De Genesi ad litteram, lib. I, cap. x
a proposées. La seule interprétation satisfaisante est celle que nous a suggérée Léon XIII et que nous avons formulée tantôt. Dieu, voulant affirmer aux hommes que l'univers est l'œuvre de sa puissance, devait, pour se mettre à leur portée, s'exprimer de la façon en usage chez les hommes : c'est pourquoi il a parlé suivant les apparences et les opinions des hommes à qui s'adressait immédiatement le récit génésiaque. Il devait donc décrire le ciel comme une voûte solide. Mais, en fait, cette expansion ou voûte solide n'existe pas; et, comme les astres qui l'habitent n'ont été formés qu'au quatrième jour, l'œuvre du second jour se réduit, en réalité, à rien. Cela n'a aucun inconvénient, si l'on admet que la succession des jours est purement figurée : ce que signifie la figure est simplement que Dieu est l'auteur de toutes les perfections du monde qui frappent nos regards, et parmi ces perfections, que décrit la Genèse selon l'ordre des six jours, il est naturel de compter cette belle voûte qui semble recouvrir nos têtes. Mais, du moment où nous admettons une succession réelle, nous devons dire que, pendant la période que la Genèse nomme le second jour, Dieu n'a rien fait.
IV. Parmi les arguments que propose encore saint Augustin je n'en exposerai plus qu'un seul, sur lequel l'évêque d'Hippone insiste particuhèrement. Si l'on admet que le premier chapitre de la Genèse entend affirmer que les œuvres des six jours se sont réellement succédées dans le temps, suivant l'ordre indiqué, on est amené à constater une contradiction flagrante entre le premier et le second chapitre.
Saint Augustin établissait cette conclusion sur la version des LXX et la traduction latine de ce texte. Mais elle ressort encore plus clairement du texte hébraïque original. Comme nous aurons à examiner
en détail le second chapitre de la Genèse, lorsque nous traiterons de l'origine de l'homme, je me borne pour le moment à étaler devant vos yeux cette contradiction sous la forme d'un tableau comparatif. (Voir p. 74.)
Comme vous le voyez, la contradiction saute tellement aux yeux, qu'il est impossible de supposer qu'elle n'ait pas frappé le « Compilateur ». Donc, ou bien il n'a pas pris la responsabilité des éléments chronologiques du récit, ou bien il a considéré ces éléments chronologiques comme figurés dans les documents originaux. Les règles du bon sens, comme celles de la Commission Biblique, nous disent qu'il faut adopter la seconde hypothèse. Et, en jugeant que les auteurs primitifs entendaient les éléments chronologiques au sens figuré, l'auteur inspiré ne s'est pas trompé.
Je pense que ces quatre arguments sufi&ront à vous faire voir que les anciens Pères ont eu raison de ne pas attendre l'éclosion de la science géologique, pour reconnaître que la succession, dans le temps, des six jours de l'Hexaméron doit être comprise dans un sens purement allégorique, ou, si vous préférez, parabolique.
Nos adversaires insistent cependant, en opposant à notre conclusion deux autres textes de l'Écriture Sainte. On lit au chapitre XX de l'Exode, vv. 8-11 :
Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat. Pendant six jours, tu travailleras et tu feras tous tes ouvrages. Meiis au septième jour, c'est le sabbat du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage en ce jour, ni toi, ni ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, ta bête et l'étranger qui est au-dedans de tes portes. Cax c'est en six jours que le Seigneur a fait le ciel et la terre et la mer et tout ce qu'ils contierment, et il s'est reposé le septième jour. C'est pour cela que le Seigneur a béni le jour du sabbat et l'a sanctifié.
Hexatnéron {Gen., 1-11, i-^a). 1 Document Jehcviste (Gen.,