper à personne qu’au moyen de ces observations on peut établir une sorte de chronologie; elles nous prouvent suffisamment que le temps où se sont

formés ces entassements est assez éloigné de notre époque, mais qu’il appartient cependant à la période que nous appelons récente, parce qu’elle est postérieure à tous les grands bouleversements naturels qui ont donné aux côtes du Danemark leur forme actuelle.

Une autre observation que nous devons à l’illustre géologue anglais, sir Charles Lyell, semble nous conduire à la même détermination chronologique. Des kiokkenmoeddings contenant des coquilles d’huîtres se trouvent sur presque toutes les côtes du Kattegat et même d’une partie des bords du Grand-Belt. Or, aujourd’hui, l’huître comestible ordinaire [oslrea edulis) ne peut exister dans les eaux du Kattegat que là où pénètrent les eaux du grand Océan, et elle ne prospère nullement dans les parties méridionales de cette mer, où elle doit s’être trouvée autrefois, lorsqu’elle fut pêchée et mangée par les habitants primitifs. 11 doit donc s’être produit un changement dans la qualité de la mer; il est probable qu’elle a contenu plus de sel qu’ aujourd’hui, ce qui implique que le Kattegat communiquait alors avec la Mer du Nord par un courant plus fort qui doit avoir traversé le Jutland. Cela ne peut avoir eu lieu que par le Limfjord, qui était sans doute, lors de la formation des kiokkeninoeddings^ un détroit de mer considérable communiquant sans doute avec la Mer du Nord par plusieurs bras assez larges et profonds. En un mot, on voit que l’époque de la formation des débris de cuisine n’est pas bien rapprochée de notre temps; mais d’un autre côté nous n’osons nullement dire avec sir Charles Lyell qu’ils remontent à une époque où le Jutland était encore un archipel. Du reste, l’étude des dimensions des autres coquilles recueillies dans les amas nous conduit au même résultat que les

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observations sur les huîtres : les cardes et les moules qu’on y rencontre en grand nombre ont toutes les dimensions qu’elles atteignent dans l’Océan, tandis que les mêmes espèces vivant aujourd’hui dans le voisinage de la Baltique restent comme arrêtées dans leur croissance.

En étudiant les restes de la faune que présentent les débris de cuisine^ on constate des résultats analogues au point de vue de la chronologie. On n’y voit jamais ni le grand éléphant, ni le renne, ni l’aurochs, qui caractérisent, on le sait, dans d’autres pays, les premières périodes de l’histoire de l’homme sur notre terre.

L’âge des kioekkenmoeddings est donc bien postérieur à toutes ces périodes et même à Vâge de V aurochs^ qui représente la dernière époque de la grande période où la pierre fut taillée à éclats.

La plupart des ossements de mammifères, comme nous venons de le ri ire, appartiennent au cerf {cervus elaphiis), au chevreuil [cervus capreoliis) et au sanglier {sus scrofa). Viennent après : Yo\\v?> [ursus aretos)^ le loup [canis lupus) ^ le renard [canis vidpes), la loutre [lutra vulgaris), le chat sauvage [felis catus), le lynx [felis lynx), la martre [mustela maries), le phoque [phoca), le hérisson [erinaceus europœus), la souris [mus flavicolUs), le rat d’eau [hypodœus), le castor [castor faber) .

Il y faut ajouter encore l’urus [bos unis) et une autre petite espèce de bœuf qui paraît également avoir été sauvage; mais on ne trouve pas d’ossemens du bœuf et des autres animaux domestiques; il en de même du renne, de l’aurochs et de l’élan.

Dans les kioekkenmoeddings se trouvent aussi des

débris du chien [canis familiaris). Il faut en conclure que les habitants primitifs le mangeaient.

Les poissons ne sont pas rares dans beaucoup de ces amas; ainsi à Güdumlund et à Havelse on a découvert un grand nombre d’os de poissons, principalement d’anguille [muræna anguilla). M. Steenstrup a constaté de plus l’existence du hareng [clupea harengus), du cabillaud [gadus calarias). de la limande [pleuronectes limanda) et d’autres encore. Les coquilles sont très abondantes, surtout celles des ostrea edulis.^ cardium edule^ mytilus edulis^ ainsi que des littorina littorea et nassa reticulata.

Les principaux oiseaux dont on retrouve des débris appartiennent à la famille des canards, tels que Vanas mollissima QiV anas fusca^ le mergus merganser^ le mergus serrator^ le podiceps ruhicollis^ Valca tarda., Yalca impennis^ le pingouin, qui ne se rencontre presque plus nulle part, et peut-être encore une troisième espèce du genre alca. Ensuite il y a des os de graculus médius^ larus marinus et autres mouettes, cycnus olor^ cycnus musicus et cycnus minoi\ aquila albicilla et tetrao urogallus.

Deux de ces espèces d’oiseaux, le cygne et le coq de bruyère, exigent une mention plus détaillée.

D’abord il faut remarquer que la présence du cygne sauvage, qui ne visite le Danemark que pendant l’hiver, semble prouver que les aborigènes résidaient dans les mêmes campements pendant tout le cours de Vannée, ce qui ressort encore de ce qu’on a rencontré dans ces amas la corne du chevreuil à tous ses différents états de croissance.

L’existence du coq de bruyère [tetrao urogallus) est un fait de haute importance. Cet oiseau ne vit guère que dans les bois de pins, les bourgeons de cet arbre étant sa

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nourriture principale. Or le pin a disparu depuis longtemps du Danemark; il a été remplacé par le chêne, comme le prouve l’étude des tourbières, où la couche qui contient le pin est inférieure à celle des chênes (voyez p. 8). Les repas où furent mangés les coqs de bruyère remontent donc aux temps antérieurs à la domination absolue du chêne, lorsque le Danemark avait encore gardé une partie de ses anciens bois de pins. La haute antiquité de ces dépôts est donc bien prouvée; mais d’un autre côté, comme nous l’avons énoncé à plusieurs reprises, l’absence du renne et de l’aurochs les rapproche de notre époque. Beaucoup d’animaux dont nous rencontrons des ossements ont disparu, il est vrai, depuis bien des siècles, mais cependant pour la plupart dans les temps historiques.

C’est aussi en raison de ce caractère relativement récent de la faune des kioekkenmoeddings que le savant naturaliste Steenstrup a voulu les attribuer à une période qui se serait continuée jusqu’au temps où le bronze fut introduit en Danemark.

Les kioekkenmoeddings ne sont pas, comme nous l’avons déjà dit, les seuls dépôts qui nous aient livré des quantités de pierres taillées à éclats sans trace de polissage (voyez p. 18). Ici il faut nommer d’abord les débris de cuisine ou de repas qu’on trouve dans l’intérieur du pays, efr où l’on voit des ossements fendus, des restes de cendres, des fragments de poterie. Un amas de ce genre se trouve surl’îlot de Magleoe, dans la tourbière de Bodal, en Seeland. Ensuite viennent les dépôts que les archéologues danois ont désignés par le nom de kystfiind^ ou trouvailles faites sur les côtes. Une des plus importantes découvertes de ce genre a été faite dans le voisinage de

la ville de Korsoer, dans l’ancienne île d’Eioe, où plusieurs savants danois et étrangers ont recueilli de grandes collections d’objets de toute sorte. D’autres recherches ont prouvé l’existence de dépôts analogues sur plusieurs autres points des côtes du Grand-Belt, ainsi dans le voisinage de Skielskioer en Seeland, de Kierteminde en Fionie, et en outre dans la plupart des îles situées dans ce détroit de mer. Le Petit- Belt offre également des amas de ce genre. Ainsi à Helnaes, presqu’île qui s’avance bien avant dans le Belt, ont été trouvés plusieurs silex taillés à éclats, et à peu de distance un fragment d’un coin poli,, qui du reste témoigne qu’il n’a pas été enfoui sous terre avec les autres objets, comme l’a fait remarquer M. de Mortillet dans son rapport sur l’exposition danoises où cette pièce figure sous le numéro 29. Ce coin poli peut donc très-bien appartenir à un temps beaucoup plus récent que les silex taillés trouvés dans le voisinage.

Un autre dépôt très-remarquable a été découvert sur la petite île d’Anholt, qui se trouve à une distance de A9 kilomètres du point le plus rapproché de la côte du Jutland, et à 81 kilomètres de la côte du Seeland. Des fouilles y ont été faites à plusieurs reprises et par divers savants. M. Wichfeld d’Engestofte a exposé dans le palais du Champ de Mars un certain nombre de spécimens de silex trouvés à Anholt (n° 108 à 159). Il y en a cependant plusieurs qui présentent des formes que l’on ne rencontre pas dans les autres dépôts, mais bien dans les dolmens avec des objets en pierre polie. (Voyez le chapitre suivant.)

Plusieurs silex exposés par la direction du musée

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