ET MORALE DE LA POPULATION
Pour compléter les données générales sur l’enseignement exposées plus haut, nous allons ajouter les détails suivants qui ont trait à l’instruction des classes ouvrières et agricoles.
D’abord il faut remarquer qu’il y a à Copenhague, dans les villes, et même dans les campagnes sur beaucoup de points, un certain nombre de crèches où sont reçus pendant la journée les enfants en bas âge que les parents, à cause de leurs occupations, ne peuvent surveiller. '
Ces établissements de bienfaisance sont entretenus par la charité des particuliers; ils doivent leur fondation surtout à l’intérêt spécial qu’y portait la reine douairière Caroline-Amélie.
Les salles des écoles publiques sont bien disposées. En vertu des règlements, la hauteur en est en moyenne de 2*^^ 50, et il y a pour chaque enfant au moins 3 mètres cubes d’air.
Une grande partie des écoles primaires ont été reconstruites dans ces derniers temps.
Les enfants y apprennent, comme nous l’avons déjà dit (p. 182), non-seulement à lire et à écrire, etc., mais aussi à chanter, et quelquefois à dessiner; les’ garçons.
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et, dans quelques écoles aussi, les jeunes filles, font de la gymnastique, et si la mer ou quelque cours d’êau se trouve dans le voisinage, les garçons sont exercés à la natation ^
Le nombre des enfants recevant leur instruction dans les écoles primaires des campagnes était en 1857 de 161,495; les 15 écoles communales de Copenhague étaient fréquentées par 8,907 enfans.
A Copenhague et dans les autres villes on a ouvert des écoles du dimanche destinées aux apprentis et aux jeunes ouvriers de quatorze à dix -neuf ans (voyez p. 183). Celles de Copenhague ont été fondées par M. Massmann, en 1800. L’instruction qui s’y donne le dimanche pendant cinq heures comprend la lecture, l’écriture, l’orthographe, l’aritmétique, la géométrie.
L’insti tuf technique de Copenhague (voyez p. 184) compte 600 élèves. Les cours s’y font pendant neuf mois de l’année, de décembre jusqu’en mars pendant le jour, et le reste du temps dans la soirée seulement; on y apprend l’arithmétique , la géométrie, la physique, et durant les quatre mois de l’hiver l’algèbre, la trigonométrie, la statique, les principes de mécanique et d’architecture.
Dans ce même Institut, 150 jeunes ouvriers en métaux s’exercent le soir pendant sept mois (du mois d’octobre au mois d’avril) à des ouvrages de leur métier qu’ils n’ont que rarement l’occasion de faire dans leurs ateliers, tels que certains travaux de tour, de ciselure, de gravure, de modelage en cire, etc.
La Société royale d’économie rurale (p. 185) entretient
1. Quant à l’instruction primaire en Danemark, nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de M. Dickson : Rapport sur Vétat actuel des classes ouvrières en Danemark, en Norvège et en Suède, Gotlienbourg, 1867,
80 jeunes paysans qui sont mis au fait des progrès de l’agriculture chez les agronomes les plus renommés du pays. Ils y restent trois ans et reçoivent à leur sortie un diplôme constatant leur capacité.
Depuis 1852, époque où le drainage s’est répandu en Danemark, la même Société a fait apprendre cet art à 210 jeunes paysans; on enseigne en outre à d’autres jeunes gens les nouveaux systèmes d’irrigation, et à des jeunes filles la théorie et la pratique de la métairie. Enfin la Société a pris la louable habitude d’envoyer annuellement un certain nombre d’agriculteurs en Écosse pour étudier les perfectionnements apportés à la culture dans ce pays qui, par la nature du sol et par son climat, offre les plus grandes analogies avec le Danemark.
Gomme nous l’avons déjà remarqué, le nombre des journaliers, manœuvres et ouvriers, a beaucoup augmenté dans ces derniers temps. Aussi a-t-on construit, notamment dans les campagnes, beaucoup de nouvelles habitations à l’usage de la classe ouvrière, et rebâti en grande partie les anciennes.
En 1850, on comptait dans les campagnes 108,182 maisons avec ou sans parcelle de terre, et dont les habitants étaient ouvriers ou journaliers; en 1860, le nombre des maisons de ce genre s’élevait à 136,925 (voyez p. 190). Les deux tiers de ces maisons étaient habitées par leurs propriétaires, qui cependant en louaient généralement une partie; le reste était occupé par une ou plusieurs familles de locataires.
A Copenhague, le roi Christian IV fit construire, à peu de distance du port, tout un quartier (les Nyboder) destiné aux ouvriers et matelots de la marine royale. Les maisons à un étage ont quatre chambres partàgées entre
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deux familles, qui se servent en commun de la cuisine^ de la cour et du grenier.
11 y eut un temps où les Nyboder étaient habitées par 8,000 personnes; mais, depuis, la majeure partie en a été démolie et à leur place s’élèvent des maisons modernes à cinq étages et à grands appartements.
Diverses sociétés d’actionnaires ont fait construire à Copenhague un certain nombre de petites cités ouvrières formant en tout Zi5 maisons à plusieurs appartements et ayant une population de 3,000 âmes.
On voit encore autour des plus grandes fabriques des villes et des campagnes, par exemple à Raadvaddam, à Brede, à Hellebœk, à Noerre-Sundby, etc., des maisons destinées à loger les ouvriers de ces établissements.
Il s’est formé depuis un certain nombre d’années, parmi les ouvriers, des sociétés pour secours mutuels; le résultat en est très-satisfaisant. La plupart ont pour but de couvrir les frais d’enterrement, ou sont destinées à venir en aide aux malades; on compte 300 sociétés de cette dernière espèce en Danemark.
La plupart ont fait construire des maisons destinées aux veuves des membres de la Société, ainsi qu’à ceux qui sont trop âgés pour travailler.
11 est encore à Copenhague une société d’ouvriers [Arheider-foreningen] qui compte un grand nombre d’adhérents; ils se réunissent le soir pour entendre des lectures, pour s’instruire, etc.
Il ne faut pas s’étonner que dans de pareilles conditions la classe ouvrière participe à l’aisance générale qui existe en Danemark. Ce bien-être est prouvé par le^ chiffre toujours croissant des sommes déposées dans les 75 caisses d’épargne fonctionnant en 1865. Les verse-
ments effectués dans ces établissements, tous fondés par des particuliers, se sont élevés à 57 millions de francs en 1855, à 81 millions en 1860, et à 120 millions de francs en 1865.
Ces versements ont été faits en grande partie par les classses inférieures, ainsi que l’établissent les indications suivantes :
30 p. 100 sont fournis par des serviteurs, garçons, fdles, bonnes, etc.; 8 p. 100 par des ouvriers et artisans; 8 p. 100 par des journaliers; 6 p. 100 par des habitants des .campagnes, sans terre. Les paysans qui possèdent des fermes avec des terres d’une étendue de 20 hectares environ sont représentés par 10 p. 100, et les marchands par 2 p. 100 seulement. Les enfants et autres personnes mineures entrent pour 20 p. 100 dans les versements; le reste, 16 p. 100, se compose de personnes de diverses conditions.
Le nombre des déposants aux caisses d’épargne s’élevait en 1865 à 188,137, dont Zi3,Zi30 jpour Copenhague. hi caisses d’épargne donnent un intérêt de h p. 100; les autres caisses assurent un intérêt de 3 1/2 p. 100, quelquefois même un intérêt un peu supérieur à ce dernier chiffre.