‹ Le Darwinisme au point de vue de l'orthodoxie catholiqueChapitre 18 sur 65 · Comment, in Libr. Geneseos, t. I, p · texte numérisé non relu

Comment, in Libr. Geneseos, t. I, p

nisme; bien que, ajoute le même auteur, nous ne devions pas conclure pour cela que toutes les espèces considérées comme distinctes par les naturalistes le sont réellement. »

Voici déjà une première concession.

Le P. Joseph Brucker ^ allait plus loin encore dans la voie des concessions, et précisait d'ailleurs mieux sa pensée, lorsqu'il écrivait, en 1889 :

« Nous venons de voir que, selon le témoignage formel de Moïse, la première production des plantes, aussi bien que des grandes catégories d'animaux, est l'œuvre d'une intervention directe, spéciale, de Dieu, et l'écrivain biblique observe expressément que cette production s'est faite par espèces » .. Puis après avoir cité les textes, l'auteur ajoute : « Il est impossible de ne pas voir que le sens naturel de ces expressions, c'est que Dieu au troisième, au cinquième et au sixième jour a créé des espèces, c'est-à-dire des formes végétales et animales, différant manifestement d'organisation, d'aptitude, etc. »

Mais le P. Brucker dit ensuite : « Au reste, les savants croyants ne peuvent pas se sentii bien gênés dans leurs travaux par l'affirmation de la distinction primordiale des espèces, telle qu'elle est formulée dans la Bible. En effet, l'auteur sacré ne spécifie nullement en particulier les espèces qui sont directement sorties de la main du Créateur; il ne dit rien non plus de leur nombre. Les botanistes et les zoologistes demeurent donc entièrement libres de reconstruire suivant leurs observations les généalogies de chaque règne vivant : de réduire le chiffre des véritables espèces et celui des types primitifs, autant que le progrès de la science pourra l'exiger. Ce que la Bible leur défend (non pas seule, mais avec

I. Les jours de la création et le transformisme. Études religieuses, philosophiques, historiques et littéraires, pubhées par les Pères de la Compagnie de Jésus, t. XLVI, p. 591.

la vraie science), c'est d'affirmer que le transformisme est la loi primordiale et universelle du développement des êtres. »

Que faut-il penser de ces af5rmations?

Avant de répondre, je crois nécessaire de faire observer que les auteurs cités appartiennent à l'école dite « concordiste », qui s'était donné pour tâche d'établir un accord positif entre la Cosmogonie Mosaïque et la Cosmogonie scientifique. C'était là une erreur fondamentale. Car, si deux vérités ne peuvent être en désaccord, il ne s'ensuit pas que deux affirmations également vraies, mais traitant de sujets différents, sigmûent la même chose. Or la cosmogonie mosaïque, ou pour mieux dire la cosmogonie dite sacerdotale, puisque nous ne nous occupons, pour le moment, que du premier chapitre de la Genèse, la Cosmogonie sacerdotale, dis-je, et la Cosmogonie scientifique traitent de sujets différents.

Le Cosmogonie sacerdotale envisage le monde tel qu'il se présentait aux regards des Hébreux : elle affirme que le monde avec toutes ses perfections est l'œuvre de la Toute- Puissance divine; mais elle ne se préoccupe pas de la question de savoir si Dieu a mis en jeu, pour cela, l'activité des causes secondes.

De son côté, la Cosmogonie scientifique ne nie pas l'action principale de la Cause Première ; mais son objet propre est la recherche du jeu des causes secondes qui ont amené le monde à son état présent, état que des observations minutieuses ont fait connaître et qui sert de point de départ à ses inductions.

Que tel est l'objet de la Cosmogonie scientifique, personne ne l'ignore. Nous aurons l'occasion, au cours de cette conférence, de montrer que l'objet précis de la Cosmogonie sacerdotale est bien celui que nous venons de définir.

Ces remarques faites, je réponds à la question posée : En premier lieu, les concessions du P. Brucker et Mgr Lamy ne peuvent être admises, et j'ajouterai même que l'opinion de Pozzi est trop large ; car l'auteur inspiré attribue directement à Dieu l'origine, non seulement de toutes les espèces animales et végétales, mais encore des variétés bien définies et spécialement des variétés domestiques.

Mais, d'autre part, rien dans le texte sacré ne permet de conclure que l'apparition des espèces soit due à ce que l'on nomme une intervention spéciale de Dieu.

je PROPOSITION

L'Hexaméron attribue directement à Dieu l'origine de toutes les espèces et de toutes les variétés bien définies et spécialement des variétés domestiques.

Établissons d'abord la première de ces deux propositions.

Nous admettons volontiers, avec Mgr Lamy, que le substantif -{^-o (mîn), que la version des LXX traduit par yévoç et que la vulgate rend tantôt par genus, tantôt par species, ne doit pas être pris au sens scientifique moderne du terme espèce; mais il peut encore moins être pris dans un sens plus large. L'espèce, dont il est ici question, est l'espèce dans le sens vulgaire du mot; c'est-à-dire qu'elle doit s'entendre de toute variété bien définie, et cela est vrai spécialement pour les variétés de plantes et d'animaux domestiques. Ce sont donc les variétés, dont Moïse fait remonter directement l'origine à Dieu.

Quand on veut se rendre compte du sens qu'un auteur attribue à un mot figurant dans une phrase déterminée, il faut d'abord connaître la signification générale ou lexicologique du mot ; puis, s'il subsiste un

doute, on reconnaîtra dans quel sens précis l'auteur a employé le terme, en cherchant à déterminer, par le contexte, quelle pensée l'auteur a dû vouloir exprimer en l'employant.

Étymo logiquement, le terme l"''? a le sens de section. Dans la Bible, il ne se rencontre que sous la forme du mot composé "i:"'^^ (l'mînô), ou ses flexions grammaticales ^, termes que nous avons traduits, pour nous conformer à l'usage, par selon ses espèces, ou selon leurs espèces. Mais ce terme composé signifie, en réalité, selon toutes ses sections ou de toutes les sortes ; c'est-à-dire qu'il implique toutes les subdivisions du groupe exprimé : « Collective », dit Buhl, dans sa dernière édition du Dictionnaire hébraïque de l'Ancien Testament de Gesenius : « Art, aber nicht singular, sondern collective von den verschiedenen Arten die eine Hauptgattung umfasst ».

Il est facile de vérifier qu'il en est bien ainsi. En dehors des livres Mosaïques, ce terme ne se rencontre que dans une prophétie d'Ézéchiel, et le sens indiqué convient fort bien à ce passage; mais le caractère figuré de la prophétie se prête dif&cilement à une démonstration rigoureuse ^.

Il en est autrement des passages des livres Mosaïques. L'expression s'y rencontre un bon nombre de fois dans les textes légaux relatifs à la distinction entre animaux purs et impurs ^. Ainsi, la Loi défend, par

.PTD'^ab, ûn3'^?ab, ^m-^^b .i

2. Ezech.., XLVu, lo. — Il est question, dans cette prophétie d'Ézéchiel, d'un torrent qui, sortant du temple et descendant vers la mer Morte, assainira les eaux de celle-ci, au point qu'on y péchera, et qu'il y aura, selon leurs espèces, des poissons comme ceux de la grande mer, en grande abondance. Le sens obvie est qu'il y aura dans la mer Morte toutes les sortes de poissons de la Méditerranée.

Page 1