‹ Le Danemark à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 39 sur 91 · LL: DANEMARK · texte numérisé non relu

LL: DANEMARK

nière servitude a depuis été généralement rachetée au moment où la terre est devenue la propriété du paysan.

Jadis, les tenanciers étaient à la merci de leurs maîtres, qui souvent les traitaient avec dureté et exigeaient, par exemple, du fils d’un fermier une somme exorbitante pour lui laisser l’exploitation de la ferme à la mort du père. Beaucoup de fermes néamoins sont demeurées aux mains des mêmes familles pendant un long laps de temps. Si un paysan mourait, un de ses fils traitait avec le propriétaire pour être investi du fermage aux mêmes conditions; on s’accordait généralement. Les autres frères restaient dans la maison sans se marier, travaillaient aux champs et en retour recevaient leur entretien. Une autre lois c’était un fermier qui, se voyant trop âgé, obtenait du propriétaire de pouvoir se substituer un de ses fils; ce dernier s’arrangeait alors avec le maître pour tenir la ferme sa vie durant.

La ferme se transmettait encore assez souvent d’une autre façon. Lorsque le fermier devenait veuf avant fâge, il épousait d’ordinaire une fille plus jeune que lui; celleci, lui survivant généralement, avait le droit de garder la terre; très-souvent elle se remariait et son nouvel époux obtenait presque toujours du propriétaire d’être accepté comme fermier : ce chassé-croisé pouvait ainsi se reproduire plusieurs fois.

Mais quel que fût le mode dont la ferme se transmettait, elle restait, chose essentielle à noter, parmi certaines familles de fermiers habitant une circonscription assez restreinte. Ainsi, depuis des siècles, dans chaque district, quelques f (unilles-souches ont fourni à peu près à elles seules les fermiers de leur rayon; elles ont su, en se mariant entre elles, écarter les personnes qui n’étaient

A L’EXPOSî'i ION UNIVEÜSELLE. 18<J

pas (le leur bord, par exemple les individus des autres familles-souches de la campagne qui, comme aujourd’hui encore, n’avaient à cultiver qu’un bout de terrain et gagnaient leur vie en se faisant forgerons, tailleurs, ou même simples journaliers. Seulement, dans cette classe, le fds n’exerçait pas toujours la profession du père. Si ce dernier, par exemple, était forgeron , le fils devenait tisserand ou manouvrier.

Pendant très-longtemps le nombre de ces deux genres de familles-souches ne s’est guère accru. Depuis peu, cet état de choses a bien changé. Les fermiers ne sont plus tenanciers; ils ont acheté la terre et sont devenus propriétaires indépendants. Le goût de la propriété une fois répandu dans les pays, les fils d’un paysan ne veulent plus rester chez leur frère comme garçons de ferme; ils réclament leur part de la terre paternelle, qui se trouve en peu de temps bien morcelée. Cependant la législation, dans l’intérêt de l’agriculture, ne permet pas de pousser la division trop loin; elle exige qu’à chaque ferme reste un terrain d’une étendue déterminée.

En 1860, on .comptait ,^737,500 personnes vivant de l’agriculture; 151,000, dont 129,500 hommes et 21,500 femmes, étaient chefs d’exploitation; à23,000 se composaient des femmes, des enfants, des vieillards, etc.; 15/1,000 enfin, dont 85,000 hommes et '70,000 femmes, étaient garçons ou filles de ferme, domestiques, etc.

En 1865, il y avait 165,000 propriétés rurales. La superficie agraire se calcule par tonne de sof mesure qui contient 5,776 mètres carrés. Lorsqu’il s’agit d’estimer la valeur productive, on prend pour unité la tonne de hartkorn (blé dur); la superficie qui y correspond varie naturellement selon la qualité diî terrain. Pour les terres

les plus fertiles, la tonne û.Qhartkorn mesure 17,328 mètres carrés (c’est-à-dire 3 tonnes de sol), mais certaines landes en contiennent trente fois plus. En moyenne, on peut compter de 4 à 7 hectares pour une tonne de harlkorn.

Le total des tonnes de harlkorn est de 375,069, dont 203,809 dans les îles et 171,260 en Jutland. 6,770 tonnes de harlkorn attenant aux villes figurent parmi ces chiffres.

Finalement, remarquons qu’à la suite d’un long et consciencieux travail d’évaluation terminé il y a une trentaine d’années les terres labourables du pays ont été estimées une fois pour toutes en tonnes de harlkorn.

Parmi les grandes propriétés foncières un certain nombre sont des majorats, dont 18 comtés, 14 baronnies et 47 majorats simples. Autrefois il y en avait davantage, mais ils ont été aliénés, et c’est l’argent provenant de ces ventes qui est aujourd’hui soumis aux conditions légales qui pesaient sur les terres.

En 1865, on comptait encore 610 grands domaines, évalués chacun à plus de 20 tonnes de harlkorn (plus de 100 hectares); 70,000 fermes de 1 à 12 tonnes de harlkorn^ 108,000 habitations avec un peu de terre, et 30,000 sans aucune terre, les maisons des villes non comprises.

Les propriétés sont ainsi répandues : dans les îles, grands domaines, 16,3 pour 100, fermes et propriétés moyennes, hoendergaarde (cours de paysans), 73,4; terres de minime étendue telles que jardins, enclos, etc., 8,4, et terres attenant aux villes, 1,9 p. 100; en Jutland, grands domaines, 10,3 p. 100, propriétés moyennes, boendergaarde^ 78,0; terres de minime étendue, 10,6, et terres attenant aux villes, 1,7 p. 100. Les propriétés ordinaires, la plupart aux mains des paysans, ont dans les îles une étendue de 6 à 72 hectares, et en Jutland de J5 à 175.

loi

Parmi les terres consacrées à l’agriculture il y avait, en 1865, i,/i28,000 hectares de prairies naturelles et artificielles, 1,135,000 hectares donnant des céréales, des pommes de terre, etc.

En 1861, on avait, pour les semailles, répandu

155.000 hectolitres de froment, 527,500 de seigle, 818,000 d’orge et 1,368,000 d’avoine. Les terres cultivées en froment couvraient une superficie de 75,800 hectares; le seigle occupait 247,000, l’orge 317,000, et l’avoine

373.000 hectares. On comptait en outre 42,000 hectares de légumes, 32,000 de pommes de terre, 28,000 de sarrasin, 7,500 de colza, 4,200 de lin et chanvre, 3,200 de houblon, cumin, etc.; 3,000 de navets, etc.

On a constaté de 1838 à 186J l’augmentation suivante dans la culture des céréales : froment, 162 p. 100; seigle, 113 p. 100; orge, 30 p. 100; avoine, 62 p. 100.

On peut évaluer le produit brut des terres cultivées en céréales à plus de 30 millions d’hectolitres; puis vient le colza, les pommes de terre, les navets, etc. Si l’on y comprend la paille utilisée comme litière ou fourrage, on peut estimer annuellement le produit brut de la récolte agricole pour ces dernières années à plus de 300 millions de francs.

Les céréales sont , comme on le sait, l’article le plus important de l’exportation. Tous les besoins du pays satisfaits, il reste encore en moyenne 17 pour 100 de la récolte, qui sont vendus au dehors.

L’emploi de la récolte se répartit ainsi : pour la semence, 3 millions d’hectolitres ; pour l’alimentation du pays, 9 millions; pour la nourriture des bestiaux, 12 millions, et pour l’exportation , 5 millions d’hectolitres approximativement.

LE DA.\EMAKK

La plus belle qualité de froment vient des îles, principalement de celles du sud; les îles de Laaland et de Falster produisent les meilleurs pois.

On fait en Danemark au moins 26 millions de kilogrammes de beurre par an. On en consomme beaucoup dans le pays même, mais on en exporte encore une quantité assez considérable, à peu près 5 millions de kilogrammes. Il s’y fait aussi du fromage, mais il n’en sort guère du pays. Depuis une trentaine d’années, on s’est appliqué à imiter, non sans succès, les fromages anglais, suisses, hollandais, etc.

L’élève des bestiaux s’accroît chaque jour. Beaucoup de propriétés alFectées à la culture ne produisaient des céréales que pour l’exportation; on en applique maintenant la majeure partie à l’engraissement des bœufs, des moutons et des porcs, exportés ensuite pour la plupart en Angleterre.

En 1866 on comptait en Danemark :

Chevaux^ dans les îles, 186,133; en Jutland, 166,355; total, 352,488 ;

Bêles à cornes^ dans les îles, 498,879; en Jutland, 693,304; total, 1,192,183 ;

Moulons^ dans les îles, 672,6/i8; en Jutland, 1,196,138; total, 1,868,786;

Porcs^ dans les îles, 225,545; en Jutland, 155,636; total, 381,181.

En résumé, pour 1,000 personnes, il y a 1 ,1 16 bestiaux dans les îles, et 1,457 en Jutland, ou en moyenne 1,281. Sur 1 kilomètre carré l’on trouve en Jutland 6,5 chevaux, 27,5 bœuifs, 48 moutons et 6,3 porcs, et dans les îles 13,3 chevaux, 35,7 bœufs, 48 moutons et 14,7 porcs.

En 1860, la reproduction a fourni 20,0.05 poulains,

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

521,670 veaux, 739,675 agneaux et 289,849 porcs.

Les chevaux sont pour la plupart de race indigène; le Jutland seul en exporte jusqu’à 10,000 par année.

On pratique en Danemark plusieurs méthodes d’agriculture; voici celle qui est la plus usitée. D’abord les terres d’une ferme, ou, lorsqu’il s’agit d’un grand domaine, celles qui forment un ensemble d’exploitation, sont divisées en 7 ou 10 parties à peu près égales, dont la moitié est cultivée en céréales et le reste en prairies. Indiquons rapidement les phases successives par lesquelles passe chacune de ces parties :

Après être resté quelques années en jachère, le sol est retourné en automne à l’aide de la charrue, opération qui se fait trois fois encore l’été suivant; c’est pendant cette période que l’on apporte l’engrais et, lorsque la nécessité s’en fait sentir, la marne.

A l’automne, on sème ou du froment ou du seigle, que l’on récolte un an après (p. 11); au printemps suivant, on cultive l’orge, à laquelle on fait succéder les pois ou le lin, ou les navets ou les pommes de terre, etc.; puis on sème l’avoine et en même temps du trèfle et du gazon [lolium peremie^ ou d’autres sortes). Le trèfle pousse lentement , reste après la moisson de l’avoine et grandit l’année suivante; alors on le coupe au mois de juin. Les racines jettent de nouvelles pousses auxquelles vient se joindre l’herbe. Pendant les trois années suivantes on y fait paître les animaux de la ferme, et les mêmes alternats recommencent. — La série de culture débute quelquefois par le colza, que l’on remplace par le seigle, l’orge, etc.

Le blé, quand on l’a coupé, est mis en gerbe. Après l’avoir laissé sur le sol pendant une dizaine de jours, on

le transporte à la ferme, où il est déposé, partie dans les greniers, partie sous forme de meules. Il est battu ensuite dans les granges, au fur et à mesure des besoins.

Les fermes se composent ordinairement de quatre bâtiments placés en carré et se touchant aux angles; l’un sert à l’habitation de la famille, l’autre aux étables, écuries et remises, etc.; les deux autres, aux greniers, granges et magasins, etc.

Les forêts occupent une superficie de 180,000 hectares, auxquels il faut ajouter environ 20,000 hectares de plantages, de broussailles, etc. (voyez p. 10). On peut estimer le revenu des forêts à IiO francs par hectare, ce qui fait un revenu total de 7 millions de francs. Le rendement des forêts de l’État, qui occupent 38,000 hectares, n’est que de 17 francs par hectare; ainsi, en 1861, le produit n’a été que de 685,000 francs.

Les tourbières sont aussi riches que leur nombre est considérable (voyez p. 10).

Dans plusieurs provinces, chaque paysan a une part de tourbière d’où il tire tout le combustible dont il a besoin .

On peut évaluer le produit de la pêche à 5 millions de francs par année.

La navigation occupe un personnel important et un nombre considérable de navires (voyez le tableau II).

En 1865, on comptait 3,079 bâtiments de commerce avec une capacité totale de 7/i,500 lasts de commerce (150,000 tonneaux); 458 avaient chacun une capacité de plus de 50 lasts de commerce (100 tonneaux).

En 1865, il est sorti des ports du Danemark 54,196 navires ayant une capacité de 880,000 lasts de commerce (1,750,000 tonneaux) et un chargement de 792,309 lasts;

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

32, 469 se dirigeaient vers les différents ports du royaume, et 21,727, ayant une capacité de 315,77/i iasts, partaient pour l’étranger.

Le nombre des vapeurs qui font le service entre les ports intérieurs du pays s’élève à 51 ; ils ont une capacité de 2,800 lasts de commerce (5,600 tonneaux).

Le nombre des vapeurs expédiés pour l’étranger est de A, 100, dont 1,404 danois.

Le cabotage entre les ports du Danemark était en 1860 de 504,000 tonneaux, en 1861. de 508,000, en 1865 de 576,000 et en 1866 de 465,000.-

Mous devons faire observer que le relevé numérique des bateaux de commerce donné plus haut ne comprend que les navires appartenant à des Danois résidant réellement dans le royaume. D’après les registres des ports, cependant, le nombre en est plus considérable, parce que sur ces registres figurent les bâtiments qui appartiennent à des Danois fixés à l’étranger.

Voici ces chiffres ; en 1860, 2,727 bateaux à voile de

135.000 tonneaux et 43 vapeurs de 4,165 tonneaux; en 1862, 2,715 bateaux à voile de 134,000 tonneaux et 44 vapeurs de 4,300 tonneaux; en 1865, 3,579 bateaux à voile de 154,000 tonneaux et 70 vapeurs de 6,700 tonneaux; en i866, 3,684 bateaux à voile de

Page 1