Hygiène des automobiles
Nous avons signalé au début de cette étude que, dès 1917, le Professeur TANON avait attiré l’attention sur des accidents survenus dans des ambulances sanitaires servant au transport des blessés.
En 1932, dans une communication à l’Académie de Médecine (Bulletin de l'Académie de Médecine, t. VIIL 1932, p. 1624), le même auteur, en collaboration avec MM. CazENEUVE et NEVEU, rend compte d'accidents, qu’il rattache à une intoxication bulbaire, observés chez un certain nombre de conducteurs de taxis parisiens et d’autocars au cours des examens médicaux effectués à la Préfecture de Police. Il signale la fréquence des inégalités pupillaires légères, sans aucun trouble des réflexes, sans aucune lésion organique apparente, et avec une réaction de Bordet-Wassermann négative, éliminant ainsi l'hypothèse d’une syphilis ancienne méconnue ou cachée. La proportion des chauffeurs chez lesquels cette particularité a été observée est de 400 pour 4.000 examens, soit 10 %, et se produirait dès un séjour de quelques heures dans une conduite intérieure fermée. Dans trois cas, lintoxication plus marquée aurait été cause d’acci-
dents et les conducteurs, revenus à l’air libre, présen-
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taient encore des étourdissements et une démarche titubante : les voitures qui étaient restées fermées pendant la marche, examinées, présentaient un plancher disjoint où filtraient les gaz d'échappement.
Ces faits nous ont paru dignes d’être rapportés. Il nous paraît cependant qu’il eut été intéressant, puisque aussi bien une ponction veineuse a souvent été effectuée en vue d’une réaction de Bordet-Wassermann, de compléter ces constatations par une recherche de loxyde de carbone dans le sang à l’aide de l’hémospectromètre de BaLTHazar et un dosage de l’aicoo! par le procédé de Nicioux, la possibilité d’une étiologie alcoolique pouvant être discutée, malgré les déclarations — peut-être un peu intéressées -- des chauffeurs, déclarant «ne pas avoir bu».
Quoi qu'il en soit, ces observations sont susceptibles d’être rapprochées de celles faites sur des aviateurs dans des appareils à carlingue réduite : chasse ou petits avions de tourisme.
La question de lhygiène des automobiles préoccupe dailleurs les pouvoirs publics et en novembre 1934, sur la demande de M. ROUILLERAT, Inspecteur général adjoint, Chef des Services techniques des Transports en Commun à la Préfecture de la Seine, nous avons effectué la recherche de l’oxyde de carbone dans des échantillons d'air prélevés dans divers types d’autobus.
Voici un relevé de nos cahiers d’analyses :
LP
Autobus AG N° 4525 Oxyde de carbone 1/25.000 — EX N° 6087 — Absence — CF-9 No 2782 — 1/30.000 — ligne 4 No 2795 nes 1/35.000 — Q AF N° 6055 8 1/85.000
AG : Place Palais-Royal, 8 h. 45, complet.
EX : Porte de Versailles-Vanves, 13 h. 30, 21 voyageurs.
CF/9 : Porte de la Chapelle-Jardin des Plantes, 17 h. 30, complet, temps couvert. Prélèvement sur la plateforme centrale, Bd Sébastopol, entre rue de Rivoli et Grands Boulevards.
Ligne 4 : Montreuil, Bastille, Louvre, 11 h. 45. Complet, temps très couvert. Prélèvement plateforme centrale, rue du Fg Saint-Antoine, de la place de la Bastille à l'hôpital Saint-Antoine.
Ligne Q/AF : Gare Montparrasse-Porte de Vanves, 13 h. 45 24 voyageurs, beau temps. Prélèvement plate-forme arrière à partir de la Porte de Vanves, rue de l’Ouest, Av. du Maine et rue du Départ jusqu’à la gare Montparnasse.
Signalons encore qu’en 1926 (Annales des Services techniques d'hygiène de la Ville de Paris, t. VII, 1925, p. 49) le D' CAMBIER avait été chargé de procéder à des expériences sur ia route, durant le concours franco-belge des Camions à Gazogènes, en vue de rechercher si, dans certaines circonstances, de Foxyde de carbone n’était pas susceptible de s’introduire à dose toxique à l’intérieur des voitures, les organisateurs du concours se préoccupant de savoir si, à ce point de vue, les voitures munies de gazogènes ne seraient pas plus dangereuses encore, en raison de la haute teneur en oxyde de carbone du combustible gazeux utilisé.
Exceptionnellement seulement, des doses quelque peu notables d'oxyde de carbone (1/25.000) ont été
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trouvées à l’intérieur des voitures roulant en palier ou durant les montées. Ce n’est qu’au cours de longues descentes, alors que les gaz d'échappement sont mal brûlés et qu’il se produit une sorte d’aspiration à l’arrière de la voiture, que des teneurs légèrement supérieures à 1/10.000 ont été observées.
Les proportions notables (1/3.000 à 1/7.000) ont été atteintes à l’arrêt, non seulement par suite de la richesse plus grande en oxyde de carbone présentée par les gaz d'échappement, le moteur tournant au ralenti, mais surtout grâce au gaz se dégageant directement des gazogènes ; l’arrêt étant souvent mis à profit pour procéder au rechargement de ceux-ci, dégagement auquel d’ailleurs un dispositif simple permettrait de remédier, de sorte que les voitures à gazogènes ne présenteraient pas un danger supérieur à celui des
voitures munies de moteurs à essence.