‹ Le Darwinisme au point de vue de l'orthodoxie catholiqueChapitre 29 sur 65 · I. Études religieuses, etc., pp · texte numérisé non relu

I. Études religieuses, etc., pp

nous renseigner sur « l'ordre d'apparition première des grandes divisions des êtres ^ ».

Le P. Brucker cherche à établir ensuite que de cette « successivité réelle « découle la nécessité d'admettre au moins autant d'interventions directes, spéciales, qu'il y a d'œuvres énumérées dans la cosmogonie génésiaque. Je pense que l'argumentation du P. Brucker ne perdra rien de sa force, si nous nous contentons de la résumer sous la forme suivante :

Il résulte du texte sacré que Dieu a produit successivevement les œuvres caractéristiques des six jours.

Or le texte sacré affirme que, ces six jours écoulés, Dieu avait terminé son travail et s'est reposé de toute son œuvre.

Donc Dieu a produit les œuvres caractéristiques des six jours par des opérations successives spéciales, qui ne se sont plus répétées depuis, et qui, par conséquent, ne peuvent se confondre avec l'action de sa Providence ordinaire qui n'a pas cessé de s'exercer.

Je pense que l'on ne peut dénier à cet argument une valeur très sérieuse, au point de vue de la logique formelle. La forme de l'argument n'appartient d'ailleurs pas en propre au P. Brucker : elle est empruntée à S. Augustin. Seulement S. Augustin, par un argument de même forme, mais ayant une majeure contraire, a cru pouvoir établir la théorie de Vévolutionnisme naturel absolu.

Il importe donc, avant tout, de voir si la majeure du P. Brucker est solidement établie. Voici comment s'exprime à ce sujet le P. Brucker :

« Il sera difficile, dit-il, de trouver dans la Bible des textes rigoureusement historiques, si des formules aussi expressives que celles dont Moïse se sert pour retracer

j. Études religieuses, etc., p. 587.

la première production des êtres n'indiquent pas l'intention de raconter les choses comme elles se sont passées. Il faut commencer par fermer le livre saint et oublier les termes de l'auteur inspiré, pour se persuader qu'il n'a pas eu ce but et qu'il s'est proposé simplement de rendre sensible le dogme de la création à l'aide d'une fiction poétique, par une sorte de mise en scène théâtrale ^. »

Eh bien! franchement, il me semble que le P. Brucker aurait pu être un peu plus modeste dans ses affirmations; ou plutôt, pour appeler les choses par leur nom, qu'il aurait pu être un peu moins impertinent à l'égard des plus grandes lumières de l'Église. Car les auteurs qu'il traite de la sorte, — U vient de le dire lui-même ^, — s'appellent Origène, Athanase, Augustin, Thomas d'Aquin. Et il y en a bien d'autres; mais je ne fais que répéter les noms cités par le P. Brucker lui-même. Le Révérend Père s'imagine-t-il réellement que ces grands hommes fermaient les livres saints et s'efforçaient d'en oubher les termes, lorsqu'ils voulaient les interpréter? Ignorerait-il donc que saint Augustin, le plus grand des Pères de l'ÉgÛse, celui que Léon XIII élève au-dessus de tous pour « son admirable perspicacité à découvrir le sens de la parole divine », a étudié pendant plus de trente ans la première page de la Genèse, qu'il a scruté le sens de chaque mot et de chaque phrase, cherchant à l'éclaircir par d'autres passages de la Sainte Écriture et implorant ardemment Dieu de lui en découvrir la véritable signification, qu'il a examiné mûrement toutes les explica tions essayées avant lui, cherchant à comprendre le texte dans un sens aussi httéral que possible, et que, malgré tous ses efforts, U n'est pas parvenu à ne pas

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