Ibid., col. 67; Cf. col
3. Nous croyons pouvoir étendre aujourd'hui cette conclusion au moins jusqu'à la fin du viii^ siècle. Un certain nombre d'auteurs professent formellement la théorie de l'évolution naturelle absolue des êtres vivants dans le sens de S. Grégoire de Nysse et de S. Augustin. D'autres répètent, plus ou moins complètement, les assertions de S. Basile; d'autres enfin se taisent sur cette question et se contentent de disserter sur l'ordre d'apparition des différentes créatures et sur la signification des six jours de l'Hexaméron. Mais nous n'avons pu trouver aucun auteur chrétien antérieur à la période scolastique, qui contredise à la théorie, ou qui cherche à voir dans les « rationes séminales » de S. Augustin une simple a puissance
On ne peut, en effet, considérer comme tels les prédicateurâ (p. ex. S. Jean Chrysostome et S. Ambroise) qui ont continué à tenir dans leurs sermons un langage semblable à celui de saint Basile; puisque saint Grégoire de Nysse loue ce langage, comme celui qui convient à la chaire. Est-ce à dire que leur sentiment soit décisif? Je ne le pense pas; sans cela nous devrions condamner, comme trop mitigée, la théorie de Darwin. Mais, en tout cas, leur sentiment ne peut être négligé.
matériolle ou passive », comme on le fera plus tard, poussé par 1 e désir de concilier l'enseignement traditionnel avec les théories physiques d'Aristote, S. Jean Damascène, malgré ses tendances aristotéliciennes, ne fait pas exception, quoi qu'en dise Albert le Gr.\nd (Summ. theoL, p. II, tract. XI, q. 60 et 61). S.Jean Damascène ("ExSociç àxpi^yjç t^ç Ôp06- So^oi) raaTeû>ç, l. Il, c. 9 et 10. Migne, P. G., t. xciv, col. 905 et 908), afi&rme, en effet, que, sur l'ordre de Dieu, l'eau è^i^ y^Y^ ^œa, (Jiixpà T£ xal (xeyàXa, x'i\Tf\, SpàxovTaç, i-/%\i(x.<; èv Toïç (iSaaiv êpTtovTaç, xal Tcexeivà TiTepcorà, et la terre è^yjyays Tcavrota yévy) ^cowv, épTrertov ts, xat Gvjptcov, xal XT7)vc5v... xal twv cpurcov Se, xal tcov poravôiv, xà [xÈv xàp7ui(j!.a, xà Se èScoSt,(ji,a, xà Ss sùwSe, xal àv07)pà Trpôç x£pvj;tv •/][x'tlv SsScopyjjxéva' olov xo poSov, xat xà xotauxa' xà Se Ttpoç voffyjpiàxwv taciv. — Or le verbe è^àyo), qui exprime essentiellement une action, attribue à l'eau et à la terre l'exercice d'une activité et non un simple rôle passif. La pensée de S. Jean Damascène est donc la même que celle de S. Basile. S. Jean Damascène rejette d'ailleurs aussi l'opinion de ceux qui prétendent que la lumière des corps célestes est d'une autre nature que le feu (ol:>. cit., c. 7. Migne, /. c, col. 885-888) et, lorsqu'il affirme que les corps célestes sont inanimés (op. cit., c. VI. Migne, /. c, col. SS":), il appert clairement du contexte qu'il n'admet pas non plus la théorie aristotélicienne des esprits conducteurs des astres. — Si nous n'étendons notre assertion que jusqu'au vili^ siècle et non jusqu'à la fin du xii^, c'est parce que notre enquête sur les auteurs des siècles suivants n'est pas assez complète, pour nous permettre une a55rmatioD absolue à cet égard.
Ce sentiment commun, que nous avons résumé tantôt, se dégage des exposés, d'ailleurs divergents pour le reste, des trois grands chefs d'école : Origène, Grégoire de Nysse, Augustin.
Nous pouvons être bref au sujet de l'École d'Alexandrie, dont Origène ^ est le plus illustre représentant. Comme vous le savez déjà, les Pères Alexandrins tiennent la succession des six jours pour figurée. Cette conception les aurait déjà amenés naturellement à admettre que le monde a toujours été tel qu'il existe aujourd'hui, puisqu'ils n'avaient aucune raison de penser autrement. Mais ils s'appuyaient, en outre, pour cela, sur un texte de l'Ecclésiastique : '0 ZÔiv ziç tov alcova sxTtas xà Tràvra xoivji (Eccli. XVIII, i) ; texte qu'ils comprenaient comme l'ont traduit les diverses versions latines, y compris la vulgate : « Qui vivit in aeternum creavit oninia s i m u 1 » : « Celui qui vit éternellement a tout créé en même temps 2. «
Quand je dis que les Pères Alexandrins admettaient que le monde a toujours été tel qu'il est aujourd'hui, j'entends par toujours, ou bien depuis l'instant mathé-
1. Origène est né en 185 ou 186 et mort en 254 ou 255. Ses Homélies sur V H ex amer on, datent de 244, ou un peu après; il est revenu plusieurs fois sur ce sujet, notamment dans le Livre rv du Ilspl àpx^v et dans le Livre VI du Kaxà KéXoou. Au nombre des Pères Alexandrins qui ont tenu la doctrine de la création simultanée, on peut citer : Clément d' Alexandrie (né vers 150, mort entre 211 et 216) et 5. Athanase (né vers 296, mort en 373) ; parmi les Occidentaux, on cite S. Hippolyte (mort en 239) et Tertullien (né vers 160); parmi les Asiatiques Théophile d'Antioche (mort en 190).
2. On admet généralement aujourd'hui que les versions latines ont rendu inexactement le sens du texte grec (le texte hébraïque origiual de l'Ecclésiastique est en grande partie perdu) : le terme xoivï) signifiant, non la simultanéité, mais seulement la communauté d'origine de toutes les choses, qui toutes ont été également créées par Celui qui vit éternellement.
matique de l'origine des temps où Dieu tira le monde du néant par une action que continue équivalemment la conservation des choses, ou bien, selon l'opinion personnelle d'Origène, opinion opposée à la doctrine commune et depuis lors condamnée comme hérétique par l'Église, de toute éternité; car Origène, tout en admettant la création du monde de rien, pensait que cette création est éternelle.
Il est clair que, d'après la doctrine des Alexandrins, il ne pouvait être question d'évolution naturelle du monde, puisque là où tout est fait simultanément, il n'y a pas place pour une évolution: mais il ne peut s'être présenté non plus, pour la formation du monde, d'interventions spéciales de Dieu, chronologiquement distinctes de l'acte créateur.
La question du mode de l'évolution formative du monde ne pouvait se poser que du jour où l'on crut avoir quelque raison de penser que le monde n'a pas été, dès sa première origine, tel qu'il est aujourd'hui. — Historiquement, elle se présenta, lorsqu'une réaction, nécessaire mais excessive, contre les opinions exagérées des Alexandrins, qui en étaient arrivés à attribuer à une grande partie de l'Écriture Sainte un sens purement allégorique, amena saint Ephrem ^ d'abord, puis, peu
1. 5. Ephrem naquit après 306 et mourut en 373. Ses Commentaires sur la Genèse ont été écrits à Êdesse (Mésopotamie septentrionale), où il s'était retiré en 363. C'est, pensons-nous, le premier écrit chrétien où le récit de l'Hexaméron soit interprété dans le sens d'une succession réelle dans le temps. Les oeuvres de S. Ephrem, écrites en syriaque, pouvaient être peu connues des Grecs de l' Asie-Mineure. Mais S. Ephrem a été en relation avec S. Basile, qu'il est même venu visiter à Césarée en 370. Il est donc probable que S. Basile connaissait le sentiment de S. Ephrem, sur l'interprétation de l'Hexaméron, et il n'est pas impossible que ce soit l'influence de ce dernier qui entraîna S. Basile dans cette nouvelle voie.
après, saint Basile ^, à défendre l'interprétation des jours de la Genèse dans le sens d'une succession réelle. En soi, ce fut une erreur, nous l'avons montré. Mais ce fut une erreur heureuse par ses suites; puisque c'est à cette erreur que nous devons le premier exposé connu de la théorie chrétienne de l'évolution naturelle de l'univers visible.
Nous avons dit que les homélies de saint Basile sur l'Hexaméron avaient fait scandale". Non pas, à vrai dire,
1. S. Basile naquit vers 331, fut ordonné prêtre et vint habiter Césarée en Cappadoce en 364, fut élevé au siège archiépiscopal de cette ville en 370 et mourut le i" jan\àer 379. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la date de ses Homélies sur l'Hexaméron : les uns pensent qu'il les a prononcées peu do temps avant sa mort, d'autres leur attribuent une date notablement plus ancienne. — Peut-être pourrait-on concilier les deux opinions, en distinguant l'époque où elles furent prononcées et la date de leur publication. S. Grégoire de Nysse nous afl&rme que les sermons de S. Basile sur l'Hexaméron firent l'admiration des auditeurs, même les plus érudits. Par contre, nous savons, par S. Grégoire lui-même, la violente opposition que cette œuvre soulevait, au moment où ce dernier est appelé à prendre la défense de son frère. Il semble, d'après cela, qu'il y a Heu de distinguer deux dates. La première où les auditeurs, sous l'impression de la brillante éloquence de Basile, ne songeaient qu'à l'admirer. La seconde où la lecture, à tête reposée, des Homélies sur l'Hexaméron, souleva des critiques. On en était certainement à cette seconde phase, environ un an après la mort de S. Basile. Mais on peut reculer la première autant que semble le demander le texte des Homélies et surtout ce que ne contient pas ce texte. Il peut se faire que les Homélies aient été prononcées avant même que S. Basile ne fût élevé à l'épiscopat, et qu'elles aient été publiées seulement, soit à la fin de sa vie, soit même après sa mort, par les soins de son frère Pierre, immédiatement avant l'œuvre de Grégoire de Nysse Ilzpi xaTaax&UTjÇ àv0pco~ou, destinée à servir de complément aux Homélies sur l'Hexaméron. De fait, il ne semble pas que S. Grégoire, en composant ce complément, eût connaissance d'une opposition soulevée par l'œuvre de son frère.