HUITIÈME PÉRIODE
RENAISSANCE ET TEMPS MODERNES. (Depuis l’année 1536.)
Au temps de la Renaissance, lorsque la Réforme commença à l’emporter sur le catholicisme dans le nord de l’Europe, le Danemark fut gouverné par Ghristiern II qui, en l’an 1513, avait succédé à son père, le roi Jean.
Ce prince avait tout un profond amour pour le vrai peuple, qui se trouvait alors plongé dans un état déplorable de malaise et d’assujettissement.
Les paysans, les descendants des hommes libres de l’ancien Nord Scandinave avaient été réduits sous la dépendance illégale des seigneurs; et quant aux villes, elles étaient opprimées par les privilèges exorbitants et les usurpations de la hanse teutonique; elle les tenait dans une subordination qui empêchait tout essor du commerce et de l’industrie. Aussi le roi avait-il voué à la hanse une haine bien légitime. Détruire l’influence de ces marchands étrangers fut le but principal de son règne. Pour cela il s’appuya sur les Pays-Bas, d’où il fît venir des ouvriers et des capitalistes. Il appela aussi une colonie
de paysans flamands qu’il établit dans l’îie d’iVmak, aux portes de Copenhague; grâce à eux, l’horticulture reçut une nouvelle impulsion, et leurs descendants fournissent encore aujourd’hui presque exclusivement la capitale du Danemark de fruits et de légumes de toute sorte.
Le roi Ghristiern essaya en même temps de ranimer l’esprit d’entreprise dans les villes par des améliorations et de sages règlements. Ainsi il établit entre elles une poste régulière ; mais la plupart de ses lois excellentes, qui devançaient tant son époque , devaient rester longtemps sans recevoir leur application. La résistance de la noblesse et le mauvais vouloir du clergé, qui se voyaient lésés par ses réformes, en arrêtèrent l’effet d’autant plus facilement que le caractère emporté de Ghristiern le conduisit à des violences cjui causèrent sa chute.
Le roi Christian III qui, en 153Zs, monta sur le trône de Danemark et de Norvège, introduisit complètement, deux ans après, la Réforme dans ses États; mais il ne sut pas, malgré toute sa bonne volonté, marcher sur les traces de son prédécesseur et ne fit presque rien pour la cause des paysans et des bourgeois.
En revanche, les arts et les sciences commencèrent à participer au développement général qu’ils avaient déjà atteint dans le reste de l’Europe. La peinture de son côté fit quelques progrès; le roi commanda pour ses palais plusieurs tableaux, notamment au peintre Isaks; on possède encore en Danemark un certain nombre de toiles datant de cette époque et qui sont dues à des artistes danois.
L’Université de Copenhague, fondée en 1A78 par le roi Christian L'’, mais qui n’avait jamais eu une grande importance, fut établie sur de nouvelles basés par Chris-
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tiaii ÎH. Le même souverain créa aussi, à Laide de biens ecclésiastiques sécularisés, d’autres écoles supérieures, une dans chaque ville.
En raison de l’intelligente protection qui leur fut accordée, les sciences regagnèrent rapidement, sous les successeurs de Christian III, le temps pendant lequel elles avaient sommeillé pour ainsi dire, et atteignirent le degré d’élévation où elles étaient parvenues chez les autres peuples de LEiirope.
Le Danemark produisit au xvD siècle une foule de savants, d’historiens, de médecins et de philologues, dont le mérite transcendant fut apprécié même hors de leur patrie. L’intérêt pour les antiquités nationales et le soin pour la conservation des monuments historiques datent également de ce temps.
Ce fut sous le roi Frédéric II, le fds de Christian III, que vécut en Danemark le célèbre Tyclio-Brahé, dont les ^observations astronomiques si exactes sont devenues une des hases principales de la nouvelle science des astres.
Il faut noter que les ouvrages de tous ces savants étaient, comme presque partout ailleurs, rédigés en latin, et que la langue danoise n’était encore que d’un usage restreint comme langue écrite : cependant depuis la Réforme elle était employée pour la traduction de la Bible et les livres de dévotion.
Tycho-Brahé appartenait à une famille noble, qui cependant, loin de s’enorgueillir de la nouvelle illustration qu’elle lui devait, le vit avec regret se livrer à des études si abstraites et s’y adonner complètement comme à un métier. Néanmoins, cela ne veut pas dire que la noblesse danoise fut alors une race dégénérée ; elle aimait beaucoup Linslruction, et on voyait très-souvent de jeunes
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seigneurs danois fréquenter des académies étrangères. Les nobles accordaient leur protection aux sciences et aux lettres, mais ils n’aimaient pas voir un des leurs faire des cours publics. Ils avaient en même temps un goût fort prononcé pour le luxe et les agréments d’une vie confortable. Ne trouvant pas dans le pays des produits satisfaisant leurs besoins plus raffinés qu’ autrefois, ils firent venir de l’étranger des draps fins, des vêtements d’apparat, des objets de parure, des majoliques et autres produits céramiques. Leurs dépenses dans ce genre finirent par provoquer des règlements ayant pour but d’empêcher que l’argent ne sortît en trop grande quantité du pays.
L’architecture prit en même temps un nouvel essor. Déjà sous le roi Frédéric II plusieurs châteaux, tels que Borreby, Egeskov, etc., avaient été construits d’après un modèle nouveau; les formes n’en sont pas désagréables à l’œil, quoiqu’on y voie trop ouvertement percer une préoccupation de défense, comme au moyen âge, en vue de révoltes de paysans.
Sous le roi Christian IV apparaît un nouveau style, appelé la renaissance hollandaise^ parce qu’il a été importé de la Hollande dans le Danemark; on le nomme encore, mais moins exactement, style gothique, parce qu’il a conservé quelques caractères de l’architecture ayant ce nom.
Les chefs-d’œuvre de ce genre sont les châteaux de Bosenborg et de Frederiksberg. Ce dernier, malheureusement, fut presque détruit par un incendie en 1859; mais grâce au patriotisme de la nation, l’extérieur de ce magnifique palais et plusieurs parties de l’intérieur sont déjà reconstruits sur l’ancien modèle. 11 faut encore citer parmi les édifices élevés dans le même style la Bourse
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(le Copenliagiie, l’église du Ilolni, dans la même ville, et le château de Kronborg.
L’intérieur de ces châteaux fut orné avec beaucoup de luxe; les boiseries richement sculptées y abondèrent, et on y plaça des meubles somptueux travaillés dans le même style.
L’art de la peinture commença aussi à être apprécié davantage ; dans les églises, les autels furent ornés de retables, et le long des murailles on fixa des peintures commémoratives représentant des nobles, de riches bourgeois ou des ecclésiastiques, etc. C’est encore vers ce temps que nous voyons se propager la mode des portraits.
Le roi Christian IV appela en Danemark le peintre néerlandais Charles van Mandern, qui séjourna assez longtemps dans le pays et y exécuta de nombreux tableaux. Depuis lors on retrouve une série chronologique de tableaux peints en Danemark.
Le même prince s’intéressait vivement au développement du commerce et de l’industrie. C’est pour ce motif, par exemple, qu’il fit frapper de la monnaie plus belle et qu’il introduisit un système plus régulier de poids et mesures, et de notables améliorations dans le système des postes.
11 créa en outre plusieurs compagnies commerciales, grâce auxquelles le pavillon danois commença à se montrer dans de lointains parages. Les transactions avec l’étranger s’en augmentèrent, et il en résulta un notable accroissement dans la richesse nationale.
Le règne du roi Christian IV (158'8-16/i8) fut marqué par une série de guerres; l’état politique du nord de l’Europe exigeait du reste que le Danemark fût toujours sous les armes.
On comprend, devant ces dures éventualités, que ce prince n’a pas manqué de s’enquérir des systèmes d’armes les mieux perfectionnées. 11 établit dans le pays diverses armureries, et plusieurs ouvriers qui y étaient attachés se signalèrent par des inventions ingénieuses.
C’est ainsi que l’on voit à l’Exposition universelle, sous le 11° 893, un fusil-revolver à huit coups qui porte sur la crosse la date de 1597, et plusieurs autres armes fabriquées également sous ce roi ou sous son. successeur et qui ne sont pas moins intéressantes : témoin un fusil qui se charge par la culasse (n° 909) et qui est peut-être antérieur au revolver, et enfin deux fusils à magasin permettant de tirer plusieurs coups de suite (n°^ 907 et 908).
Sur l’un d’eux on lit le nom de Valentin Man\ qui, au xvm° siècle, avait à Copenhague beaucoup de réputation comme fabricant d’armes.
Sous le roi Frédéric Ili, fils de Christian IV, l’influence de la noblesse, qui dans un intérêt égoïste avait entravé de tout son pouvoir l’effet des sages ordonnances de Christian IV, était arrivée au comble. Ce fut alors que les autres états du royaume, principalement la corporation des bourgeois de Copenhague, le clergé et les fonctionnaires, formèrent une ligue autour du roi et forcèrent la noblesse qui s’était alors réunie dans la capitale à renoncer à son pouvoir usurpé et à laisser au roi une souveraienté absolue.
Ce changement, dont on aurait pu espérer tant de bien pour les classes inférieures, fut d’abord pour ces dernières plutôt funeste qu’avantageux.
Pour consoler la noblesse de la perte de sa toute-
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puissance politique, on lui accorda des privilèges exorbitants, au notable détriment des paysans.
A la longue cependant cette révolution ne manqua pas de produire de bons résultats pour les classes moyennes.
La noblesse se mit à bouder et à abandonner les fonctions publiques, d’autant plus que, ruinée en grande partie par les dernières guerres, elle ne pouvait plus exercer ces fonctions avec éclat. D’où l’entrée aux alfaires de plusieurs îiommes sortis de la bourgeoisie, qui ne manquèrent pas de s’intéresser à la cause des leurs.
Le règne du roi Christian Y (1670 à 1699) fut marqué par plusieurs ordonnances et règlements utiles. Un nouveau Gode fut élaboré en 1683 par une commission de jurisconsultes éminents. Un tout autre système de cadastre fut introduit à peu près à la même époque; il est resté en partie jusqu’à ce jour la base des contributions foncières.
Le commerce, qui avait commencé à se développei sous le roi Christian IV, prit une nouvelle extension. La marine militaire comptait, sous Christian V, quarantehuit vaisseaux de guerre, outre plusieurs autres bâtiments moins importants.
Les paysans seuls n’éprouvèrent aucune amélioration dans leur sort.
Le roi Frédéric IV (1699-1730) édicta, il est vrai, lors de son avènement, plusieurs ordonnances pour soulager la condition des paysans; mais, peu de temps après, ce même prince publia des lois qui aggravèrent plus que jamais leur position. Ainsi la nouvelle organisation militaire attacha à la glèbe, par le stavnsbamuL^ tous les jeunes paysans.
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D’un autre côté ce monarque prit plusieurs mesures pour répandre l’instruction; il prescrivit entre autres la construction de 2/i0 écoles sur les domaines de la couronne.
Comme l’avait déjà fait Christian Y, Frédéric IV favorisa aussi l’industrie et le commerce. Il créa des fabriques de diverses sortes; elles eurent, il est vrai, pour subsister, constamment besoin de la protection royale; il en résulta néanmoins que la nation commença à prendre goût au travail et aux entreprises industrielles. La plupart de ces établissements n’existaient plus en 1750; mais alors le gouvernement en fonda de nouveaux, sur des proportions beaucoup plus vastes qu’ autrefois; on voulait porter l’industrie nationale au degré de perfection auquel étaient déjà parvenus les autres pays.
De 1750 à 1760, les fabriques de Copenhague n’occupaient pas moins de ll,à00 ouvriers, dont à, 000 à la confection des draps et des étoffes. Mais à cause du débit restreint à la consommation du pays les produits de ces fabriques restèrent à un prix trop élevé pour pouvoir concourir avec ceux importés de l’étranger; aussi ce nouvel essai de faire du Danemark un pays industriel avorta-t-il une fois encore.
En revanche, les eflbrts que tentèrent Christian Y et ses successeurs pour activer le commerce eurent plus de succès. A partir du commencement du xv!!!"" siècle jusqu’à la guerre malheureuse avec l’Angleterre, en 1807, notamment vers la fin du xviiF siècle, la navigation et le commerce du Danemark comptaient parmi les plus considérables de l’Europe. Ainsi, vers 1750, la marine royale militaire se composait de 30 vaisseaux de guerre, de 16 frégates et de beaucoup d’autres bâtiments plus petits.
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Dans rintervalle, la littérature danoise avait comniencé à fleurir dès le commencement du xvm® siècle. Déjà, pendant le xvii% il y avait eu en Danemark plusieurs poètes qui étaient loin d’être sans valeur; mais ils n’avaient pour public que quelques lettrés, et c’est à peine si l’un d’entre eux avait pu se faire goûter du peuple.
Holberg enfin y réussit. Quoique INorvégien de naissance, il passa la majeure partie de sa vie en Danemark. Ce fut l’auteur le plus remarquable que produisirent les pays Scandinaves dans le xviii® siècle. Ses comédies et ses autres ouvrages en vers et en prose sont devenus le délassement de toutes les classes de la population. Ses pièces, représentées pour la première fois sur le théâtre royal de Copenhague qui date du même temps, sont jouées encore aujourd’hui avec beaucoup de succès. Les poètes Ewald et Wessel, qui vécurent une vingtaine d’années après Holberg, jouissaient de leur côté, et à juste titre, d’une grande réputation.
Le XVIII® siècle se distingua pour le Danemark par le nombre considérable de savants et d’érudits de premier ordre qu’il produisit dans toutes les branches, tels que naturalistes, historiens, philologues, etc.
Ce fut encore à cette époque que furent fondées diverses sociétés savantes. L’Académie de Copenhague date de 17à2, l’Académie des beaux-arts de 1738.
Le gouvernement danois se fit un honneur de se placer parmi ceux qui protégeaient les sciences et les lettres. Ainsi il accorda une pension au poète allemand Klopstock et il chargea le savant Niebuhr d’explorer l’Afrique et l’Asie aux frais de l’État.
Les arts ne restèrent pas en arrière de ce mouve-
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ment. Le Danemark comptait déjà, dès le xvii® siècle, plusieurs peintres, dont on voit quelques tableaux dans les collections nationales.
Plusieurs artistes renommés, enfants du pays, vivaient sous le règne du roi Frédéric IV ; il nous suffira de nommer le sculpteur Berg, le peintre Krogk et l’architecte Eigtved.
Dans le xviii® siècle, nous voyons une véritable école de peinture se former et progresser en se perfectionnant. Abilgaard, luel et Eckersberg vivaient dans le dernier quart du siècle passé; V/iedewelt, sculpteur renommé, appartient aussi à cette époque, mais il disparaît presque complètement devant la gloire de Thorvaldsen, cet artiste d’un génie si fécond, qui occupe le premier rang parmi les plus grands sculpteurs des temps modernes.
L’architecture elle- même prit part à ce mouvement. Plusieurs châteaux et palais furent construits avec beaucoup de luxe, et le plus grand nombre avec goût. Les architectes les plus renommés furent Harsdorf et îlansen.
Quelques-uns des châteaux royaux édifiés au milieu du XVII® siècle avaient coûté des sommes énormes et occasionné des dépenses bien au-dessus des ressources du pays; on voit même à Copenhague une église en narbre qui n’a pu être terminée faute de fonds.
Vers la fin du xviii® siècle cependant, le gouvernement songea beaucoup moins au faste et se préoccupa de laisser des traces plus utiles et plus durables. D’abord en 1788, sous l’administration du jeune prince qui, vingt années après, monta sur le trône sous le nom de Frédéric VI, on abolit le stavnshaand (servage) et les autres liens de sujétion les plus pénibles. La corvée, par exemple,
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qui n’avait autrefois pour limite que le bon vouloir des seigneurs, fut restreinte par des ordonnances spéciales. Les terres, qui dans les villages se partageaient entre les paysans tous les ans à nouveau, à peu près comme en Russie, furent distribuées à chacun d’eux une fois pour toutes; il s’ensuivit naturellement une culture plus attentive et plus soignée.
En même temps, le gouvernement tourna sa sollicitude vers l’instruction primaire. Depuis la Réforme il y avait dans chaque paroisse une école à la tête de laquelle se trouvaient des maîtres résidant sur les lieux, ou des élèves appartenant aux lycées voisins. Plus tard, notamment sous le règne de Christian VI , on ouvrit d’autres écoles primaires. Grâce à Frédéric VI , le nombre des écoles fut encore augmenté, et on fonda en outre des écoles normales pour les instituteurs. Toute l’instruction primaire fut soumise à des règlements spéciaux et à une inspection suivie.
En devançant ainsi pour cette importante question presque tous les pays de l’Europe, le Danemark a mérité une honorable place dans l’histoire, qui n’oubliera pas non plus qu’il fut le premier parmi les autres pays de l’Europe à abolir la traite des esclaves.
L’instruction supérieure fut aussi l’objet d’une attention spéciale; l’üniversité et les lycées furent reconstitués , et l’on prit grand soin de les pourvoir de professeurs habiles.
Ajoutons encore que le ministre Struensée, pendant son court ministère (1770 à 1772), abolit plusieurs lois et règlements surannés; que le prince Frédéric publia des lois libérales sur la presse; qu’il introduisit un tarif moins onéreux pour la douane, et qu’un règlement da-
tant de 1805 soumit les forêts du pays à une inspection régulière.
Un coup funeste fut porté à la prospérité du Danemark par la guerre désastreuse de Sept Ans que ce royaume, fidèle à son alliance avec la France, eut k soutenir contre l’Angleterre, guerre qui commença par la destruction de la flotte et qui se termina par la perte de la Norvège. Le commerce et la navigation furent paralysés; les navires anglais, par la capture des bâtiments danois, mirent un obstacle insurmontable à l’exportation des produits du pays.
Il s’ensuivit un malaise général. L’argent sortait du royaume et n’y rentrait pas, la valeur des propriétés rurales, ainsi que celle des billets de la Banque , baissait de jour en jour; la Banque finit même par succomber et par faire faillite. Après la paix de 181 â vint une série de mauvaises années où l’on n’eut pas même la ressource des produits agricoles.
Vers l’année 18*20, cette déplorable situation commença à s’améliorer. Les agriculteurs n’avaient pas perdu courage; au contraire, ils s’efforcèrent d’amender les méthodes de culture. On se procura des instruments faits sur de*meilleurs modèles, et on utilisa d’une façon beaucoup plus avantageuse la marne si abondante dans le Danemark. De jeunes agronomes furent envoyés dans les pays étrangers, notamment en Écosse, pour étudier les perfectionnements apportés dans f agriculture, qui fut dès lors enseignée en Danemark théoriquement et pratiquement dans des établissements spéciaux.
Cependant diverses intempéries dans les saisons retardèrent l’ellbt de tous ces efforts; de 1820 à 1830 les années furent assez mauvaises, celles de 1830 à 18ZiO
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furent un peu plus productives; enfin après 18Z|0 ces opiniâtres travaux furent couronnés des plus heureux résultats. Tandis que dans les années précédentes on avit été parfois obligé de faire venir du blé de l’étranger, on en exporte aujourd’hui des quantités qui s’accroissent chaque année, et, comme le prix des céréales avait augmenté dans toute l’Europe, l’argent commença à affluer dans le pays.
La Banque nationale, fondée en 1818, entra dans une voie de prospérité, et ses actions montèrent de 1855 à 1858 presque au double du pair.
Cet accroissement général de la richesse exerça par contre une heureuse influence sur l’industrie. Les paysans par exemple firent reconstruire presque partout leurs habitations, et, ayant en leur possession de l’argent, se permirent un certain luxe d’ameublement et d’habillement.
Pendant la guerre, et meme avant, les fabriques fondées dans le siècle précédent disparaissaient l’une après l’autre ; il n’existait plus guère que la petite industrie pour les besoins indispensables de la vie quotidienne. Après la transformation complète de l’industrie par la vapeur, le Danemark resta en arrière sur les autres pays, en grande partie à cause du manque de mines de charbon. Tout découragement cessa quand on vit qu’il serait facile d’avoir la houille dans le Danemark presque au même prix qu’en Angleterre, les navires pouvant en rapporter après avoir déchargé leurs céréales.
C’est alors que beaucoup de petits établissements industriels prirent de l’extension et qu’un nombre considérable de nouvelles fabriques furent construites sur une échelle plus importante que jamais.
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Une grande partie de ces résultats est due aux efforts de la Société d’encouragement pour l’industrie à Copenhague. Elle fut fondée en 1838, et pendant les vingt-neuf années de son existence elle a, par des cours publics, par des exhibitions hebdomadaires, par des expositions industrielles, par des écoles pour les apprentis, etc., contribué beaucoup à répandre le goût de l’industrie et des grandes entreprises. C’est grâce à l’initiative de cette société que fut construit le premier chemin de fer : il conduit de Copenhague à Roeskilde, et fut inauguré en 18Z|7. C’est grâce encore à la même société que le Danemark a pu figurer en 1867 à l’Exposition universelle de Paris, les désastres des dernières années ayant fait un devoir à la représentation nationale de refuser la subvention demandée à cet effet par le gouvernement.
De son côté la navigation prit aussi un grand développement; les bâtiments firent le transport, non-seulement entre le Danemark et les autres pays, mais encore ' d’un port étranger à l’autre.
Le nombre des bateaux à vapeur augmenta également; chaque année on en ouvrit de nouvelles lignes. L’établissement de canaux vint aussi accroître la prospérité nationale; le trafic par terre fut facilité par la construction de nouvelles chaussées, de chemins vicinaux, etc.
Dans l’intervalle avait lieu une magnifique éclosion de talents de tout genre dans les lettres et les sciences, éclosion à laquelle le Danemark tout entier prenait le plus vif intérêt. Au milieu même des malheurs de la guerre avec l’Angleterre, notre littérature arrivait à sa plus brillante période de gloire. C’est alors que le célèbre Oelilenschlâeger, le grand poète du Nord, fit tressaillir toute la Scandinavie par ses magnifiques vers inspirés des plus