‹ Le darwinismeChapitre 16 sur 28 · I PE · texte numérisé non relu

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aucun ne ressemble absolument aux autres; les générations, en se succédant, reproduisent les mêmes nuances individuelles, et la physionomie nationale se conserve sans rien perdre du caractère qui la distingue.

Mais il arrive, quoique bien rarement, que le type spécifique produit des individus qui s’en écartent d’une manière plus considérable, et qui peuvent continuer par des générations successives les modifications qu’ils ont reçues. On a alors, non plus la variété individuelle, mais la variété spécifique ou la race. Lorsque le changement s'opère chez les plantes, il peut s’expliquer par le terrain qui s’est modifié, par le climat qui a changé, par l’air qui n’est plus dans les mêmes conditions hygrométriques ; s’il a lieu chez les animaux, il a pour causes, entre autres, une perturbation dans les habitudes de la vie, un éloignement volontaire des lieux où l’espèce s’était cantonnée de temps immémorial, un changement forcé dans le régime habituel, etc. L’hybridité a pu même jouer un rôle et créer des métis indéfiniment féconds, et cependant, même alors, comme cette déviation aux lois générales n’a lieu qu'entre des espèces très-voisines, les produits qui en résultent font toujours reconnaître le type producteur originel.

Il est parmi les plantes et les animaux des espèces plus modifiables les unes que les autres. Les genres Cenomyce, Hieracium, Viola, Rubus, Rosa, parmi les végétaux; les genres Chien et Pigeon parmi les animaux, en fournissent des preuves éclatantes, et nous pourrions en indiquer d’autres. Il est bien difficile de croire à la validité de deux mille espèces de mouches, à celle de trente ou quarante mille espèces de coléoptères, aux quinze ou dix-huit cents espèces d’agarics. Les faunes et les flores décrivent bien plus de formes qu’il n’y a de véritables types spécifiques ; il fallait pourtant en tenir compte, autrement {out aurait été dans la confusion : d’ailleurs, une fois les races établies, comment les rattacher avec certitude à la souche originelle ?

Ces variations auxquelles nous croyons, quoique d’une manière très-limitée, ne sont pas le résultat de ce que l’on veut entendre par la sélection.

Nous pourrions ne pas trouver ce mot d’une parfaite justesse

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lorsqu'on l’attribue à la nature. L'homme choisit et procède : véritablement par sélection; c’est un art, et il a su le créer. Mais comment pourrait-on dire que la nature fait des choix, tandis qu’elle est soumise à des lois qu’elle exécute aveuglément? Il faut discerner pour choisir, et elle ne discerne rien, D'ailleurs, si la chose était possible, on ne voit pas qu’elle le fasse. Les modifications de l’espèce ne tendent pas à améliorer et à diriger les êtres vivants dans des voies de perfectionnement. Il est des races faibles et des races fortes, les unes qui semblent déchoir, et les autres qui semblent s'élever. C’est ce double effet qui maintient l'espèce. D'ailleurs, que peut-on comprendre par le mot perfectionnement en dehors de l’humanité? Que pourraient gagner les plantes en se transformant, elles dont les formes sont si variées et si élégantes? Et les animaux qui se reproduisent et se perpétuent, ne donnent-ils pas la preuve que, si tout en eux n’est pas parfait, dans le sens ab- solu du mot, tout du moins l’est assez pour les faire vivre?

Nous venons d'indiquer quelques genres polymorphiques ; mais combien n’en existe-t-il pas d’immuables? Si tous étaient mobiles dans leurs formes, l'harmonie serait détruite, et dans ce pêle-mêle tout serait méconnaissable, et cependant les types ainsi modifiés ne seraient pas changés : les Cenomyce seraient toujours des lichens dendroïdes, les Hieracium des chicoracées, les Viola des violariées, les pigeons des espèces du genre Columba, etc. La natyye maintient, telle est la loi qui subordonne ses productions.

Le système qui soutient la mutabilité des espèces, et qui fait dériver les types d’une souche commune, répond aux objections en alléguant l’action du temps. Qui peut savoir, dit-on, l'étendue des changements que doivent déterminer, non pas cinq siècles, mais cent, mais mille et plus encore ? Il est certain que nul ne le saurait dire. Si l’action du temps est telle, il faudrait le prouver. Lorsqu'on défend l’immutabilité de l’espèce, encore a-t-on quelques faits à invoquer. Ce que les siècles auraient produit ne serait pas un simple changement de forme, de taille ou de durée, il s'agirait d’une véritable métamorphose, puisque trois ou quatre types pour chacun des règnes auraient suffi pour enfanter tous les autres. Si l’on accor-

règnes paraissent absolument identiques,

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dait cela, il faudrait admettre que ces changements, avant de devenir complets, ont été progressifs, et que, pour constater cette évolution, il pourrait suffire d’un nombre assez restreint de siècles; or, il n’en est rien. Les momies d'hommes, de chats, d'oiseaux, qui datent de plus de vingt siècles, n’offrent aucune différence avec les hommes et les animaux d’à présent, et il n’en est pas autrement des animaux et des plantes représentés sur les monuments ninivites ou hindous. L’olivier, le safran, le nard, les céréales, le figuier, le sycomore, l’amandier, le grenadier, et tant d’autres plantes mentionnées dans les écrits bibliques, se trouvent encore en Palestine sans qu’elles aient subi le moindre changement. Les flores et les faunes peuvent perdre ou gagner en nombre d'espèces; mais celles qui persistent dans un pays y conservent leurs caractères d’une manière durable.

$ 2. — Unité de type.

La nature organique, malgré la prodigieuse variété des formes actuelles, dériverait, ainsi le voudrait le darwinisme, de la métamorphose lente et successive d’un type peut-être unique. Quel pourrait être ce prototype? La cellule?.… Certes, ce serait aller bien loin. Quoiqu'il existe des organismes unicellulaires parmi les algues, et que beaucoup d’infusoires semblent être dans ce cas, on peut dire que le caractère de la cellule est d’en créer d’autres et de donner à ces agglomérations des propriétés qu’elle ne pourrait avoir étant isolée. Examinées soigneusement à la vue simple ou même avec les instruments amplifiants les plus puissants, les cellules des deux

k cependant on ne peut supposer qu’il en soit ainsi. Il suffit, pour constater leur individualité, de savoir que, par leur réunion, elles acquièrent des propriétés différentes. Si nous ne pouvons toujours nous en convaincre par les sens, au moins pouvons-nous avec certitude nous aider du raisonnement pour en décider.

Les cellules, par leur association, forment des membranes, et chacune a sa manière de vivre et ses propriétés distinctes ;

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elles donnent au muscle la contractilité, à la fibre la résistance, au nerf la sensibilité; la plante leur doit l’élasticité, la souplesse, l’excitabilité. L’embryon animal et l'embryon végétal, auxquels la nature a commis le pouvoir de reproduire l'espèce, ont pour principe initial la cellule. Il n’en est pas autrement du pollen, de l’anthère dans laquelle il se constitue, du stigmate sur lequel il agit. L’œuf des plus grands animaux, de même que celui des plus petits, l’ovule du chêne, aussi bien que l’ovule de la plus modeste graminée, ont la cellule pour origine première.

Le développement, ou, si l’on veut, la germination d’une cellule peut-elle donner lieu à des organismes différents, suivant la nature des milieux où s’opère son évolution? C’est là ce que nous n’osons décider. Si l’on se prononce pour l’affirmative, il serait possible de comprendre comment cette molécule vivante aurait pu se prêter à la vie terrestre et à la vie aquatique. Nous reviendrons sur ce sujet, qui n’admet que des hypothèses pour explication; mais tel est l'intérêt qui s’y attache, que les hypothèses même sont permises.

Lorsque nous jetons nos regards sur un être organisé, nous ne voyons qu’une association savamment ordonnée de tissu cellulaire, modifié à l'infini. Plus il est extérieur, moins les modifications sont profondes; dans les parties intérieures des plantes et des animaux, il est presque méconnaissable.

Non-seulement la cellule paraît douée de propriétés différentes, suivant la nature des organes qu’elle concourt à former et suivant le rôle qu’ils doivent remplir, mais, en outre, chaque espèce a les siennes, qui ne sont pas identiques avec celles de l'espèce la plus voisine. C’est là ce qui rend compte de limpossibilité de la transfusion du sang entre espèces différentes. La composition chimique, variable au moins dans la quantité des principes constituants, ferait seule obstacle, si les globules, qui ne sont autre chose que des cellules, ayant une forme et un calibre déterminés, n’intervenaient pour la rendre * impraticable ; il n’en est pas autrement de l’action des granules du pollen sur le stigmate : et voilà ce qui explique combien sont rares les hybrides, et, en raison d’obstacles d’une autre nature, la rareté non moins grande des mulets, ainsi

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que l'impossibilité où ils se trouvent de transmettre la faculté reproductrice.

Ainsi donc il pourrait y avoir autant de cellules différentes qu'il y à d'organismes, tout être vivant conservant sa spécificité jusque dans l'intimité de ses organes élémentaires. La manière dont les cellules se combinent donne la forme et la manière de vivre; elles constituent par leur association — d'où résultent des propriétés différentes — ces merveilleux appareils qui donnent la vue, l'audition, l’olfaction, la gustation, la sensibilité, en un mot, tout ce qui permet à la plante et à l'animal d'accomplir leurs destinées.

Si l’on voulait, acceptant la théorie de M. Darwin dans toute sa rigueur, croire que la nature organique tire son origine d'un seul type, il faudrait désigner la cellule. Mais s’il est vrai que toutes celles qui forment la masse des êtres vivants sont représentées par autant d’espèces qu’il y a d'organisations distinctes, il s’ensuivrait qu’il ne faudrait pas une seule cellule mère, mais autant de cellules qu’il y aurait d’espèces de plantes et d'animaux. Or, il serait aussi difficile de comprendre cette immensité de cellules différentes comme origine de la nature vivante qu’il l’est aujourd’hui de s’expliquer l’apparition sur la terre des organismes aussi nombreux que variés qui la peuplent, et qu’on suppose avoir été formés de toutes pièces. Le miracle est exactement le même, et l’on rentre à pleines voiles dans la Genèse.

Ces cellules, en se comportant comme éléments de formation des êtres, auraient été de véritables ovules qui se seraient développés, les uns sans enveloppes séminales, les autres sans utérus. Mais d’où aurait pu provenir la fécondité dont elles eussent été douées? quel pouvoir mystérieux aurait agi sur elles? Voilà ce que personne ne saurait dire ni faire comprendre.

L’hétérogénie ne cherche pas à prouver que rien produit quelque chose, mais que la matière organique, ou en d’autres termes les cellules ayant appartenu à des organismes d’un ordre supérieur, frappées de mort, jouissent d’une vie particu-

lière qui leur permet de se comporter comme des germes et

de produire ainsi de nouvelles formes organiques. Libre à qui

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