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II. — De la vie nocturne chez les animaux

Les animaux soumis aux habitudes nocturnes se font reconpaitre à certaines particularités organiques qui en expliquent la nécessité Melle est, entre autres, l'impossibilité de supporter la lumière. L’œil a donc été modifié; mais il est pour eux des compensalions sans lesquelles ils n’auraient pu se perpétuer. C’est ce que nous allons faire voir en passant en revue les divers embranchements du règne animal et leurs subdivisions, dans lesquels se trouvent des animaux nocturnes.

Îl existe des singes nocturnes qui dorment le jour et veillent la nuit. Cette circonstance explique comment il se fait que les habitudes des nyctipithèques et des nycticèbes soient si peu connues. Ce ne sont pas des singes anthropomorphes, qui tous, comme l’homme, sont diurnes, mais de simples quadrumanes, ordre qu’il est permis de regarder comme peu

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naturel, tant leurs formes sont variées et différentes des nôtres. Chez les singes nocturnes, la conformation des yeux varie, et la pupille n’est pas toujours linéaire; mais, quelle qu’elle soit, l'œil ne peut supporter la lumière. Les chirogales et les loris sont dans ce cas. Les singes diurnes, comme certains oiseaux, semblent redoubler d’activité le soir, et ils saluent le coucher du soleil par une pétulance plus grande et des cris plus perçants.

Les chiroptères, sauf très-peu d’exceptions, sont nocturnes; aucun de ceux de l’ancien continent n’est diurne. Ils volent très-vite, et, pour compenser le peu d’ampleur des poumons, ils ont des ailes membraneuses bien plus étendues que celles des oiseaux, dont les poumons pénètrent jusque dans les os. Les chiroptères fendent l’air sans qu’on puisse les entendre, et, protégés par la rapidité de leur vol, ils chassent aux insectes avec autant d’impunité que de profit. Ces singuliers animaux, isolés de tous les autres par l’organisation et par les habitudes, ont cependant eñ commun avec les singes des mamelles pectorales. Farmi les mammifères nocturnes insectivores, se trouve le fourmilier tamanoir. Le loup, les blaireaux, les martres, le renard, les fouines, les belettes, les rats, ne sont nocturnes que par nécessité ; ils redoutent l’homme et ne se montrent que la nuit. Les véritables carnassiers nocturnes se trouvent parmi les digitigrades à pupille très-étroite et très-contractile. Le yagouaroundi, le jaguar, l’hyène, le tigre, le lion, en un mot tous les chats, sont dans ce cas.

La domesticité a modifié les habitudes de notre chat domestique : diurne par éducation, il est nocturne par organisation. La nuit, il se livre à la chasse et révèle par ses cris formidables l’ardeur de ses amours; le jour, il est dormeur.

Les amphibies sont diurnes, ainsi que les cétacés, les ruminants, les pachydermes à trompe et les chevaux. Ainsi, quoique d’une manière inégale, les mammifères se partagent en diurnes et en nocturnes, avec des traits mé seer se et des

* habitudes différentes.

La vie nocturne s'accompagne d’une marche rapide et légère chez les mammifères, d'un vol silencieux chez les oiseaux, et chez les uns et les autres d’un œil dont la pupille,

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facilement dilatable, puisse rassembler les moindres rayons Jumineux. C’est là ce qui fait différer les yeux nocturnes des yeux diurnes ; il faut très-peu de lumière aux uns et beaucoup de lumière aux autres, mais elle est nécessaire dans les deux catégories. Si l’obscurité était absolue, les yeux, quelle que fût leur conformation, ne sauraient rien voir.

Ce qui vient d’être dit des mammifères, relativement à leur manière de vivre, s'étend aux oiseaux : il en existe aussi de diurnes, de crépusculaires et de nocturnes. Les nocturnes sont presque exclusivement des rapaces. Dans la saison des amours,

lusieurs oiseaux chantent près de leur couvée sans être pour cela véritablement nocturnes. C’est pour chasser que les rapaces ont été modifiés dans leurs plumes, qui sont duveteuses, molles et très-amples, et dans leurs yeux, qui sont énormes et doués d'une pupille presque linéaire à l’état de contraction : on croirait voir un œil de chat enchâssé dans une tête d’oiseau. Ils volent en silence, et leur vue perce à travers le feuil- Jage. Quand ils rasent la terre, malgré la rapidité de leur vol, aucune proie ne leur échappe. L'apparition de ces tristes oiseaux est si inopinée, qu’elle glace d’effroi ceux devant lesquels ils apparaissent à l’improviste. Les hiboux, les chouettes, les chats-huants, ne vivent que la nuit, et la lumière les importune. 3

Les reptiles sont tous diurnes quant à l’organisation ; en général ils ont besoin de la lumière solaire pour jouir de toute leur activité. Les serpents chassent aux nids et aux oiseaux pendant la nuit. Ils agissent ainsi pour avoir plus d’impunité, et n’appartiennent pas pour cela à la vie nocturne.

La vie des poissons, étant une chasse perpétuelle, n’a toute sa plénitude d’action que pendant le jour; cependant ils n’éprouvent pas tous un égal besoin de lumière. Les uns la cherchent à la surface de l’eau, les autres la fuient jusque dans les couches profondes; quelques-uns même se cachent dans la vase : tels sont les poissons serpentiformes. Il ne parait pas que ces tendances soient justifiées par des modifications organiques. Les grands nageurs sont les plus disposés à se mettre en rapport avec la lumière ; ceux qui nagent moins bien ou qui ne se déplacent que par reptation sont dans des conditions

opposées : les premiers sont véritablement aquatiques, les seconds se rapprochent davantage des animaux terrestres. Aussi en est-il quelques-uns qui ‘peuvent vivre dans les herbes humides pendant un temps assez long.

Beaucoup de mollusques ont des habitudes nocturnes sans présenter rien de particulier dans leur organisation. Ils sont donc tous diurnes; mais c’est la nuit surtout qu'ils se repaissent. Pour ces animaux apathiques, la nuit, du reste, et le jour diffèrent bien peu.

Les crustacés et les annélides ne donnent lieu à aucune considération qui se rapporte au sujet que nous traitons. Parmi les arachnides, le sarcopte de la gale est évidemment nocturne. Quant aux insectes, ils présentent, comme les mammifères et les oiseaux, tous les genres de vie.

Il en est donc de diurnes, de crépusculaires et de nocturnes, les uns à yeux lisses, les autres à yeux à facettes. Rien dans leur organisation ne semble trahir leurs habitudes, rien ne paraît les expliquer. Parmi les hémiptères nocturnes, se trouve la punaise domestique, à ailes rudimentaires. Beaucoup d’espèces de coléoptères ont une vie nocturne. Les orthoptères sont diurnes, ainsi que les névroptères et les hyménoptères. Parmi les lépidoptères, les papillons proprement dits sont diurnes; les phalènes, nocturnes; les sphinx, crépusculaires. Les cousins, qui font exception parmi les diptères, sont tout à la fois diurnes et nocturnes. Le reste du règne animal ne donne lieu à aucune remarque qui se rattache à notre sujet.

Et maintenant voici ce qu’il faut conclure de ce qui vient d’ètre dit. Les animaux et les plantes se partagent, par la manière dont agit sur eux la lumière, en deux grandes catégories : les diurnes et les nocturnes, les uns héliophiles, les autres héliophobes. Dans les premiers entrent de droit les crépusculaires, qui n’apparaissent ou ne fleurissent qu'après le coucher du soleil.

On peut facilement comprendre qu’un animal diurne puisse veiller la nuit et se mettre en chasse s’il a faim; mais on ne comprendra plus qu'un animal nocturne puisse devenir diurne, quelque besoin qu’il en eût, puisque son œil ne peut

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supporter la lumière. Tous les yeux s’accommodent de la nuit, sauf à voir peu, mais non du jour, quand l’organisation s’y oppose. Lorsqu'une faculté physiologique fait défaut et que l'organe du sens qui en donne la jouissance la refuse, cette lacune ne peut être comblée ni par la sélection naturelle ni par la sélection artificielle. Ce qui tient à l’essence même de la vie est immuable, ne craignons pas de le redire.

La nature vivante ne se repose jamais. Lorsque l’activité diurne cesse, l’activité nocturne commence. A peine le soleil a-t-il disparu sous l'horizon que les chiroptères, ces hirondelles de la nuit, prennent leur vol et chassent aux insectes. Peu après le cri des chouettes se fait entendre, et les mulots, ainsi que les petits oiseaux, ceux qui perchent bas, tombent sous le tranchant de leur bec. Les fouines, les belettes, les martres, s’approchent de nos poulaillers; les serpents glissent sur les herbes et s’élèvent sur les arbres pour s'emparer des couveuses et de leurs petits. Les gros coléoptères, les insectes suceurs, les mollusques avec ou sans coquilles, s’attaquent aux plantes et aux animaux. Cet immense repas ne s’interrompt que dans l'intérêt de la reproduction; c’est alors que les animaux s’accouplent et que les plantes se fécondent. Beaucoup de victimes ont péri; mais le jour vient qui répare les pertes de la nuit. Maintenir l’équilibre numérique des êtres vivants, garder à tous une place, quoiqu’elle soit toujours menacée, tel est le but de la nature. Sel

A peine l’aube a-t-elle jeté ses lueurs incertaines sur la 2rre que l’on voit disparaître les déprédateurs nocturnes. C’es' par des chants d’oiseaux, c’est-à-dire par des concerts, que prélude la vie diurne ; sans doute, les luttes recommenceron*, mais du moins il y aura plus de loyauté dans l'attaque et plus d’énergie dans la défense (1).

$ 3. — Sommeil.

Le sommeil est aussi nécessaire à la vie que l’alimentation ;

(4) Les animaux nocturnes, mammifères et oiseaux, courent bien moins de dangers que les diurnes; mais ils sont bien moins nombreux, et en général pullulent bien moins. ,

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