V. Atavisme. — Les exemples d’atavisme sont três
nombreux. Seulement, soit ignorance de la multitude, soit inattention causée par l’entraînement des affaires publiques et privées, ils passent le plus souvent inaperçus. « Il faut beaucoup de philosophie, disait J.-J. Rousseau, pour voir les choses qui sont sans cesse devant nos yeux. r> Qui de nous n’a pas vu dans une famille un père blond et petit engendrer un fils brun et grand, reproduction du type ,d’un aïeul? Par suite des progrès de la civilisation, nonseulement les croisements se sont faits et se font pêle-mêle entre les diverses races indigènes, mais encore les alliances avec les peuples étrangers sont devenues très-fréquentes. Il est donc malaisé de discerner dans les enfants issus d’un métissage aussi complexe les retours isolés à un type bien défini. Cependant l’œil du naturaliste, plus instruit et mieux exercé, sait encore démêler les caractères d’un type antérieur. Ici l’on retrouve les traits du Germain, là ceux de l’Ànglo-Saxon, ailleurs ceux du Sarrasin ou du Visigoth, etc. Mais ce qui frappe les yeux de tous, ce sont les cas où l’opposition extrême de la couleur appelle et fixe malgré soi l’attention. Tels sont les cas d’atavisme dans les familles où le Nègre et le Blanc ont mêlé leur sang. En voici un exemple remarquable : Dans la Virginie, une négresse mariée à un nègre mit au monde une fille blanche. Elle fut très-cffrayée ; mais son mari la rassura en lui disant qu’il comptait parmi ses aïeux un Blanc, et qu’il y avait toujours eu un enfant blanc dans les familles
alliées à la sienne. La fille blanche à l’âge de quinze ans lut vendue à l’amiral Ward pour être montrée à la Société royale de Londres. Ces cas d’atavisme sont loin d'être rares en Afrique et aux Antilles. On trouvera de nombreux et curieux exemples d’atavisme dans l’ouvrage de Prosper Lucas, l'Hérédité, tome II, pages 44 et suivantes ; c’est le meilleur livre qu’on ait écrit sur ce sujet.
\I. Ressemblakce. — Ainsi que chez les méitis des races domestiques, la ressemblance chez les métis humains est quelquefois unilatérale, mais le plus souvent bi-latérale.
A Paris, le docteur Prosper Lucas a constaté deux cas du plus haut intérêt.
1° Un père noir et une mère blanche eurent pour enfants d’abord un négrillon pur sang, ensuite un viai mulâtre, en lin un fils blanc , figure agréable, cheveux blond rouge, très-frisés. Dans cet exemple on retrouve à la fois la ressemblance unilatérale (négrillon, fils blanc) et bi-latérale (mulâtre ; fusion du noir et du blanc).
2° Un père blanc et une mère noire ont eu d’abord un mulâtre tirant sur le noir, ensuite un mulâtre tirant sur le blanc, enfin une fille blanche, figure agréable, beaux yeux, pétillants d’esprit. Nouvel exemple de ressemblance unilatérale et bi-latérale.
Un des faits les plus curieux est fourni par un mulâtre, M. Lislet Geoffroy, ingénieur à Pile de
France et correspondant de l’Académie des sciences. Il était Fils d’un blanc et d'une négresse très-bornée. M. Lislet Geoffroy était entièrement nègre par les traits, la couleur, et même par l’odeur particulière à la race noire. Par le développement intellectuel et moral, il était entièrement blanc, si bien qu’il était parvenu à vaincre le préjugé si enraciné aux colonies contre les nègres : il était reçu dans le salon des Blancs ! Exemple étrange de ressemblance bilatérale, par juxtaposition du corps de la mère et de Y âme du père.
D’ordinaire, pour ce qui concerne la coloration de la peau, il y a fusion dans le mulâtre. Cependant les cas de juxtaposition sont loin d’être rares. II y a, en effet, des nègres pies, de même qu’il y a des chevaux pies, des chiens pies, etc. La similitude des métis humains et des métis animaux est aussi complète sur ce point que sur les autres. Nouvelle preuve de l’unité de l’espèce humaine. Voici des exemples remarquables d’hommes pies :
1° Un nègre, domestique dans une famille, avait épousé une femme blanche qui servait dans la même maison. Ils eurent une petite Fille blanche, dont la cuisse et la fesse droite étaient noires. Le docteur Parsons fut appelé pour constater le fait.
2° A la Martinique , White et Prichard citent des mulâtres qui ont la peau bariolée de plaques blanches et noires; d’autres mulâtres ont le corps moitié blanc, moitié noir, etc.