‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 12 sur 87 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

drumanes, de sorte qu'il y a lieu de réunir les bimanes et les quadrumanes en un seul ordre désigné sous le nom de primateSy et subdivisé en familles? Ce sont les preuves anatomiques plaidant en faveur de celte dernière interprétation que Broca a accumulées avec tant de force dans son mémoire suvYOrdre des primates^ ou parallèle de V homme et des singes.

Il montre que les différences entre l'homme et les singes anthropoïdes (gorille, chimpanzé, orang, etc.) ne sont pas plus considérables que celles qui existent entre les anthropoïdes et les singes pithéciens, que celles qui séparent les pithéciens des cébiens. Il arrive donc à constituer Tordre des primates^ qui se subdivise en familles ; la première famille est celle des hominiens (homme) ; la seconde celle des anthropoïdes (gorille, orang, etc.); la troisième est celle des singes pithécietis (macaque, colobe, guenon, etc.) ; la quatrième est celle des cébiens (atèle, sajou, etc.); enfm, la cinquième est celle des lémuriens {mRk\, indri, avahi, etc.). Mais cette dernière diffère des précédentes par des caractères assez importants, surtout en ce qui touche leur embryologie (type placentaire), pour qu'il y ait peut-être lieu de la détacher de l'ordre des primates, ou tout au moins d'en faire un sous-ordre particulier, ainsi que nous l'indiquerons dans un instant.

Or, parmi les caractères étudiés par Broca, il en est un certain nombre qui, au premier abord, pourraient paraître d'une importance majeure, peut-être d'une valeur ordinale, et deviendraient peut-être des arguments

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en faveur des partisans de la division en ordre des bimanes et des quadrumanes, si précisément l'embryologie ne venait jeter un jour tout nouveau sur ces caractères et les réduire à leur juste valeur. Je veux dire que tel organe, telle partie du squelette, qui paraît conformée d'une manière toute différente chez l'homme et chez les singes, se montre, lors de sa formation, configurée selon le même type chez l'un et chez les autres. Quelques différences dans le degré d'accroissement, par exemple, de ces parties apparaissent ultérieurement pendant leur développement, et il en résulte des caractères qui semblent de nature différente lorsqu'on compare des individus adultes, et qui ne se trouvent être que de simples modifications en plus ou en moins d'un type originairement commun lorsqu'on remonte ainsi à l'étude de leurs conditions embryonnaires. Mais ici nous sommes en plein dans notre sujet, et il faut procéder non plus par généralités, mais par exemples explicites.

Prenons d'abord Vos intermaxillaire ^ exemple d'autant mieux choisi que primitivement l'existence de cet os a été méconnue chez l'homme, ce qui l'aurait différencié de tous les autres animaux vertébrés, et qu'ensuite son mode de configuration fut invoqué pour établir une ligne absolue de démarcation entre l'homme et les singes.

Que l'os intermaxillaire existe chez l'homme comme chez les autres mammifères, c'est là une question dès longtemps résolue par Gœthe, le poète anatomiste et

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philosophe* . Mais sa disposition présente chez l'homme et chez les singes une certaine diffërence : chezrhomme la suture qui réunit cet os au maxillaire est courte et aboutit par son extrémité supérieure à la partie inférieure des fosses nasales; chez les singes, au contraire, cette suture est très longue, car elle va aboutir en haut sur les parties latérales et supérieures de l'ouverture nasale, c'est-à-dire que l'os intermaxillaire se prolonge en haut en une sorte d'apophyse montante qui remonte jusqu'à l'os propre du nez, en bordant latéralement l'ouverture antérieure des fosses nasales. — Or, cetle différence elle-même disparaît, ou du moins toute importance lui est enlevée, quand on examine chez l'homme l'os intermaxillaire aux premières périodes de son développement. Sur des embryons humains de deux mois à deux mois et demi, le D' Hamy (voyez son mémoire : VOs intermaxillaire de r homme à Vétat normal et à Cétat pathologique. Paris, iS6S) a, constaté l'existence d'une

1. Laissons d*abord la parole à Gœthe lui-rnèmc sur la question de ce point d'ossification du maxillaire supérieur, point osseux qui chez les animaux est si évident parce qu'il persiste toute la vie à Tétat d*os indépendant (os incisif ou intermaxillaire): • Lorsque je commençais, vers Tannée 1780, à m*occuper beaucoup d'anatomie sous la direction du professeur Loder, je travaillais à rétablissement d*un type ostéologique, et il me fallait par conséquent admettre que toutes les parties de l'animal, prises ensemble ou isolément, doivent se trouver dans tous les animaux; car l'anatomie comparée, dont on s'occupe depuis si longtemps, ne repose que sur cette idée. Il se trouva que l'on voulait alors différencier Thomme du singe en admettant chez te second un os intermaxillaire dont on niait l'existence dans l'espèce humaine. Hais cet os ayant surtout cela de remarquable qu'il porte les dents incisives, Je ne pouvais comprendre comment l'homme aurait eu des dents de cette espèce sans posséder en môme temps l'os dans lequel elles sont enchâssées. J'en recherchai donc les traces chez le fœtus et Tenfant; et il ne (ùt pas difficile de les trouver. » (Ggethe, Œuvres d'histoire naturelle, Trad. par Ch. Martins, p. 98.)

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petite lamelle osseuse de l'os intermaxillaire, lui formant une véritable apophyse montante, et se prolongeant sur les bords latéraux de l'orifice nasal jusqu'au contact des os propres du nez. Cette apophyse deTintermaxillaire, identique alors à ce que les singes présentent à un état permanent, n'a qu'une durée transitoire chez l'homme en voie de développement, ou, pour mieux dire, sa disposition cesse bientôt d'être visible; en effet, dès le troisième mois cette partie de Tintermaxillaireest voilée par l'apophyse montante du maxillaire, qui, en se développant, s'élargit, passe au-devant d'elle, la déborde, et, la recouvrant complètement, vient constituer le bord de l'ouverture des fosses nasales.

Un exemple plus frappant encore nous est fourni par le squelette de la main ; c'est pourquoi nous devons y insister : il s'agit de 1*^5 intermédiaire du carpe. On donne ce nom à un os qui, dans la main des orangs, des gibbons et de plusieurs autres singes, sépare le scaphoïde et le semi-lunaire du trapézoïde et du grand os. Ce n'est pas, comme le fait remarquer Broca, un de ces petits osselets surnuméraires périphériques, développés dans les ligaments ou les tendons ; c'est une pièce osseuse toute particulière et constituant un caractère ostéologique d'une grande valeur, car elle ne se rattache ni à la première ni à la seconde rangée du carpe ; elle se place au centre même du carpe, formant à elle seule comme une troisième rangée, de sorte qu'entre le radius et le métacarpe il y a trois lignes articulaires au lieu de deux. Cette disposition, avons-nous dit, existe chez

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