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l’envahissaienttoutenlier et y obtenaient une puissance d’autant plus grande que ses rapports avec l’Allemagne étaient les seules relations qu’il eût avec l’Europe, pendant cette époque de décadence. Les princes danois n’épousaient guère alors que des princesses allemandes.
Après la mort du puissant Gérard, comte deHolstein, tué au milieu de son camp par un noble Jutlandais, Niels Ebbesen, le fds de Christophe II, Valdemar, monta sur le trône. Sa situation était encore plus précaire que celle du roi de France, son contemporain, Charles V, à qui il ressembla par sa sagacité, son intelligence et son activité infatigable quand le bien du pays était en jeu. Il protégea le commerce, favorisa l’agriculture, et racheta toutes les provinces engagées. Le peuple tout entier le secondait, mais il ne se reposait sur personne et veillait à tout. Durant tout son règne (1340-1375), la peste ravagea la contrée. Il lui fallut encore étouffer les révoltes provoquées par les charges dont il grevait ses sujets pour le rétablissement du Danemark, et que les nobles, habitués à l’anarchie, ne pouvaient supporter. Mais il réussit cà atteindre son but : régénérer le pays, ranimer l’esprit national, nécessaire non-seulement à la vie de la royauté, mais encore à celle de la nation.
Grâce à lui, le Danemark ressuscité tenta pendant un siècle et demi de devenir la puissance prépondérante du Nord.
Sa fdle Marguerite l'imita glorieusement. Nommée
régente de Danemark et de Norwége, avec une armée composée à. la fois de Danois, de Norwégienset de Suédois, elle vainquit Albert de Mecklembourg, roi de Suède, à Falkœping en Vestrogothie (1387), et réunit les trois couronnes sur sa tête par l’union de Calmar (1397). On y stipulait que les trois royaumes formeraient une union permanente et seraient gouvernés par le même roi ; chaque royaume devait être administré d’après sa législation particulière et par des indigènes. La force de la puissance royale devait nécessairement servir de base à la communauté d’intérêts des trois pays par rapport à l’étranger. Sous Marguerite, la noblesse dut restituer ses terres et abattre nombre de ses forteresses, mais la reine ne put que fléchir son esprit d’indépendance et qu’amoindrir sa force, sans rien dompter complètement ; l’influence allemande était trop ancienne pour qu’on pùt l’effacer en un si court espace de temps.
Au commencement delà guerrecontrelaSuède,Marguerile s’était vue conlrainte de donner le Sleswig en fief au comte de Iiolstein ; après ses grandes victoires, elle faisait déjà quelques tentatives pour le recouvrer, lorsqu’elle mourut (1412). Elle était le dernier descendant direct de Suénon Estridson. Si l’on considère son intelligence et son habileté, on peut la comparer avec avantage à la célèbre Elisabeth, reine d’Angleterre.
Ce furent des rois d’origine allemande qui lui succédèrent : Eric IX le Poméranien, Christophe III leBa-
A Pli R CU GENERAL
varois et Christian d’Oldenbourg (1448), le fondateur de la dynastie, qui régna jusqu’en 1463. D’origine et de mœurs étrangères, sans grandes qualités, ces trois rois ne surent point achever la tâche que leur laissait Marguerite : fondre les trois peuples en un seul. Ils se montrèrent également incapables de soumettre la noblesse.
Vingt ans après la mort de la grande reine, l’union des trois peuples se rompit, rupture suivie de luttes sanglantes ; on la renouvela ensuite pour qu’elle pût se dissoudre encore bien des fois.
La question du Sleswig était aussi funeste aux autres pays voisins qu’au Danemark. En voulant enlever cette province au Holstein, Eric prodigua les forces du pays, et par des impôts exagérés irrita la Suède qui se détacha alors de l 'union pour la première fois.
A la mort du dernier comte de Holstein, Christian Ier ne se contenta pas de reprendre le Sleswig comme fief danois ; il acheta encore le Holstein, et avec tant de prodigalité, que les Suédois, qui s’étaient soumis à lui quelques années avant cet événement, l’abandonnèrent de nouveau, en le surnommant « poche sans fond. »
Pour soutenir ses prétentions commeducde Holstein, son successeur le roi Jean déclara la guerre aux habitants de Dithmarn et marcha contre eux avec unearmée composée de nobles et de mercenaires ; mais il fut complètement battu par les paysans libres : le résultat de cette défaite fut que l 'union se vit encore dissoute.
Le lils de Jean est le fameux Christian II. Elevé au milieu d’une famille bourgeoise, il prit en pitié la situation déplorable des classes inférieures, et pendant son règne (1513-1523) il mit un zèle infatigable à l’établissement d’une foule de réformes qu’il voulait introduire partout. D’un caractère opiniâtre, colère, il apercevait bien vite les défauts de ses adversaires, mais bien lentement et bien rarement les siens; rencontrant au sujet de ses plans de réforme une opposition inflexible et souvent aveugle, il arriva à ne plus respecter ses anciennes promesses et à rechercher le pouvoir absolu, comme le faisaient à cette époque les rois ses contemporains, François 1er, Henri VIII et Charles-Quint.
Il succéda à son père sur le trône de Danemark et de Norwége ; il était roi de Suède par droit de succession, mais les Suédois ne voulurent point le reconnaître malgré la parole qu’ils avaient donnée de se soumettre à lui. Après quelques années de guerre, il réussit à les vaincre entièrement et à se faire couronner roi de Suède. Mais pendant les fêtes du couronnement, il fit saisir et massacrer une foule de prêtres et de nobles — * Massacre de S tokholm (1520) — parmi lesquels se trouvaient aussi bien ceux qui l’avaient aidé à monter sur le trône que ceux qui avaient violé les engagements jurés au roi Jean et à lui-même. Il pensait qu’on ne saurait plus trouver un chef pour une nouvelle révolte, et en réalité il ne fit que préparer la voie à Gustave Wasa qui, la même année, souleva les Dalécarliens.
Dans les lois qu’il rédigea, Christian II nous apparaît sous un tout autre aspect que dans ses actes ; on y trouve bien quelques traces de cette volonté despotique qu’il croyait devoir faire le bien du pays ; mais on y voit aussi à un très-haut degré le soin sage et perspicace qu’il prenait des intérêts moraux et matériels de son peuple, et son amour pour la justice, le progrès et le développement du Danemark.
Sous beaucoup de rapports il était plus éclairé que les hommes de son temps. Ainsi il défendit de brûler les sorciers ; on devait simplement les fouetter et les chasser de la ville ; la même punition était infligée à ceux qui les consultaient, malgré les ordres contraires. Dans les campagnes il rétablit des écoles ; on devait y enseigner aux enfants la religion, la lecture et l’écriture. Il délivra le commerce et l’industrie du joug allemand et de l’influence pernicieuse du clergé et de la noblesse. Il régularisa le tarif des douanes et des taxes, et institua la Poste. Les vaisseaux périssaient fréquemment sur les côtes du Jutland : il s’intéressa beaucoup au sort des naufragés. Mais il s’occupa surtout du sort des paysans : il restreignit le servage et publia un édit qui abolissait la coutume barbare « de vendre les pauvres paysans comme du bétail ». D’une grande sévérité pour les seigneurs, il ne fit aucun cas du Rigsraad, et fit même condamner à mort, par un conseil de paysans, un noble qu’avait absous le Rigsraad, son vrai tribunal.
11 réduisit le luxe du clergé, lui défendit d'acheter
DE L’HISTOIRE DU DANEMARK des terres, et sembla se vouloir mettre à la tête de l’Église, commé le fit quelques années plus tard Henri VIII d’Angleterre; de plus, il favorisa la réforme que Luther commençait à prêcher en Allemagne.
Indignés, émus, craignant tout, prêtres et nobles se levèrent contre lui, tandis que la Suède tout entière se ralliait à Gustave Wasa. Les villes hanséatiques qui prétendaient maintenir leur influence commerciale, déclarèrent la guerre à Christian ; et son oncle paternel Frédéric accepta la couronne de Danemark qu’on lui offrait.
Le roi détrôné s’enfuit auprès de son beau-frère Charles-Quint. Quelque temps après, il essaya de reprendre le pouvoir, mais il fut fait prisonnier et sa captivité dura jusqu’à sa mort, qui n’arriva que vingtsept ans après.
On brûla les statuts qu’il avait rédigés, on les disait contraires aux anciennes coutumes et aux mœurs du pays. Ces institutions nouvelles n’avaient pas eu le temps de s’affermir ; elles paraissaient exagérées ; l’ancien régime se révolta contre le nouveau et elles furent détruites ; ce n’est qu’après plusieurs siècles qu’elles purent s’établir et régner à leur tour. La chute de la noblesse et l’établissement du pouvoir royal absolu n’eurent lieu qu’en 1660. On brûla les sorcières jusqu’à la fin du dix-septième siècle, comme en France. Les paysans ne furent émancipés qu’en 1788, et l’enseignement ne devint populaire qu’en 1814.’
Frédéric I01' et Gustave Wasa furent élus rois la même année (1523), l’un de Danemark' et de Norwége, l’autre de Suède. Ce fut la dernière dissolution de l’union de Calmar. Cette union n’avait pas réalisé le plan de Marguerite : la fusion des Suédois et des Danois ; elle eut, il est vrai, pour résultat de fortifier en ces deux peuples le senliment national, mais elle contribua aussi à développer cette haine invétérée qui fit que, pendant plusieurs siècles, ils servirent de jouet aux intrigues étrangères et perdirent leurs forces dans des guerres sanglantes et inutiles. La Norwége resta unie au Danemark jusqu’en 1814, époque où elle en fut détachée par la violence étrangère ; du reste elle était faible quand elle entra dans YUnion, et, pendant la période qui s’étend de 1397 à 1660, on peut la considérer comme une province vassale dont le gouvernement était entre les mains de la noblesse danoise.
Après la chute de Christian II, la puissance de la noblesse, qui avait été si fortement ébranlée, ne sembla que mieux affermie. Elle s’appuyait sur la richesse, les privilèges, la possession de l’administration et de la plus grande partie des revenus de l’État. Les grandes propriétés de l’Église appartenaient aux nobles et il fut décrété que les nobles seuls pourraient être investis des grandes dignités sacerdotales.
Durant YUnion, les rois étant obligés d’être tantôt dans un pays, tantôt dans un autre, laissèrent forcément la direction des affaires au Rigsraad qui repré-
sentait la noblesse et le clergé supérieur ; l’autorité de ce tribunal s’augmenta donc de plus en plus. C’est à lui que furent confiées l’élection du roi et la rédaction des capitulations ; tout acte important dépendait de son consentement; il s’institua juge des différends entre le roi et la noblesse, et dans les capitulations de Jean, de Christian II et de Frédéric Ier, il donna
aux sujets le droit d’insurrection si les rois violaient leurs serments. Les assemblées générales n’avaient lieu que très-rarement.
Cependant la bourgeoisie avait pu acquérir une certaine importance, surtout celle de Copenhague. Cette ville était devenue la capitale depuis le milieu du quinzième siècle, et ses habitants s’étaient trèsattachés à Christian qui les avait fortement protégés contre les classes privilégiées..
Le sort des paysans était devenu très-dur; autrefois les biens des nobles consistaient en fermes nombreuses mais dispersées; pendant l’Union , on les avait rassemblées en grandes propriétés cultivées par la corvée des paysans, et situées autour d’un domaine principal. A force de privilèges, le seigneur était devenu roi dans son fief. Lorsqu’on eut aboli les lois de Christian II, le servage fut complètement rétabli dans les îles. Il y avait certainement dans ces îles, et encore plus en Jutland,un grand nombre de propriétaires fonciers, mais les seigneurs les opprimaient et ils payaient plus d’impôts que les fermiers.
Pour subvenir aux frais de ses guerres, Christian
avait accablé les paysans de lourds impôts ; ils ne s’émurent donc pas en sa faveur quand il fut détrôné ; ils espéraient voir les charges abolies : l’événement ne tarda pas à montrer leur erreur. A. ce propos, la chanson de l’épervier exprime la douleur du peuple : elle raconte comment le vieil aigle protégea les petits oiseaux et frappa l’épervier orgueilleux et cruel, et comment l’armée des éperviers chassa l’aigle de son royaume :
« L’épervier se tient au sommet du chêne, il étend ses ailes.
« Tous les petits oiseaux du bois souffrent ; tous les petits oiseaux sont silencieux ; ils tremblent ; ils ont perdu leur belle voix ; ce n’est que Dieu qui pourra la leur rendre.
« Que Dieu soit . avec le pauvre aigle qui vole sur la lande inculte, et ne peut trouver un abri pour bâtir son nid. »
Sous Frédéric Ier, la réforme se propagea rapidement en Danemark ; le clergé se montra sans force ; il ne se trouva aucun homme de talent pour défendre le catholicisme, et le peuple s’abandonnait au courant. La doctrine nouvelle pénétra donc sans grand obstacle et sans avoir besoin de sang répandu ; mais elle fut le principe d’une grande révolution dans les idées sociales, plus encore peut-être que dans les idées religieuses.