DEUXIÈME PARTIE
La question des «gaz de combat», des «gaz asphyxiants», dont l’utilisation pendant la guerre 1914-1918 a causé de terribles ravages, préoccupe à juste titre les pouvoirs publics et la population ellemême. Plus que jamais ce grave problème étant à l'ordre du jour, nous avons cru nécessaire, à la fin de cette étude, d'envisager le danger oxycarboné en
temps de guerre.
19 L’oxyde de carbone peut-il être utilisé comme moyen de lutte en temps de guerre ?
Les caractères mêmes de l’oxyde de carbone, son insidiosité, son action brutale à dose massive, semblent militer en faveur de son emploi comme gaz de combat. Mais on s’est toujours heurté aux nombreuses difficultés techniques que rencontrent son émission et
sa concentration suffisante en un point donné. Sans
doute peut-on concevoir la possibilité de construire toute une canalisation susceptible de déverser brusquement un volume énorme d’oxyde de carbone, à l'instar de ce qui fut accompli au printemps de 1915 par les Allemands contre les troupes canadiennes dans la région de l’Yser avec le gaz chlore. Mais outre les difficultés matérielles à surmonter, l'emploi ne pourrait en être que localisé et par ailleurs le but poursuivi est-il largement atteint par de nombreuses substances, suffocantes, vésicantes, irritantes, toxiques généraux, qui ont fait la preuve de leur terrible efficacité et dont l’arsenal des belligérants est richement doté, sans compter celles que la chimie de guerre se préoccupe de créer.
Aussi, bien que nous ignorons les possibilités futures que l’ingéniosité humaïne est capable de réaliser, l’oxyde de carbone ne semble pas susceptible d’être utilisé sur une vaste échelle et actuellement, tout au moins, les armées belligérantes ne sont pas en mesure d’y avoir recours.
20 Les causes de production d'oxyde de carbone pendant la guerre.
Mais est-ce à dire que nous puissions nous désintéresser du danger oxycarboné ct négliger de nous prémunir contre son action nocive ? Il n’en est malheureusement pas ainsi et nombreuses en furent les vic-
times dans le passé puisque aussi bien les sources
doxyde de carbone sont multiples au cours des combats. Tous les explosifs, en effet, poudre noire ou sans fumée, dynamite, explosifs nitrés surtout, donnent en déflagrant des quantités énormes d’oxyde de carbone ; c’est ainsi que la tolite (trinitrotoluène) l'un des plus utilisés, produit 600 litres d'oxyde de carbone par kilogramme d’explosif !
Constamment le combattant est exposé à son action nocive : dans un abri, dans une casemate, une mitrailleuse tirant à la cadence de 200 coups, dégage 60 litres d’oxyde de carbone par les orifices autres que le canon, situés par conséquent à l’intérieur de l’espace clos.
Un projectile de 150 contient une dizaine de kilogrammes d’explosif dégageant par suite 6 mc. d'oxyde de carbone. On conçoit le danger présenté par le cratère qui vient d’être formé par l'explosion d’un obus au moment où les combattants se précipitent pour l’occuper. Les occupants des tanks de combat, de tourelles blindées, d'avions de chasse à carlingue réduite, sont aussi particulièrement menacés.
En outre, le gaz produit par l’explosion d’une mine, d’un obus de gros calibre, peut diffuser très loin à travers le sol disloqué et fissuré par suite de l’ébranlement provoqué par la détonation de l’explosif et venir asphyxier les occupants d’une sape, d’un abri : on connaît, au cours de la guerre 1914-1918, le cas d’un poste de commandement allemand où tous les
occupants furent surpris en pleine quiétude et chez
lesquels la mort survint de façon quasi-instantanée.. les immobilisant dans la position même qu’ils occupaient : l’un d’eux fut retrouvé tenant encore en main la pièce qu’il se proposait de déplacer sur un échiquier.
La guerre de « sapes » fit aussi de nombreuses victimes parmi les belligérants, au moment de l’explosion, mais encore parmi les combattants occupés à creuser les galeries souterraines, crevant brusquement d’un coup de pioche une poche où s'étaient accumulés les gaz, particulièrement riches en oxyde de carbone, provenant de la déflagration antérieure d’une charge insuffisante d’explosif, et nous nous rappelons personnellement nos trop nombreux camarades tombés dans le secteur d'Ecurte-Roclincourt, au nord d'Arras, que nous occupions au printemps 1915 et où la guerre de sapes était particulièrement en bonneur ; la mort les surprenait brutalement, sans. blessures, avec une allure de mystère angoissant contre lequel nous étions impuissants.
Mais la population civile n’est pas davantage à Pabri contre lattaque sournoise de l’oxyvde de carbone, puisque aussi bien, avons-nous vu, l'explosion de gros projectiles s’accompagne d’une quantité impressionnante de ce gaz.
Aussi s’est-on efforcé de prémunir ceux qui sont particulièrement menacés contre l’action nocive de-
l’oxyde de carbone.
30 Moyens de protection.
Pour nombreuses que se poursuivent les recherches, assez décevants, il faut bien le dire, sont encore les
résultats.