‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 9 sur 87 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Vépigénèse^ si toutefois il faut donner le nom de théorie à ce qui est en réalité une exposition précise et une démonstration irrécusable de faits d'observation : en effet, il est à peine besoin de le dire, toutes les recherches des embryologistes modernes sont venues confirmer Yépigénèse; tous les faits rigoureusement observés montrent l'apparition graduelle du corps de l'embryon et de ses organes par des appositions successives de parties, par formation épigénétique en un mot, et il ne saurait plus être question aujourd'hui, que comme d'une curiosité historique, de la doctrine de la préexistence des germes, doctrine qui, alors même qu'elle était dès longtemps rejetée par les embryologistes, a été un des principaux obstacles au progrès des idées transformistes.

Mais nous anticipons sur l'ordre chronologique, en annonçant ainsi le triomphe des idées de Wolff.

En effet, le père de l'embryologie n'assista pas au succès de sa théorie de l'épigénèse; les résultats de ses travaux ou bien demeurèrent longtemps inconnus, oubliés, pour ce qui a rapport aux faits ; ou bien furent combattus, superficiellement critiqués, pour ce qui a rapport aux idées théoriques. Ils furent ignorés ; car, par exemple, Wolff avait découvert, décrit et figuré l'organe glandulaire qui fonctionne chez l'embryon comme rein primitif, et que nous appelons aujourd'hui corps de Wolff, et cependant, nombre d'années plus tard, Oken, sans connaître les descriptions de Wolff, découvrait de nouveau ces organes, ce qui explique qu'on leur donne

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tantôt le nom de corps de Wolff, tantôt celui de corps de Oken. Quant aux critiques passionnées, elles ne firent pas défaut, et le physiologiste Haller marqua sa place au premier rang des adversaires de la théorie de Tépigenèse : partisan acharné de lapréformalion, qu'il avait formulée avec toutes les exagérations possibles, se livrant à des calculs fantastiques sur le nombre de germes que la première femme devait contenir successivement emboîtés les uns dans les autres, prétendant retrouver sur l'embryon de l'homme les traces microscopiques des poils qui ombrageront le visage de l'adulte, sur le jeune faon embryonnaire la miniature des bois qui orneront la tête du cerf, il proclama hautement que nul organe ne se forme par apparition et apposition départies nouvelles : nulla est epigenesis devint le mot d'ordre de son école.

WolfF lui-même ne fut pas plus heureux que ses doctrines ; sans ami, sans disciple, obligé d'abandonner ses recherches pour demander ses moyens d'existence à une humble fonction de médecin militaire, il ne put, malgré quelques essais d'enseignement public (Leçons d'anatomie) qui obtinrent un vif succès, arriver dans sa patrie à une chaire d'université, où il eût pu préparer et hâter le triomphe de ses idées. Il trouva enfin un asile en Russie, sous la protection de l'impératrice Catherine.

Nous avons vu que son mémoire De formatione intestinorum est de 4768. Pendant tout le reste du xviir siècle, ce travail demeura ignoré. En 1812 seulement, Meckel, qui en saisit la haute importance, en publia une traduction en langue allemande et s'efforça

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de faire ressortir la valeur, c'est-à-dire la réalité de la théorie de Tépigénèse.

A cette époque, vivait à Wurzbourg un biologiste de haut mérite, Dôllinger, qui s'éprit des recherches embryologiques, et résolut de poursuivre les travaux si heureusement commencés par Wolff. Malheureusement (c'est là l'histoire des débuts de bien des sciences) les moyens pécuniaires manquaient absolument à l'ardent embryologiste ; il n'était pas môme en état d'installer les couveuses artificielles indispensables pour suivre l'évolution du poulet dans l'œuf, source première et encore non épuisée aujourd'hui de toutes les recherches sur le développement des vertébrés. Heureusement vint se joindre à lui un jeune savant, Pander, qui, plus favorisé de la fortune, joignit à une collaboration active les ressources indispensables à l'installation d'un laboratoire; de plus un artiste distingué, graveur habile, d'Alton, vint prêter aux deux observateurs la collaboration néces saire pour rendre et conserver par le dessin les faits découverts dans leurs recherches. Les efforts unis de ces trois hommes aboutirent à la publication de mémoires parus sous les noms de Dôllinger ou de Pander. Les auteurs qui de nos jours ont retracé à grands traits ces premières époques de la science del'embryologie, passent presque tous sous silence le grand mémoire publié par Dôllinger en 1814, mémoire que nous devons citer ici avec une mention toute spéciale, puisqu'il traite de Vembryologie du cerveau, c'est-à-dire précisément d'un sujet qui doit être à un moment l'objet de nos leçons :

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aussi aurons-nous plus d'un emprunt à lui faire. Quant aux travaux de Pander, ils sont plus généralement connus; Pander s'y attache principalement et tout d'abord à établir la constitution du blastoderme en trois feuillets : un feuillet externe, un feuillet interne et un feuillet moyen, ou intermédiaire, ou vasculaire. Il fait, . comme de juste, remonter à WolfT la première indication sur Texistence de ces feuillets, ou tout au moins de l'externe et de l'interne. Cependant dans nos traités classiques il est passé en usage de désigner la théorie du blastoderme et de ses feuillets sous le nom de théorie des feuillets de Pander.

Ces trois hommes, DôUinger, Pander et d'Alton, unis dans un but de commune recherche, firent encore quelque chose de mieux que d'observer et de publier leurs découvertes : ils formèrent un élève qui devait poursuivre leurs travaux, et laisser bien loin derrière lui tous ses prédécesseurs. Avec lui se termine la période pénible pendant laquelle l'embryologie n'a que quelques très rares adeptes; elle devient avec lui une science bien définie : car il découvre le mode d'origine de presque tous les appareils du corps de l'embryon, ainsi que la formation de ses annexes, et dès lors la poursuite de ces recherches est entreprise de tous côtés, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Suisse, etc. Cet élève de Dôllinger et de Pander fut E. K. von Baer, et nous terminerons cet historique en indiquant ses principales découvertes : car après lui commence la période des embryologistes contemporains. Ces travaux

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