II. Loi des corrélations de croissance. — Cette loi
est celle en ver lu de laquelle un organe qui se modifie entraîne parallèlement la modification d’un autre organe. Elle est fondée sur ce fait : que l'organisation tout entière forme un tout dont les parties sont en relations très-étroites.
La loi des corrélations de croissance comprend les corrélations à tous les points de vue, forme, fonction, apparence extérieure, etc. Lorsqu'ils s’agit particulièrement de l’accroissement ou de l’atrophie des organes, on lui donne le nom de Loi du balancement des organes. On sait, en effet, qu’un organe ayant acquis un développement extraordinaire, soit par un exercice exclusif, soit par un état maladif, un autre organe appartenant au même système ou en relation avec lui, éprouve une diminution correspondante ou même s’atrophie. Goethe exprimait d’une manière pittoresque cette loi physiologique : « Le budget de la nature étant fixe, une somme trop considérable affectée aune dépense exigeailleurs une économie.»
III. Loi d’hérédité. — Cette loi est une des plus importantes de la physiologie générale.
1° Hérédité des modifications acquises. — Les modifications acquises sont héréditaires. C’est ainsi que le chien dressé pour la chasse transmet son aptitude à ses descendants. En croisant les grands chevaux, on obtient des chevaux de haute taille. En croisant les petits chiens, on obtient les épagneuls, les doguins. Toute modification organique est trans-
missible à la condition qu’elle soit spontanée, naturelle. Celles qui sont artificielles, c’est-à-dire les mutilations, ne se transmettent pas. On a beau couper les oreilles des chiens ou leur enlever la rate, les petits qui naissent des couples, ainsi mutilés, ont des oreilles ou une rate. En fait d’hérédité, l’axiome fondamental est celui-ci : « Le semblable produit le semblable. » L’hérédité des caractères est si bien regardée comme la règle que leur intransmission passe pour une anomalie.
2° Hérédité des variations à l'âge correspondant. — Un des faits les plus importants de l’hérédité est celui-ci : « Une particularité d’organisation tend à réapparaître chez les descendants à un âge correspondant. » Il en est ainsi de la forme, de la taille et de la saveur des graines dans les nombreuses variétés de nos plantes culinaires et agricoles, des variations du ver à soie à l’état de chenille ou à l’état de cocon, de lacouleurdu duvet des petits ou des cornes de nos moutons et de nos bœufs approchant de l’âge adulte.
IV. Loi DE PROGRESSION GEOMETRIQUE DES ESPÈCES ET DE PROGRESSION ARITHMÉTIQUE DES ALIMENTS. — On appelle « progression arithmétique » une suite de nombres tels que chacun d’eux est égal au précédent additionné d’une quantité constante. Exemple : 2,4, b, 8, 10, 12, etc. Chacun des nombres est égal au précédent augmenté de 2. En effet, 8=6 + 2 ; 10 = 8-j-2; 12 = 10 + 2, etc.
On appelle « progression géométrique » une suite de nombres tels que chacun d'eux est égal au précédent multiplié par une quantité constante. Exemple : 2, 4, 8, 16, 52, 64, etc. Chacun des nombres est égal au précédent multiplié par 2. En effet, 16 = 8x2; 32 = 16x2 ; 64 = 52x2, etc.
Il est démontré par le calcul et l’observation que la progression des espèces est géométrique , tandis que les aliments croissent dans une progression arithmétique. L’observation a constaté les cas les plus variés de prodigieuse fécondité, et le calcul, prenant ces faits pour point de départ, a établi que la multiplication se ferait dans les rapports ci-dessus énoncés, si les causes de destruction les plus diverses ne venaient en enrayer le cours. L’éléphant, par exemple, le plus lent à se reproduire, a une gestation qui dure près de deux ans. On calcule qu’au bout de cinq cents ans, il y aurait quinze millions d’éléphants vivants descendus de la seule première paire. Que serait-ce des poissons dont quelques-uns contiennent jusqu’à trois millions d’œufs ?
Y. Loi de là Constance des formes en raison de la simplicité de structure. — Cette loi peut s’énoncer ainsi : « Plus la structure des êtres est simple, plus ils sont constants dans leurs formes et dans leur organisation. » Et réciproquement : a Plus l’organisation des êtres est élevée, plus la vitesse de changement est grande. » Les êtres à structure simple
sont/ceux dont'les fonctions sont le moins localisées dans les organes particuliers. Les êtres à organisation élevée sont ceux dont chaque fonction a son organe qui lui est propre. Les zoophyies sont les êtres les plus simples ; les mollusques viennent ensuite. L’homme, au contraire, est celui qui occupe le sommet de l’échelle des êtres, parce qu’à chaque fonction est assigné un organe propre. Sir Charles Lyell1 a constaté que, en comparant les mollusques de deux époques géologiques successives, le nombre des espèces identiques est d’autant plus grand que les individus ont une structure plus simple. 11 est évident que, si le même organe peut remplir indifféremment plusieurs fonctions, il s’adaptera aisément à tous les changements qui peuvent affecter le milieu ambiant : sa forme ne variera pas. Pour un mammifère, au contraire, l’organe n’ayant qu’une fonction, il faut que cet organe varie avec le milieu, ou le mammifère succombera.