XXIV INTRODUCTION
les manières de sentir les plus diverses se sont pfoduiles. Nous disons : manières de sentir; car dans toutes les expressions exagérées des opinions en présence il y a plus de sentiment que de rigueur scientifique. C'est qu'ici l'homme, ayant à déterminer sa place, se trouvait à la fois juge et partie : inquiété du voisinage en apparence humiliant des singes, il n'a pas toujours voulu se contenter d'être le premier des animaux; il a voulu se considérer comme un animal à part, hors rang, d'une nature particulière. Comme ces empereurs romains qui, non contents d'être en puissance et en honneurs les premiers des humains, se faisaient d'une nature supérieure à celle des autres hommes, se proclamaient dieux, l'homme à son tour n'a plus voulu appartenir au règne animal; à côté du règne minéral, du règne végétal, du règne animal et au-dessus, il a proclamé le règne humain. Mais, pour continuer la comparaison, de même que l'esclave antique, chargé de suivre le char du triomphateur, devait le rappeler à sa réalité humaine {mémento te himinem esse), de même l'anthropologie anatomique vient rappeler l'homme à sa réalité animale, et, en lui assignant sa place au sommet de l'échelle des êtres, mesurer la valeur réelle du degré qui le sépare de ses voisins sous-jacents.
C'est ce qu'a fait, d'une manière singulièrement magistrale, Broca dans son célèbre Parallèle de l'homme et des singes^ ouvrage trop connu de tous pour qu'il soit nécessaire d'en rappeler les points principaux autrement qu'afin de montrer comment l'embryologie va intervenir
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à son tour, et porter un nouvel appui aux démonstrations purement anatomiques.
£n abordant l'ensemble du monde organisé on le divise d'abord en deux règnes : le règne végétal et le règne animal; en laissant de côté le règne humain, dont la conception est tirée de données autres que celles de Tanatomie l'homme, appartient sans conteste au règne animal; c'est également sans conteste qu'en divisant ce règne en embranchements des vertébrés et des invertébrés, l'homme est placé dans V embranchement des vertébrés; qu'en divisant ceux-ci en classes des mammifères, des oiseaux, des poissons, etc., l'homme appartient à la classe des mammifères; que si dans les mammifères on distingue deux sous-classes, celle des monodelphes et celles des didelphes, c'est à la sous-classe des monodelphes que se rattache l'homme. Mais lorsqu'il s'agit de diviser les monodelphes en ordres, autant on est d'accord pour distinguer l'ordre des cétacés, des rongeurs, des ruminants, des carnassiers, etc., autant on se trouve partagé d'avis lorsque, arrivé aux mammifères les plus élevés, les singes et l'homme, il s'agit de tracer pour eux les divisions ordinales. Les différences qui séparent l'homme des singes sont-elles assez considérables (toujours et uniquement au point de vue anatomique) pour qu'on doive en faire deux ordres à part, Tordre des bimanes comprenant l'homme, et Tordre des qvudrumanes comprenant les singes ? Ou bien ces caractères sont-ils inférieurs à ceux des caractères ordinaux, tout au plus égaux à ceux qui servent à subdiviser la famille des qua-