Gen., I
Genèse dans le sens concordiste, ce récit n'aurait pu les détourner du culte des faux dieux et des forces naturelles. Mais il y a plus. Comme il est clair que l'auteur inspiré a voulu s'exprimer de manière à attribuer à la causalité divine tout ce qui lui appartient selon la vérité, nous serions nous-mêmes conduits à confesser, non pas peut-être comme une vérité de foi, mais tout au moins comme une conclusion théologiquement certaine, que les perfections de notre flore et de notre faune actuelle ne sont pas attribuables à Dieu. Vous voyez donc que j'avais raison de déclarer inadmissibles les concessions de Mgr Lamy et du P. Brucker ; et il me paraît certain que ceux qui ont recours à des concessions de ce genre pour légitimer ou pour démontrer un certain évolutionnisme modéré, font fausse route. • — ■ Et il en serait de même de toute hypothèse qui n'admettrait pas que le monde dont Moïse déçut le parachèvement est tout simplement notre monde actuel, tel qu'il l'avait devant les yeux.
Qu'il s'agisse bien du monde actuel, S. Thomas d'Aquin l'enseigne formellement, en repoussant comme inadmissible toute hypothèse contraire. Mis en présence d'une hypothèse qui cherchait à expliquer l'oeuvre du premier jour par une lumière différente de celle du soleil et qui aurait disparu après la formation du soleil au quatrième jour, le Docteur angélique écarte cette hypothèse par cette raison péremptoire : « Mais cela ne peut être admis (sed istud non est conveniens) ; car l'Écriture, au commencement de la Genèse, rapporte l'établissement de la nature telle qu'elle perdure depuis lors. C'est pourquoi, il ne faut pas dire qu'alors quelque chose fut fait, qui ait cessé d'être dans la suite ^. »>
I. Summa Theologica, p. I, q. Lxvit, a. 4, ad 2«; De Potentia, q. IV, a. 2, ad 8™ in oppositum.
Il est regrettable que les concordistes n'aient pas tenu compte de ce grave enseignement. Ici, comme d'habitude, S. Thomas se montre l'organe du bon sens. Si on l'avait écouté, on se serait abstenu de noircir inutilement beaucoup de papier, et de faire, en somme, beaucoup de tort à la Religion que l'on désirait servir.
Mais il n'est pas nécessaire de recourir à l'autorité de S. Thomas pour établir qu'il ne s'agit, dans l'œuvre des six jours, que du monde actuel, et du monde actuel tel que le concevaient les Hébreux, et qu'il ne peut y être question des diverses phases de l'évolution du monde ou de la terre, telles que nous les ont fait connaître les astronomes et les géologues. Cela résulte clairement de la lecture attentive de la première page de la Genèse; et les nombreux passages de l'Écriture Sainte, où il est fait très clairement allusion à cette première page et qui en constituent ainsi une interprétation authentique, rendent la chose encore plus évidente. Je ne puis songer à vous citer tous ces passages ; mais je veux, du moins, parcourir rapidement les œuvres des six jours, telles qu'elles sont décrites dans la Genèse.
La lumière, dont il est question au premier jour, n'est pas l'éclat de la première planète ou du premier satellite devenu lumineux par la condensation de sa matière cosmique. Ce n'est pas davantage, comme l'ont voulu d'autres concordistes, la lueur de gigantesques éclairs qui devaient éclater au milieu de la lourde atmosphère de la terre primitive. La lumière du premier jour génésiaque, le texte sacré nous le dit formellement, est celle qui donne la clarté au jour et dont l'absence donne l'obscurité à la nuit ^ : jours et nuits identiques à nos jours et à nos nuits d'aujourd'hui, comme le font entendre clairement les psaumes et d'autres textes de l'Écriture Sainte.