‹ Le Darwinisme (volume 2)Chapitre 22 sur 65 · III. — Faits politiques, littéraires. — Les eauses · texte numérisé non relu

III. — Faits politiques, littéraires. — Les eauses

de sélection les plus puissantes sont de Tordre politique ou littéraire. La conquête d'un pays^ par exemple, a pour résultat certain /d'altérer datis une mesure plus ou moins forte la langue des vaincus. Dans la Grande-Bretagne, l'introduction du français, importé par Guillaume le Conquérant, modifia profondément l'anglo-saxon. C'est de cette alliance hybride qu'est né, en partie^ l'anglais moderne.

La Gaule, subjuguée par César, a perdu son idiome) ou, ce qui en est resté a peu de valeur dans l'ensemble. Mais le latin, sous un nouveau climat et dans des bouches barbares, d subi une transformation radicale ; ou, pour mieux dire, du croisement des deux idiomes comme des deux races est issue une race nouvelle ainsi qu'une nouvelle langue. Toutes les deux ont eu leurs destinées.

Aux premiers temps de la monarchie française, deux dialectes principaux partageaient la France j la langue (Voc et la langue û'oil (prononcez oui). La prépondérance politique du Nord assura le triomphe de la langue d'otY.

(1) Sir Ch. Lyell. f e t Ancienneté île l'homme.

La domination des Espagnols en ]imérique y a implanté le castillan au détriment des langues indigènes. A une époque plus récente, la traduction de la Bible par Luther donna la supériorité en Allemagne au dialecte saxon sur les nombreux dialectes en présence. Toutes ces langues devenues maîtresses par sélection politique ont subi les lois ordinaires de la variation.

Le Génie littéraire se place au premier rang comme cause de sélection, surtout à l'égard d'un même pays. Dante, par son poGme de la Divine Comédie, a consacré le toscan et lui a donné la victoire sur tous ses rivaux. Le XVIP siècle a été pour la France Tère par excellence de la sélection. Les chefs-d'œuvre littéraires de cette époque, par la vigueur des idées et la splendeur du style, ont banni ou frappé à mort une multitude d'expressions et de figures léguées par les ^es précédents. Telle, en histoire naturelle, une race vigoureuse expulse ou extermine de plus faibles concurrents.

Si les belles-lettres n'avaient que la simple influence due à leur charme et à leur utilité, leur empire s'étendrait lentement et peut-être ne franchirait-il pas un cercle assez restreint. Il est petit le nombre des gens instruits en regard de la foule des ignorants ! Mais qu'un gouvernement centralisateur impose à chaque citoyen l'obligation d'apprendre la langue consacrée par le génie, à l'instant la sélection agit avec une puissance incomparable. Pas un dialecte, fût-il confiné dans le village le plus obscur, n'échap-

pera à la destruction. Tous périront comme ont péri tant d'espèces animales. Heureux encore si, nouveaux fossiles, ils laissent à la postérité des traces de leur passage!

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