ÉPOQUE BYZANTINO-BARBARE, OU ÉPOQUE DES BRACTÉATES
(De l’an 450 à l’an 600.)
A la première période du fer en Danemark correspondent, on le sait, dans d’autres pays européens, des époques analogues. Ainsi en France, en Suisse, en Allemagne, on rencontre des tombeaux où les morts ont été déposés avec des armes tout à fait semblables à celles de la première période du fer dans notre pays. Quant aux objets de parure, nous voyons se reproduire dans ces diverses contrées les mêmes formes et les mêmes ornements; la fibule à axe, par exemple, se retrouve pour ainsi dire partout.
Ces tombeaux appartiennent à divers peuples, tels que Goths, Francs, Burgondes, Germains, etc. Toutes ces nations provenaient d’une souche commune, il est vrai; cependant l’analogie que nous voyons entre les monuments qu elles ont laissés n’est nullement due à leur communauté d’origine, mais plutôt au fait qu’ elles ont toutes subi en même temps l’influence de Rome.
En effet, ces barbares ne tardent pas à se soumettre à la civilisation si avancée qui s’était répandue de l’Italie sur la plus grande partie de l’Occident.
Mais vers la fin du iv® siècle, alors que le pouvoir de Rome était sur le point de ne plus être qu’une ombre et que les peuples barbares commençaient à se tailler des * royaumes dans les anciennes provinces de l’Empire, nous les voyons subir une influence venue de Byzance, ou plus exactement de l’Orient en général.
C’est surtout dans l’orfèvrerie que cette nouvelle influence se fait remarquer. Les peuples sauvages et primitifs sont, on le sait, toujours attirés par des perles et par des pierreries non moins que par l’or. La réunion de ces deux matières précieuses, c’est-à-dire de l’or avec des incrustations en pierres fines , devait leur paraître le 7iec plus ultfi'ci du luxe le plus enviable.
En effet, on a constaté que des objets de ce genre sont en usage chez plusieurs peuples barbares dans les premiers siècles après la naissance de Jésus-Christ; ainsi, à Thorsbjerg, nous avons trouvé une fibule avec des incrustations en verre. Cependant ces monuments sont assez rares jusque vers la fin du iv^ siècle, mais alors ils se multiplient et se rencontrent partout.
Des trouvailles faites dans des contrées différentes nous montrent le même système d’ornementation en usage chez les tribus et les nations les plus diverses; partout, sur les armes et les objets de parure, sont incrustés de l’or ou de l’argent, des pierres fines ou des verroteries. C’est ce qui se voit sur les armes et les parures de Pouan, conservées aujourd’hui au musée de ïroyes, puis sur les bijoux de Butzka Bakod, appartenant au musée de Pesth, ainsi que sur les admirables objets du trésor
de Pétrossa, trouvés en Roumanie : toutes ces richessessont exposées dans le palais du Champ de Mars. Des objets du même style font partie des collections du Danemark; mais il n’en figure aucun à l’Exposition; en revanche, on y voit des colliers d’or ornés de croissants perlés, avec ciselure en creux, ce qui rentre dans le même système d’ornementation.
Plusieurs savants ont supposé que ces objets de bijouterie étaient le travail d’artistes byzantins restés à Constantinople ou établis parmi les peuples barbares, ou bien qu’ils avaient été façonnés par des ouvriers nationaux qui avaient appris l’art de l’orfèvrerie chez les maîtres byzantins.
Cette supposition paraît' en effet des plus probables. On a découvert en Danemark et dans les autres pays Scandinaves environ 280 bractéates ou rondëlles en or, destinées à être enfilées comme pendants de cou.
Quelques-unes ne sont que des monnaies byzantines auxquelles a été soudé un petit anneau tubulaire pour les enfiler; mais la plupart ne sont que des imitations, ou bien des imitations d’imitations; d’autres même présentent une ornementation nationale et jusqu’à des runes; toutes sont donc bien réellement le produit de l’art et de l’industrie des peuplades du Danemark.
Il est hors de doute que tout en subissant la mode pour ainsi dire de Byzance les habitants du Danemark, à la seconde période du fer, n’ont pas cessé de travailler eux-mêmes tantôt d’après des modèles grecs, tantôt d’après des formes que leur fournissait leur propre imagination.
Ce fait si curieux a eu également son pendant chez les autres peuples barbares.
A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
Outre les monuments que nous venons de citer et qui portent les traces évidentes d’une influence byzantine, il faut en nommer encore d’autres qui témoignent du contact de nos contrées avec l’extrême Orient. Il suffit de regarder même superficiellement les fibules dont il existe des fac-similé à l’Exposition, celle de Yedstrup et celle de Galsted (Worsaae, n°® A28 et 429), pour reconnaître qu’elles portent dans plusieurs de leurs détails une marque tout orientale. Ce fait ne serait pas particulier au Danemark seulement, car les rubis de certains objets du trésor de Pétrossa sont, d’après les affirmations des savans les plus compétents, de travail indieu.
Les monnaies byzantines que Ton rencontre assez souvent mêlées avec des objets du style particulier à notre époque nous mettent à même d’en tracer les limites chronologiques. Voici quelques-unes des trouvailles les plus remarquables de ce genre. A Brangstrup, on recueillit 45 pièces de monnaie frappées en partie à Constantinople, depuis Trajan Dèce jusqu’à Constantin, c’est-à-dire de l’an 249 à l’an 351; à Aaker (Bornholm) furent découvertes 36 pièces byzantines, dont la plus ancienne datait du règne de l’empereur Honorius, et la plus récente de celui d’Anastase, c’est-à-dire de l’an 393 à l’an 518; à Ruthsker on trouva 13 pièces allant de Théodose II à Zénon, c’est-à-dire de 408 à 491; à Soaneke, 3 solidi en or de la même époque, et à OEster-Larsker, 7 solidi en or commençant à Théodose et finissant à Anastase, c’està-dire s’étendant de 408 à 518. De plus, on a trouvé des monnaies isolées de Constantin, de Zénon, etc.
Aucune de ces monnaies n’étant postérieure à l’an 550, la deuxième période ne peut guère aller au delà de l’année 600. On a bien, il est vrai, des pièces de monnaie
postérieures, mais elles se trouvent mêlées à des objets dont le style appartient à la période suivante.
Les monuments que nous possédons de notre période ne concernent guère que la parure ; les armes sont assez rares. Heureusement, une trouvaille faite en Fionie, dans la tourbière de Kragehul, dont nous avons fait mention plus haut, vient corriger cette lacune; si elle ne rentre pas dans notre période, néanmoins elle se rattache tout à fait à la fin de la précédente. Nous trouvons là les épées d’un nouveau système, et quant à l’ornementation, nous voyons apparaître les lignes contournées et les têtes de dragons qui jouent un rôle assez marqué dans la deuxième et font le caractère de la troisième période du fer.
La comparaison de cette découverte avec les objets de notre époque fait présumer qu’il y a eu un développement organique de la première à la seconde période du fer, sans changement de race, fait qui, au contraire, s’est probablement produit à la fin de la deuxième période.
A L’EXPOSITION UNIVERSELLE