‹ Le Darwinisme au point de vue de l'orthodoxie catholiqueChapitre 47 sur 65 · I. In II Sententiarum, Dist. xviii. q. i, a · texte numérisé non relu

I. In II Sententiarum, Dist. xviii. q. i, a

masse inorganique se transforme en être organisé sans le concours du sperme, ce ne peut être que sous l'influence des corps célestes; et c'est dans les astres que se trouve la vertu séminale, et non dans la masse terrestre inorganique, qui ne concourt à son évolution que par une disposition qui la rend apte à subir, de telle ou telle façon, l'influence du ciel. Aristote et les aristotéliciens avaient d'ailleurs étendu cette conclusion aux plantes ^ et aux animaux qui naissent par génération spontanée des organes de plantes ou d'animaux, en putréfaction ou non : la matière dont ils évoluent constituait, selon leur doctrine, l'élément femelle, purement passif ; l'élément mâle, actif, faisant défaut sur la terre, force était bien d'aller le chercher au ciel. De même, dit Aristote, que la terre est dite avec raison la mère des vivants, de même le ciel est leur père.

Mais à côté de cette conclusion, en quelques sorte théorique, Aiistote avait cru pouvoir établir, par induction, une loi naturelle d'une grande importance. Dans le Livre III de son traité sur la Génération des animatix, et surtout dans les livres V et VI de son Histoire des animaux, Aristote traite longuement des cas connus de génération spontanée, et l'examen de tous ces faits l'amène à la conclusion que les espèces qui naissent par génération spontanée sont incapables de se reproduire. Il est vrai que certains testacés, tels les pourpres et les buccins, se réunissent comme pour se reproduire et qu'ils produisent ensuite des sortes

I. S. THOMA.S d'Aquin attribue également à l'action du ciel la production des plantes, telle qu'elle est décrite au troisième jour de l'Hexaméron (In II Sent., dist. XTV, q. ï, a. 5, ad 6°»). En cela il s'éloigne de l'enseignement des Pères, qui, comme nous l'avons vu, l'attribuent exclusivement à la terre. Néanmoins, à l'exemple des Pères, il l'attribue aux causes secondes, parce qu'ici les théories scientifiques d'Aristote ne l'obligent pas à recourir à une intervention spéciale de Dieu.

de gâteaux; mais de ces gâteaux ils ne sort rien, et les testacés de ces genres, aussi bien que les autres, ne naissent que de la vase ou de la pourriture ^. Il est vrai aussi que quelques-uns des insectes qui naissent de la pourriture s'accouplent et pondent des œufs; mais de ces œufs naissent des vers, qui meurent sans se transformer jamais en insecte parfait ^. La loi était donc tout à fait générale. Et c'est simplement cette loi expérimentale, et non un principe a priori, qu'invoque saint Thomas, lorsqu'à la question XCI de la P^ partie de la Somme Théologique, il dit (a. 2, ad 2"i) : « Les animaux parfaits, qui sont engendrés par le sperme, ne peuvent être engendrés par la vertu des corps célestes, comme le prétend Avicenne. » Mais, à la question LXXI, je pense que saint Thomas insinue quelque chose de plus : « La nature, dit-il, procède à ses effets par des moyens déterminés : c'est pour cela que les espèces qui sont naturellement engendrées par le sperme ne peuvent être engendrées naturellement sans sperme. » — « La nature procède à ses effets par des moyens déterminés » : cela ne peut vouloir dire que le même effet ne peut jamais être obtenu par des moyens différents : tout le monde sait le contraire. Cela signifie donc que les relations entre les causes et les effets naturels sont déterminées par des lois naturelles ; et ces lois naturelles sont immuables. La loi naturelle qu'énonce saint Thomas, loi découverte par l'observation comme nous l'avons vu, existait donc dès l'origine du monde, aussi bien qu'aujourd'hui. — Saint Thomas ne fait ici qu'appliquer le principe des causes actuelles, exactement comme le fera Darwin, lorsqu'il soutint

1. Ilspl xà ^ô)a laxopiôiv, Bi^X. E, le (De animalibus historiae, l. V, cap. xv, alias xiii).

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