‹ Le Darwinisme au point de vue de l'orthodoxie catholiqueChapitre 20 sur 65 · Gen., VI, 8, vu, i · texte numérisé non relu

Gen., VI, 8, vu, i

domestiques. Donc, tout au moins pour les <^'>^\',^ (b'hêmà), les animaux domestiques, le terme "p^ s'étend à la variété ^.

Venons-en maintenant à l'examen direct des passages litigieux du Chapitre I de la Genèse. Le but principal de l'auteur inspiré, dans ce chapitre, est d'enseigner que toute la nature tient tout son être et toutes ses perfections de Dieu seul, afin d'exciter par là le peuple au culte du seul vrai Dieu et de le détourner du culte des fausses divinités. Ce but ressort clairement du texte; il est admis par tous les interprètes croyants et incroyants. Mais, comme il s'agit ici d'une interprétation doctrinale que tous les Pères et toute la tradition tiennent comme certaine, la vérité de cette interprétation s'impose à la croyance de tout catholique. Afin de faire comprendre, en premier lieu, que Dieu a tiré le monde du néant, l'auteur sacré donne comme terme propre de l'action créatrice une masse informe : le tohuhohu. Mais l'action divine ne s'arrête pas là : c'est également à Dieu, et à Dieu seul, que l'univers est redevable de toutes les perfections qu'il contient et que l'auteur dépeint sous la forme de l'œuvre des six jours.

Or, je vous le demande, l'auteur aurait-il atteint son but, s'il avait dit simplement, comme le prétend le P. Brucker, qu'un certain nombre d'espèces appartenant à chacun (^es groupes qu'il énumère, sont directement sorties de la main du Créateur..., et en ne disant rien des autres? L'aurait-il atteint, si son affirmation

I . On nous a demandé, à ce propos, s'il est certain qu'il y eut déjà des variétés domestiques au temps de Noé. Nous répondrons qu'il en existait tout au moins au temps de Jacob (Cf. Genèse, xxx, 31-43, xxxi, 7-12) et à plus forte raison au temps où fut écrit le Code sacerdotal. Et cela suffit : car tout auteur doit employer les termes dans le sens qu'ilsont à l'époque où il écrit. Du reste les « espèces domestiques » n'existent pas indépendamment de leurs races.

avait porté seulement sur l'origine de quelque frototype générique, d'où seraient sorties ensuite d'autres formes, que les savants regardent comme autant d'espèces distinctes, mais qui ne le seraient pas réellement, comme le permet Mgr Lamy? L'aurait-il même atteint, si son affirmation n'avait porté que sur le type sauvage de l'espèce et non sur les races domestiques? Vous vous souvenez de ce passage de l'Hymne de l'enfant à son réveil :

On dit que c'est toi qui produis Les fleurs dont le jardin se pare; Et que, sans toi, toujours avare.

Le verger n'aurait point de fruits.

Supposons qu'un créationniste, mais un créationniste conséquent avec lui-même, comme par exemple le P. Brucker, vienne dire à ce brave enfant :

« Mais non ; ceux qui vous ont dit cela ont mal compris la Bible. Le Bon Dieu a fait, il est vrai, les fleurs et les arbres sauvages. Mais les bons fruits et les belles fleurs de votre jardin, ce n'est pas au Bon Dieu, c'est à de bons génies, qu'on nomme les horticulteurs, que vous les devez. Le Bon Dieu n'a pas fait une seule fleur double; et quant aux fruits, les poires qu'il a faites sont tellement dures et ont si mauvais goût, que vous ne voudriez pas en manger.. »

Quel effet produirait sur l'enfant ce pieux discours? Vers qui se porterait désormais sa reconnaissance?

A plus forte raison, si les Hébreux avaient compris les affirmations si absolues de la Genèse dans le sens atténué de nos concordistes, ils auraient été portés par là, et non sans raison, à partager leurs adorations entre Dieu et les génies ou forces naturelles, causes des excellentes choses dont leur grand prophète n'attribuait pas l'origine au Dieu d'Israël; et ce n'est sans doute

pas ce dernier qui en aurait conservé la meilleure part. Et que l'on n'objecte pas que, même en entendant les choses comme nous le faisons, il en aurait pu être ainsi pour les puissances génératrices des végétaux et des animaux. Car l'auteur sacré a soin d'enseigner que c'est sur l'ordre de Dieu que les plantes produisent des graines et des fruits ^ et que c'est sa bénédiction qui donne au.x animaux la fécondité ^ : il fait donc remonter à Dieu, non seulement la première origine de chaque forme, mais encore sa puissance de se reproduire. Il est donc certain, selon le récit génésiaque, que :

C'est bien Dieu qui produit

Les fleurs dont le jardin se pare;

Et que sans lui, toujours avare.

Le verger n'aurait point de fruits.

Mais cela n'est vrai, ou du moins ne ressort de la première page de la Genèse, qu'à condition de comprendre 12"^^? (l'mînô) comme signifiant « de toutes les sortes » dans le sens que nous avons expliqué. Si la Genèse, comme le veulent les concordistes, ne parlait que des plantes dévoniennes ou houillères, des batraciens carbonifères ou des reptiles permiens ou mésozoïques, des mammifères primitifs du trias ou même des premiers mammifères supérieurs de l'aurore de l'ère tertiaire, et du pouvoir que Dieu leur a donné de se reprodinre, chacun selon son espèce, je ne sais vraiment comment on pourrait trouver dans ce récit, — que l'on soit ou que l'on ne soit pas transformiste, — l'affirmation que Dieu est l'auteur des plantes et des animaux de notre monde actuel. Si donc, je le répète, les Hébreux avaient compris le premier chapitre de la

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