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paradis, de la veuve, du tyran à ventre jaune; la grosseur du bec du calao et du toucan, ainsi que la singulière conformation du bec du flamant et celle du bec-en-ciseaux, ne laissentils de place qu’à l’admiration, et n'est-il pas possible de décider que les rapaces et les passereaux ont été plus généreusement traités?
Si des oiseaux nous passons aux reptiles, que penser de l'orvet fragile comme le verre, du tridactyle, de l’amphiuma, du chalcide, du chirote et de la sirène, avec leurs pattes rudimentaires? La disproportion des mandibules dans le machæra, la situation des yeux de l’uranoscope, la forme bizarre du corps, des raies, sont-elles un bien, et soutiendra-t-on que la carpe, l’esturgeon, le brochet ou le saumon n’ont pas été placés dans
‘des conditions meilleures? I1 y a plus, le rapprochement'des
sexes qui régit la durée de l'espèce, ne présente-t-il pas des difficultés évidentes? La direction du pénis, les papilles dont il est parfois couvert, la férocité des femelles dans les arachnides, la consistance solide du pollen dansles orchidées, tout cela est-il avantageux? Sans doute, ces défauts d'harmonie ne sont pas des obstacles insurmontables, puisque nous voyons se reprodüire les êtres chez lesquels on les observe ; cependant ils permettent de croire que certaines espèces encore plus mal dotées ont dû cesser de vivre, incapables de résister aux causes de destruction qui étaient en elles ou autour d’elles, et nous
5 en avons trouvé dans le dronte un exemple presque contem-
porain.
L'homme lui-même, avec sa peau nue, exposé aux injures de l'air, privé d'armes naturelles, ne sachant ni courir, ni nager, ni grimper, n’a-t-il rien à désirer?
Cette inégale répartition des avantages physiques capables d’assurer le maintien de l’espèce dispose à penser que la nature, alors qu’elle exerçait sa puissance créatrice dans toute sa plénitude, a jeté à profusion sur le sol et dans les eaux des productions étranges qui n’étaient pas dans des conditions suffisamment favorables pour se perpétuer, celles-ci désarmées en présence d’ennemis redoutables, celles-là gigantesques et voraces, condamnées à périr d’inanition: Peu à peu ces . monstres ont disparu; ce qui pouvait durer a vécu et vit en-
ua. ÉD ous,
core. Une sorte d'épuration s’est opérée, et c’est là ce qui ex. ! plique comment on voit certaines espèces d'animaux n'avoir juste dans leur organisation que ce qu’il faut pour résister aux causes défavorables qui sont en elles; elles vivent, mais lewr existence est précaire et constamment menacée.
Des compensations, qui pourtant ne donnent pas à tous les 4 êtres une complète égalité dans les avantages, ont été accor- &. dées. Ainsi, plus les cornes sont volumineuses, plus aussi elles ont de légèreté. Pourtant, si la nature a diminué l’inconvé. © nient du poids, elle a laissé le volume toujours gênant. La M queue du kanguroo, grosse et roide, permet à l’animal de res. ter indéfiniment accroupi; elle lui sert dans le saut, et, comme les bonds se succèdent avec une extrême rapidité, ils équivalent à la course la plus accélérée. Mais cet animal n’en # est pas moins hétéroclite ou anomal; la disproportion des “ membres antérieurs et postérieurs est disharmonique et en " dehors du plan du squelette : c’est une monstruosité. Quoique le bec énorme du calao rhinocéros et celui des toucans soient $ creusés de larges sinus destinés à en diminuer le poids, ils M n’en sont pas moins un embarras pour ces oiseaux, obligés de renverser la tête sur le dos pour trouver le sommeil. La marche et le vol, si faciles d'ordinaire, en sont entravés. Les oiseaux des tropiques, chargés de plumes trop abondantes, laissent aux vents une si large prise, qu’ils ne peuvent diriger leurs mouvements; jetés contre les arbres et contre les rochers, ils sont écrasés par le choc. Le caméléon, le plus lent « peut-être, dans ses mouvements, de tous les vertébrés, lance avec la rapidité d’un projectile sa langue gluante sur les insectes qui sont à sa portée. Cet avantage ne le met pas à l'abri de diètes prolongées qui le feraient mourir si les besoins de son estomac étaient plus impérieux.
Au reste, ces imperfections sont si peu de chose pour qui étend ses observations à l’ensemble des choses créées, qu’elles peuvent être comptées pour rien : elles se bornent à de simples arrêts de développement et à l’hypertrophie des productions épidermoïdes qui couvrent le corps de la plupart des animaux. Nous les avons signalées pour constater que l’impulsion créatrice a pu dépasser le but, ou bien ne pas l’atteindre
DR PONNNIRS