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les oiseaux, donne lieu à quelques remarques intéressantes.
Le premier acte du sommeil, chez la plupart des animaux, est une sorte de fatigue de l’œil, qui ne peut plus supporter la lumière. Les yeux se ferment, et le sens dont ils sont l'organe se repose. Pourtant il est des mammifères ruminants, pachydermes et rongeurs, dont l'œil reste ouvert pendant le sommeil; cependant il est naturel d'admettre que la perception des objets n’a plus lieu, et cette particularité ne doit pas nous surprendre, puisque l'oreille, quoique toujours ouverte, cesse à son tour dans le sommeil de percevoir les sons. Mais, comme le sens de l’ouïe est la principale sauvegarde de l’animal, tout bruit qui s'ajoute aux bruits auxquels l'oreille est habituée provoque le réveil. La plupart des mammifères se couchent pour dormir; les proboscidiens dorment debout, et très-souvent même les chevaux. Les quadrumanes, qui tomberaient en s’endormant, rapprochent les branches des arbres, les entrelacent, et cette hutte toute primitive leur fait trouver partout un point d'appui. Parmi eux, il en est qui se couchent, et d’autres qui restent assis, principalement les espèces à fesses calleuses. Les amphibies ne dorment qu’à terre ; les cétacés s'élèvent à la surface de l’eau, qui les berce doucement. Beaucoup de rongeurs dorment dans des nids d’herbes et de mousses, entre autres ceux qui ont des terriers. La position que prennent les mammifères quand ils s’endorment n’a rien qui soit déterminé par l’organisation, à l'exception des chiroptères, suspendus par un doigt courbé en crochet qui se détache es ailes.
Les oiseaux offrent plus de variété dans la position qu’ils prennent pendant le sommeil. On peut, sous ce rapport, les diviser en percheurs et en non percheurs; les uns passent les nuits sur les arbres, les autres à terre, debout sur leurs pattes ou couchés sur le ventre, les ailes repliées dans la position des couveuses.
Les oiseaux percheurs, soit dans la veille, soit dans le sommeil, peuvent se tenir sur les branches les plus faibles sans tomber; un muscle de la cuisse, dont le tendon passe pardessus le genou, s’étend jusque suriles doigts et les rapproche du tarse. L'action de ce muscle est d'autant plus énergique
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que le genou se plie davantage. Il suffit que le corps pèse sur les jambes pour que les doigts embrassent fortement la branche qui sert à percher. Ce mécanisme, aussi simple que merveil- Jeux, n’agit pas sur les oiseaux qui dorment à terre, et si chez eux ce muscle existe, il n’est qu’à l’état rudimentaire.
Les échassiers, cinquième ordre des oiseaux, renferment des genres assez disparates. Il s’en trouve bon nombre qui ont la singulière faculté de se tenir debout le jour pendant des heures entières, et toute la nuit durant le sommeil. Cette station est pour eux du repos. Voici ce qui la rend possible : une petite rainure reçoit le condyle externe du fémur, et un ligament latéral, qui se déplace par le poids seul de l'oiseau, maintient la jambe immobile et inflexible aussi longtemps que l'animal ne se déplace pas. On compare la manière dont les os de la jambe se replient sur le fémur au jeu de la lame et du manche d’un couteau à ressort, ou à la manière dont agit VS d’un cabriolet destinée à le tenir ouvert ou fermé.
Parmi les oiseaux percheurs, se trouvent les calaos et les toucans, qui, pour trouver le sommeil, s’affaissent sur euxmêmes, étendent leur bec devant eux, ou bien le rejettent sur le dos pour mieux en supporter le poids.
Beaucoup d'oiseaux, surtout les passereaux, les gallinacés, les palmipèdes, dorment la têle sous l’aile, le bec plus ou moins tourné vers la queue. Quelques oiseaux à plumage abondant infléchissent leur cou et cachent leur tête dans les plumes de la gorge. Ces diverses manœuvres ont pour but de mettre l’œil à l’abri de la lumière, et de préserver la tête de l’action du vent et du froid extérieur.
On voit, par ce qui vient d’être dit, que, pour le sommeil, de même que pour toutes les autres fonctions animales, il existe des particularités d'organisation qui donnent certaines aptitudes ou qui les refusent : telles sont celles qui permettent de rester à l’état de suspension, la tête en bas, pour un temps plus ou moins long, comme les chauves-souris; de pouvoir se maintenir sans tomber sur les branches pendant le sommeil, comme les oiseaux percheurs, ou de rester debout, immobile, sans fatigue, comme un très-grand nombre d’échassiers. Ces particularités, et nous sommes loin d'indiquer toutes celles qui se
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rattachent au sommeil, viennent de plus en plus démontrer la difficulté matérielle qui s’oppose à la mutation des espèces
À - ; , bien plus stables qu’on ne voudrait le croire. Ce qui va suivre
en fourhira d’autres preuves non moins convaincantes. *
$S #. — Nutrition.
Deux nécessités de la vie organique, la nutrition et la re. production, se partagent, quoique d’une manière inégale, la durée de l'existence fonctionnelle des êtres vivants. Ils se nourrissent dès leur naissance, tandis que, pour se reproduire, il faut que les organes y soient préparés, et cette époque, que suit de près le terme de l’accroissement, est une sorte de crise qui souvent est le terme de la vie : une foule d'insectes et de plantes en fournissent des exemples.
Chez les animaux, les principales fonctions sont localisées ; chez les plantes, les seuls organes reproducteurs ont un siége spécial. Elles se nourrissent par toute leur surface, — qui est absorbante, — de gaz et de matières solubles dans l’eau. Fixées au sol, elles ne peuvent aller à la recherche des aliments destinés à les accroître ; aussi en sont-elles de toutes parts entourées, aussi bien à l’air libre que dans le sein de la terre. C’est passivement qu’elles se nourrissent, sans nul effort et sans connaître la satiété. Les animaux, au contraire, libres dans leurs mouvements, doués d'organes spéciaux pour la préhension des aliments et la manducation, sont constamment occupés du soin de se nourrir. Tandis que les plantes veulent des gaz et de l’eau presque pure, les animaux ne s’approprient que des corps solides ou mous, et des liquides saturés de molécules assimilables.
Quoique les plantes se nourrissent toutes en apparence de la même manière, la spécificité n’en existe pas moins dans les résultats. L’assimilation est tellement distincte, que toutes ont une constitution différente et que les principes immédiats varient à l'infini. Les genres Cinchona, Cephelis, Papaver, Veratrum, Aloe, Fucus, sont aussi bien caractérisés par la quinine, la cinchonine, l’émétine, la morphine, la vératrine, l’aloès,
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liode, que par les caractères purement botaniques ; la métamorphose des formes en devient donc plus difficile.
Chez les animaux, les agents qui favorisent la nutrition sont appropriés merveilleusement à la nature des aliments, et ces aliments s'étendent à la nature organique tout entière : corps vivants et corps privés de vie, lait, œufs, chairs, os, feuilles, bourgeons, bois, fleurs, fruits, semences, fécule, sucre, tout est mis à profit, et la variété des mets est en rapport avec la prodigieuse étendue de la table et le nombre presque infini des convives. Mais pour utiliser ces substances, si différentes de nature, il fallait des instruments qui le permissent, et c’est là ce qui fait de la plupart des espèces des créations distinctes. Le rapport qui existe entre les aliments et les animaux qui se les approprient est si parfait, qu’il est permis de croire qu’ils sont de temps immémorial une conséquence les uns des autres, et que la création n’a tant diversifié la nature des aliments que pour diversifier en même temps la forme des êtres auxquels ils étaient destinés. La grande variété de produits explique la grande variété des appareils qui devaient les utiliser. Non-seulement la bouche a été modifiée dans toutes ses parties, mais l'appareil digestif tout entier a dû subir des modifications profondes.
Il fut un temps, assez court peut-être, où il n’y eut sur la terre que des herbivores : c’était l’âge d’or de la nature organique; mais les animaux fussent devenus trop nombreux, et, pour mettre des bornes à cette multiplication exagérée, les carnassiers furent créés.
On trouve des herbivores parmi les mammifères, les mollusques et les insectes, plus rarement parmi les crustacés, et très-exceptionnellement parmi les oiseaux, les poissons et les chéloniens. Les mammifères herbivores sont caractérisés par des dents molaires à surface large, marquée de deux doubles croissants, par un estomac simple ou multiple,et par des intestins fort longs. S'ils sont polygastres, ils ruminent ; quelquesuns vivent de racines et même de bulbes qu’ils déterrent avec des canines, comme le porte-musc; avec des ongles, comme le diplostome des bords du Mississipi ; avec un groin, comme le sanglier. Tout le monde connaît l’usage que l'élé-
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phant fait de sa trompe, organe précieux qui n’a aucun r'apport avec le nez du tapir, animal rapproché à tort de l'éléphant, avec lequel il n’a aucun rapport véritable.
Les mammifères herbivores ne se nourrissent pas indistine. tement de toutes les plantes. Certains amphibies ne paissent que les fucus, et de ce côté, comme de bien d’autres, ils diffèrent tout à fait des herbivores terrestres. On ne pourrait nourrir ceux-ci avec les plantes marines, ni les phoques avec l'herbe des prairies. Il est probable que le lichen, fourrage des rennes, ne serait pas du goût des bœufs ou des cerfs. Ainsi tout est spécial, tout est séparé, tout est créé dans une intention providentielle qui se révèle par l’organisation et les habitudes de la vie.
Les harmonies qui existent entre les insectes et les plantes sont tellement nombreuses, qu’on peut dire, sans craindre d’être contredit, que la vie des uns est, dans certains cas, subordon. née à celle des autres. Ce qui le prouve, entre autres, c’est qu'ils sont pour les végétaux à sexes séparés de puissants agents de fécondation, et souvent les seuls. A voir les prodigieuses modifications de la bouche de ces curieux animaux et les instruments de toutes sortes, scies, lames tranchantes, cisailles, etc., dont ils sont armés, si la nourriture doit être solide, tandis qu’elle est réduite à un seul suçoir, si l’alimentation doit être liquide, qui ne constaterait l’existence de causes finales qui soumettent la nature et la maintiennent invariable?
- Les frugivores et les granivores se trouvent surtout parmi les oiseaux; les singes se nourrissent de fruits, mais ils ont pour auxiliaires de ce mode d’alimentation les racines et les tiges succulentes; parfois même la nécessité les fait omnivores, et c’est avec l’homme un nouveau trait analogique. On reconnaît facilement à l'inspection du bec si les oiseaux ouvrent les graines, ou s’ils les avalent entières. Les gallinacés et les pigeons sont dans cette dernière catégorie. Beaucoup sont poly-
tres, et ce que ne peut faire le bec, le gésier s’en charge ; cependant beaucoup de graines échappent à cette trituration, circonstance très-favorable à la dissémination des graines, dont les oiseaux sont les agents les plus actifs. Les passereaux
ont un bec délié, et cependant robuste. Se sont-ils emparés d'une graine, quelque petite qu’elle soit, ils la mettent sur sa face dorsale, l’ouvrent et mangent l’amande. Il faut, pour qu'ils se nourrissent, recommencer souvent cette opération ; aussi leurs repas durent-ils toute la journée. Les perroquets, dont la patte est un instrument de préhension, sont, parmi les oiseaux, de très-habiles granivores.
Les animaux carnassiers se trouvent presque exclusivement parmi les mammifères et les oiseaux. Ce sont des chasseurs infatigables qui passent d'ordinaire d’une longue diète à des écarts formidables de régime. Puissamment armés, agiles, robustes, richement vêtus, ils deviennent, par le droit du plus fort, les tyrans redoutés des cantons qu’ils habitent. Chez eux, les sentiments affectifs pour la race sont très-développés chez les femelles et presque nuls, au contraire, chez les mâles ; les oiseaux de proie seuls font exception.
Les insectivores appartiennent à plusieurs ordres de vertébrés, mammifères et oiseaux. Parmi les premiers, se trouvent les hérissons, les tenrecs, les taupes, les condylures, le fourmilier, tous remarquables par la bizarrerie de leurs formes et la singularité de leurs habitudes. Dans les derniers, se rangent l'hirondelle, le gobe-mouches, la bergeronnette, le rossignol. Beaucoup de reptiles vivent d’insectes; quelques poissons en sont avides. Tous ces animaux avalent leur proie vivante.
L'organisation de la bouche sépare complétement les animaux qui vivent de matières solides de ceux qui s’alimentent exclusivement de liquides. On leur a donné le nom de suceurs. Peu de mammifères appartiennent à cette catégorie, et il faut les chercher parmi les chiroptères.
Les colibris, véritables oiseaux-papillons, tant les teintes métalliques de leurs plumes ont d’éclat et de légèreté, se nourrissent du suc nectaréen des fleurs, et peut-être aussi des petits insectes qui vivent dans les corolles. Ils ont une langue effilée, partagée au sommet en deux longs tubes déliés, organes de succion.
On connaît un nombre si considérable de poissons suceurs, qu’ils forment dans la méthode ichthyologique de Cuvier la première famille de la première classe des chondroptérygiens :
tels sont la lamproie, l’ammocète et le gastrobranche, poissons sans opercules, dont les lèvres forment un cercle entier autour de la bouche, qui est concave. Cette organisation rappelle celle de l’appareil de succion de certains vers à sang rouge.
Ce mode d'alimentation, très-rare chez les crustacés, est bien plus généralisé chez les insectes, témoin les lépidoptères, les hémiptères, les diplères surtout et les aptères, parmi lesquels Fhomme compte plus d’un ennemi. Les hirudinées, et en général les vers intestinaux, sont des animaux suceurs.
Un mode d'alimentation tout spécial et très-extraordinaire est celui qui appartient en propre aux mollusques attachés sur les rochers. Ils n’ont ni mâchoires ni dents, et se nourrissent des molécules organiques et des animaux microscopiques que leur apporte le flot, quand leur coquille est béante. 1] n’est pas moins singulier de voir le ver de terre avaler la terre végétale, qui se dépouille pendant son trajet, à travers le tube intestinal, des parties assimilables qu’elle renferme : c’est ainsi qu’ils épuisent le terreau et qu'ils nuisent à l'horticulture.
L'homme est-il véritablement omnivore? Ce point d’histoire naturelle est difficile à éclaircir. Et d’abord, est-il carnassier? Rien ne le démontre : il n’a ni canines puissantes ni ongles rétractiles, comme les chats. Est-il organisé pour être carnivore? Nous ne le croyons pas davantage : sa bouche n’a qu’une ouverture très-médiocre et ne se prolonge pas en museau. Ce n’est pas pour lui un instrument de préhension, et les dents qui la garnissent ne sauraient en faire un ossifrage. Qu'il puisse vivre exclusivement de végétaux, personne n’en doute, tandis qu’il n’est pas prouvé que les chairs seules soient capables de le faire vivre. Les Esquimaux sont, il est vrai, ichthyophages, et les Fuégiens vivent de mollusques ; mais ici la nécessité a fait loi, et l’habitude a prévalu sur les instincts naturels. Pour manger les chairs, il faut qu’elles soient dénaturées par la cuisson et par les assaisonnements. La vue du sang nous est odieuse, et nos dents, le voulussions-nous, ne sauraient diviser les chairs crues. 11 nous semble que l’homme doit prendre place parmi les vertébrés qui vivent aux dépens du règne végétal : fruits, racines féculentes, semences émul-
sives. Les animaux carnassiers et carnivores, toujours préoccupés du soin d’assurer leur nourriture, s’isolent les uns des autres et vivent séparés ; tandis que les herbivores, qui trouvent partout les aliments qui conviennent à leur organisation, se
‘ réunissent par troupes, et l’homme possède comme eux, et
au plus häut point, ce même instinct de sociabilité. Serait-il impossible de ne pas voir ici l’indice d’une diététique dont le règne végétal ferait tous les frais?
Il ne faut pas observer longtemps pour se convaincre qu’il n’est pas une seule plante, un seul animal, un seul produit des deux règnes qui ne serve à l’alimentation des êtres vivants.
Quoique cachées dans la terre, les racines n’échappent pas pour cela à la dent des animaux; les tiges jeunes encore tombent avec les feuilles et les bourgeons sous la mandibule des insectes; une classe tout entière de coléoptères se nourrit de bois, et a reçu, en raison de ce mode d’alimentation, le nom de æylophages. L’épiderme de toutes les parties foliacées est entamé par les larves. Les gallinsectes y introduisent, à ’aide de leur pondoir, des œufs accompagnés d’une matière irritante qui donne lieu à l’évolution de ces productions bizarres connues sous le nom de galles, habitations parfaitement disposées, où les larves qui éclosent, bien abritées, trouvent tout à la fois une sécurité parfaite et une abondante nourriture. Les bourgeons, les écorces, les fruits, les semences, ont des animaux spéciaux qui les dévorent; il n’est pas jusqu’au pollen qui ne soit attaqué par des insectes si petits, que l'œil peut à peine en déterminer la forme. Les produits végétaux à leur tour, sucs nectaréens, matières céreuses, exsudations de toute sorte, nourrissent une foule de petits animaux. Une famille tout entière de diptères vit aux dépens des champignons, qu'entame aussi la dent des mollusques. Le blé de nos greniers devient la proie des charançons. Nos provisions les plus précieuses ont pour dévastateurs plusieurs espèces de rongeurs; nos herbiers sont visités par des ptines et des anthrènes , redoutables par leur nombre plutôt que par leur taille.
Les animaux, à leur tour, nourrissent les animaux ; tandis que leurs débris enrichissent la terre, dans laquelle les plantes