‹ Le Darwinisme (volume 2)Chapitre 14 sur 65 · I. Organes rudimentaires ou atrophiés. — Les · texte numérisé non relu

I. Organes rudimentaires ou atrophiés. — Les

organes rudimentaires témoignent d'une manière éclatante que les espèces sont issues d'un commun progéniteur* Il est évident, en effet, que si ces organes ne provenaient point d'un héritage commun, jamais l'exercice ni l'habitude n'auraient pu les faire naître, puisqu'ils sont d'une utilité médiocre ou même sans emploi»

II. — Embryon. — La structure de l'embryon est en classification d'une importance supérieure à celle même de l'adulte. L'embryon, c'est l'animal dans son état le moins modifié ; par cela même il nous révèle la structure de ses anciens progéniteurs. Si donc deux groupes d'animaux différant actuellement beaucoup l'un de l'autre d'habitudes et d'organisation passent par des phases embryonnaires identiques ou analogues, on peut tenir pour certain qu'ils sont descendus tous deux de commuas parents ou de parents presque les mêmes. L'identité destruc-

ture embryonnaire décèle donc la communauté de filiation, quelles que soient les modifîcalions que la structure de TaduUe ait subies. Cette importance de l'embryon est fondée sur la loi de Théréditc à l'âge correspondant : elle en est la conséquence rigoureuse.

Par exemple, les membres antérieurs, qui servaient de pieds aux espèces mères, peuvent par |le cours prolongé des modifications s'adapter chez un descendant à servir de mains, chez un autre de nageoires, chez un autre d'ailes. Or, d'après la loi de l'héré* dite, chaque modification successive se manifeste en général à un certain âge et réapparaît à l'âge correspondant. Les membres antérieurs de l'embryon des divers descendants modifiés d'une même souche se ressembleront toujours étroitement; car ils n'auront pas été atteints par les modifications survenues plus tard.

Mais dans chacune de nos nouvelles espèces, les membres antérieurs de l'embryon différeront considérablement des membres antérieurs de l'animal adulte, car les membres de l'adulte ont subi de profondes modifications à un âge déjk avancé et se sont ainsi transformés en mains, en nageoires et en ailes. Quelle que soit l'influence que le long usage ou le déiaut d'exercice puisse avoir pour modifier un organe, cette influence affectera surtout l'animal adulte, qui a acquis toute l'activité de ses facultés et qui doit pourvoir à ses besoins. Or, les modifications produites à l'âge adulte seront héréditaires également à

rage adulte, tandis que l'embryon sera sans modification ou peu modifié par les effets de l'usage ou du défaut d'exercice.

Les larves, même actives, subissent plus ou moins la loi des ressemblances embryonnaires. Les cirrbipèdes en offrent un frappant exemple. L'illustre Cuvier lui-même ne s'est pas aperçu qu'une baleine était en réalité un crustacé, bien qu'un seul coup d'œil jeté sur la larve ne puisse laisser aucun doute sur ce sujet. C'est que Cuvier, malgré son génie, n'avait pas la clé de la véritable, de la seule classification naturelle, la classification généalogique.

§ 3, Uniformité d'un çmmble de caractères

Les caractères considérés isolément peuvent présenter mille variations diverses, mais V ensemble de tous les caractères conserve un aspect uniforme qui révèle la parenté commune. Si en France chaque individu diffère de son concitoyen presque à chaque détail, cependant les Français considérés dans leur ensemble ont un air de famille qui leur est propre. C'est cette physionomie originale, legs d'ancêtres communs, qui caractérise chaque peuple en Europe. De même les Européens, quoique différant l'un de l'autre par des variations infinies, se distinguent des Chinois ou des Africains par l'ensemble des caractères. Gela explique l'aphorisme de Linné : « Les caractères ne donnent pas le genre, mais le genre

donne le citraotère. » En effet, les caractères pris isolément ne peuvent donner le genre, puisque le genre dépend d'un aspect d*€n9€mblt. Mais le genre, synthèse de caractères, donne par cela même les caractères particuliers qu'il renferme.

§ 4, Çhmne de9 affinités existante ou retrouvée

1. ^ Caractères analogiques et d'adaptation, ^ On doit bien se garder de confondre les caractères analogiques et d'adaptation avec les affinités réelles, Ainsi la disposition des membres antérieurs en na« geoires qu'on observe cbe« le dugong et la baleine, la ressemblance entre les nageoires de ces deux ani« maux et les nageoires des poissons sont des caractères purement analogiques et d'adaptation h un cortain milieu. En effet, le dugong est un pachyderme, la baleine un cétacé, et tous les deux sont des mam* mifères.

D'autre part, ces mômes caractères analogiques, qui sont éans valeur quand on compare une classe h une autre classe, un ordre à un autre ordre, ac< quièrent au contraire une grande importance quand on compare entre eux les individus de la même classe ou du même ordre. C'est qu'en effet ils révèlent, dans les individus de la môme classe, des affinités véritables et des rapports de consanguinité. Ainsi la forme du corps et les membres en nageoires sont des caractères purement analogiques dans la compa-

raison d'une baleine et d'un poisson^ parce qu'ils résultent dans les deux classes d'une môme adaptation qui leur permet également la natation. Mais cette même configuration du corps et ces membres en forme de nageoires prouvent de véritables affinités entre les divers membres de la famille des baleines. Car ces difi*érents cétacés se ressemblent par tant de caractères de petite et do grande importance qu'il est impossible de douter que leur forme générale et la structure de leurs membres ne soit l'héritage d'un commun ancêtre. Dans le système ordinaire de classification on ne saurait expliquer cette importance tantôt nulle, tantôt grande d'un même caractère, tandis qu'elle est la conséquence évidente et facile de la classification généalogique.

U. — Extinctions d'espèces. — Les extinctions d'espèces ont pour résultat de séparer les espèces vivantes en groupes distincts, parce que la place occupée par les espèces éteintes est restée vide. Les lacunes sont donc d'autant plus grandes, que les extinctions ont été plus nombreuses. Gela nous explique pourquoi certaines classes sont si distinctes des au^ très. Telle est, par exemple, la classe des oiseaux, par rapport à tous les autres vertébrés. Les formes qui reliaient originairement les batraciens aux poissons paraissent avoir subi un moins grand nombre d'extinctions : aussi la lacune est-elle moins grande. D'autres classes, telle que celle des crustacés, en ont encore moins souffert ; car ks formes les plus Ai-*

verses et les plus éloignées en apparence y sont encore rattachées les unes aux autres par une longue chaîne d'affinités : quelques mailles seulement man* quent par intervalles.

Mais si les extinctions d'espèces ont séparé les groupes, elles ne les ont nullement formés. Si toutes les espèces qui ont vécu sur la terre réapparaissaient soudain» elles seraient unies entre elles par des gradations si serrées, qu'il serait impossible de séparer rigoureusement un groupe d'un autre groupe.

Image éTune classification généalogique, — Néanmoins, une classification, ou, du moins, un arrangement naturel, serait possible et légitime. Qu'on se rappelle la comparaison de l'ensemble des êtres organisés à un grand arbre. On comprendra sur-lechamp comment on peut, malgré leur enchaînement continu, classer les mille parties de cet arbre. Les grosses branches sont les embranchements^ comme le nom l'indique lui-même ; les grands rameaux, d'où surgissent les rameaux plus petits , marquent les familles, les genres et les espèces; les bourgeons sont les variétés naissantes, destinées à devenir espèces, puis genres et familles, comme l'ont fait les rameaux d'où ils sortent. Ceux qui ont végété ou fleuri pendant les années précédentes représentent la succession des espèces éteintes» Tout s'enchaîne, tout dérive l'un de l'autre par une série de modifications lentes et graduées à l'infini, et le lien qui les unit est le lien généalogique.

Conclusion, — Le système naturel est le système gépéalogique. Les termes de genres, familles, ordres, espèces, n'expriment que les divers degrés de différence entre les descendants d'un commun ancêtre.

De là se déduisent les règles que l'on doit suivre en classification. Nous pouvons comprendre pourquoi nous évaluons certaines ressemblances plus que d'autres ; pourquoi nous pouvons-nous fier aux organes rudimentaires et inutiles ou à d'autres particularités de peu d'importance physiologique; et pourquoi, en comparant un groupe avec un autre groupe distinct, nous rejetons en masse les caractères analogiques et d'adaptation, bien que ces mêmes caractères nous soient utiles dans les limites du même groupe. Nous voyons clairement pourquoi toutes les formes éteintes et vivantes peuvent se grouper en un seul grand système ; et comment les divers membres de chaque classe sont j^attachés les uns aux autres par des séries, linéaires ou ramifiées, d'affinités complexes qui divergent en rayonnant d'un point ou centre commun. Ainsi font les bourgeons et les rameaux qui divergent de branches oji de rameaux communs. Fort probablement nous ne parviendrons jamais à démêler l'inextricable réseau d'affinités qui unit entre eux les membres de chaque classe. Mais, du moment que nous connaissons le but vers lequel il faut tendre et que nous ne nous égarons plus à la recherche de quelque plan inconnu de création, nous pouvons espérer de faire des progrès lents mais certains,

CLASSIFICATION GÉNÉALOGIQUE

COMMUNAUTÉ D'OIIGINB PROUVÉE) PAl :

1" La constance de structure; 2° Les vestiges de structure primordiale ; 3* L'uniformité d'un ensemble de caractères ; 4* La chaîne existante ou retrouvée des affinités.

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