XX INTRODUCTION
furent publiés de 1828 à 1837; ils ont été presque tous résumés dans le volumineux traité de physiologie de Burdach, dont nous possédons une traduction française, et dans lequel de Baer a lui-même rédigé toutes les parties relatives à la reproduction et au développement. En même temps qu'il poursuivait ses recherches embryologiques, de Baer s'occupait d'études anthropologiques, auxquelles il se consacra plus tard presque entièrement; c'est là un point intéressant à noter ici, puisqu'il nous fait déjà entrevoir un des côtés de la question que nous examinerons tout à l'heure en détail, à savoir les rapports de l'embryologie avec l'anthropologie.
Quant aux immenses travaux de de Baer en embryologie, nous rappellerons seulement celles de ses découvertes qui furent une extension directe des résultats obtenus par Wolff. Ce que WolfT avait fait pour le tube intestinal, de Baer le fu pour le système nerveux et les organes des sens : il démontra qu'une partie du feuillet externe prend la forme d'une gouttière longitudinale (gouttière médullaire), que les bords de cette gouttière se rapprochent, arrivent au contact, se soudent, et qu'il en résulte ainsi un tube, bientôt indépendant, mais rattaché par ses origines au feuillet externe du blastoderme : ce tube n'est autre chose que la moelle épinière^ ou, pour mieux dire, Vaxe nerveux cérébro-spinal : car, tandis que ses parties postérieures restent sous la forme d'un tube (moelle épinière avec son canal central), sa partie antérieure se dilate en une série de renflements
INTRODUCTION. xxi
compliqués (ventricules cérébraux), d'où dérivent les diverses masses nerveuses encéphaliques. Ce mode de développement, à l'aide d'un feuillet qui se plie en gouttière, puis circonscrit une cavité par soudure des bords de la gouttière, de Baer le démontra également pour Yamnios. Il découvrit de plus la corde dorsale, premier rudiment du squelette vertébral. Enfin l'œuf des mammifères, cet œuf que Harvey avait deviné, que de Graaf avait été si près de rencontrer dans l'ovaire, mais dont il n'avait vu que l'enveloppe (l'ovisac), c'est de Baer qui en constata le premier l'existence, et la science a consacré sa découverte en donnant le nom d'ovule de de Baer à l'élément anatomique femelle, à Tœuf des vivipares en général, à celui des mammifères et de la femme en particulier.
A partir des travaux de de Baer (4828-1837), l'embryologie a été une science dont l'importance est allée tous les jours en croissant. Devenue aujourd'hui une des bases des études zoologiques, des études histologiques, elle a pris une égale importance d'une part en anthropologie, et d'autre part dans la doctrine du transformisme, qui est venue illuminer d'un jour si nouveau les diverses branches des sciences naturelles. Ce sont ces deux derniers points de vue qu'il nous faut maintenant examiner.
xxir INTRODUCTION.
En disant que l'Anthropologie est Vhistoire naturelle de Vhomme^ nous pensons, comme Broca, comprendre dans cette définition toutes les études particulières qui se groupent aujourd'hui dans l'enseignement de l'École d'anthropologie. Si en effet l'histoire naturelle des fourmis ou des abeilles, par exemple, comprend non seulement le classement, l'anatomie, la physiologie de ces animaux, mais encore la description de leurs mœurs, de leurs instincts, de leur vie sociale et de leurs rapports avec les autres animaux, de même l'histoire naturelle de l'homme ne saurait se borner à une étude de classification et d'anatomie, mais doit comprendre, comme précédemment, et d'une manière infiniment plus complexe, les questions relatives à l'intelligence, au langage, à la vie sociale, et, de plus que précédemment, les questions relatives à l'histoire de l'humanité (histoire proprement dite et temps préhistoriques). Pour répondre à des objets d'étude si divers, on a pu diviser Tanthropologie en disant qu'elle étudie successivement l'homme dans ses détails, dans son ensemble ei dans ses rapports avec les autres animaux.
Étudier V homme dans ses détails, c'est passer en revue les caractères de chaque race ou type en les examinant
INTRODUCTION. xxin
au point de vue anatomique^ linguistique ^ aussi bien qu'au point de vue de la statistique^ cette physiologie des peuples et des corps sociaux, comme la définissait Broca, et au point de vue de V archéologie.
Étudier Vhomme dans son ensemble^ c'est, encore à l'aide de l'anatomie, de la linguistique, de la statistique, de l'archéologie, examiner les rapports des différents groupes humains, les résultats produits par les croisements entre types divers, les variations produites par les conditions de milieu, par les mélanges des races, etc. ; c'est de plus, et ainsi s'explique la nécessité d'un enseignement d'anthropologie médicale ou de pathologie comparée, examiner les aptitudes particulières des races à contracter certaines maladies, les immunités qu'elles présentent pour d'autres, ainsi que les modifications desquelles résulte l'acclimatement des individus ou groupes d'individus transplantés loin de leur sol natal.
Enfin étudier Vhomme dans ses rapports avec les autres animaux, c'est chercher à déterminer, à l'aide des données analomiques, la place de l'homme dans l'échelle animale. C'est sur ce dernier point de vue que nous allons devoir insister, et c'est ici que nous allons voir intervenir les données empruntées à l'embryologie.
L'homme occupe incontestablement le degré le plus élevé de l'échelle animale; mais quand on a voulu définir la distance qui sépare ce degré de celui placé immédiatement au-dessous de lui, l'accord a cessé entre les philosophes aussi bien qu'entre les zoologistes, et