‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 20 sur 87 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

une profonde impulsion par le fait de l'embryologie devenue réellement scientifique, c'est-à-dire par le fait de la doctrine de Yépigenèse définitivement substituée à celle de V évolution (dans l'ancien sens du mot), nous avons spécialement étudié le développement du système nerveux central, et il nous a été facilement donné devoir que Taxe cérébro-spinal de l'homme présente dans sa formation des stades successifs et transitoires tout à fait identiques aux stades qui représentent les formes définitives (permanentes ou adultes) de cet axe dans la série des vertébrés placés au-dessous de l'homme. Nous avons donc constaté que, selon une terminologie qui nous est maintenant devenue familière, le développement ontagénique est une répétition du développement phylogénique; et ces faits nous ont amené, comme conclusion, à des idées générales qui relèvent de la doctrine du tramfonnisme.

La seconde année (1881 -82), nous avons d'abord, dans une série de leçons sur des sujets généraux, recherché comment les organismes supérieurs dérivent d'organismes inférieurs par l'association en série linéaire de ces derniers, c'est-à-dire comment les individus des espèces élevées peuvent être considérés comme des chaînes d'individus simples ; cette théorie des colonies animales j si bien développée par H. Spencer et par Perrier, nous a permis de distinguer, comme composant le corps des vertébrés, une série de segments dits segments vertébraux, qui ne correspondent pas précisément aux vertèbres de l'adulte mais aux prévertèbres (ou segments musculaires) de

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rembryon. Puis, comme question particulière, nous avons pris T étude des segments vertébraux qui composent la tête et le cou, et recherché comment devait être comprise aujourd'hui la théorie déjà ancienne des vertèbres crâniennes. Le développement de ces segments céphaliques et cervicaux, celui des arcs branchiaux et des arcs aortiques correspondants nous a amené une seconde fois à constater un parallélisme rigoureux entre les formes que ces parties présentent chez l'homme à leurs divers stades de développement et les formes qu^elles présentent dans la série graduelle des vertébrés; là encore nous avons vu le développement ontogénique répéter le développement phylogénique ; là encore nous avons été amené à des conceptions qui n'étaient, pour le cas particulier, qu'une démonstration de la doctrine transformiste.

Ajoutons qu'après cette étude purement anatomique sur le développement de la tête et de la face, il nous parut intéressant d'aborder la physiologie de la face au point de vue de l'expression des passions, c'est-à-dire le jeu des muscles peauciers du front, des paupières, des lèvres, des joues, dans le mécanisme de la physionomie, et que là encore, nous basant d'abord comme données expérimentales sur les belles recherches de Duchesne, nous avons, pour l'explication du rôle de tel muscle dans telle expression, trouvé toutes les données théoriques dans la doctrine transformiste, spécialement dans l'ouvrage de Darwin sur VExpression des émotions che r homme et les animaux.

us ISTRODCCnO!^.

Enfin dans ces dernières années «jusqu'en 1885) nous avons exposé l'état de la science relativement aux tout premiers phénomènes du développement, et surtout relativement aux phénomènes intimes de la fécondation, à la segmentation de Tovule, à la formation du blastoderme.

Ces questions, je le répète, seront Fobjet de publications ultérieures; c'est pourquoi elles ne pouvaient trouver place dans le présent volume; c'est pourquoi dans la partie consacrée diu^ preuves du Darwinisme^ nous avons laissé de côté la plupart des questions qui se rapportent à l'embryologie. Mais nous ne saurions nous dispenser de donner quelques rapides indications sur cet ordre d'idées, et de relier ainsi par avance ces leçons à celles qui pourront les suivre. Nous terminerons donc cette introduction en examinant ce qu'est devenu le transformisme depuis Darwin, sous l'influence des études faites sur le développement des animaux.

La doctrine transformiste a pris, dans ces dernières années, non une nouvelle forme, mais une nouvelle extension, grâce aux études d'embryologie. La doctrine de Vévolulion, telle que Ta formulée Haeckel, et telle que nous allons essayer de la résumer rapidement, a pour base la connaissance approfondie des phénomènes du développement embryonnaire chez les divers animaux.

Tout en démontrant la variabilité des espèces et le passage de l'une à l'autre, c'est-à-dire leur origine par transformation de types primitifs, Darwin ne s'est prononcé ni sur le nombre, ni sur la nalure de ces types

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primitifs. Il admet seulement pour ,1e règne animal quatre ou cinq origines distinctes correspondant à peu près aux divisions zoologiques connues sous le nom d'embranchements; il ne considère pas comme impossible que ces souches du règne animal aient pu descendre d'un seul prototype, d'une seule forme primitive intermédiaire aux animaux et aux végétaux; mais cette vue, ajoute Darwin, ne pourrait être établie que par l'analogie qui, dit-il, est souvent un guide trompeur. Ce que n'a pas fait Darwin, E. Haeckel, professeur de zoologie à l'université d'Iéna, n'a pas hésité à le tenter *.

Si les analogies permettent de supposer une parenté successive entre les divers degrés de l'échelle animale, en prenant l'expression de parenté dans le sens propre du mot, c'est-à-dire s'il est possible de supposer que, par exemple, il n'y a eu d'abord que des êtres monocellulaires comme les amibes, puis des êtres formés d'une petite masse de cellules semblables comme les synamibes, et dérivant des précédents par le simple fait de

1. Voici 11 liste des ouvrages de Hœckel dont il a été publié une traduction française.

Histoire de la création des êtres organisés d'après les lois naturelles. Conférences scientifiques sur la doctrine de révolution en général et celle de Darwin, Gœthe et Lamarcken particulier, traduites deTallemand par le docteur Letourneau et précédées d'une introduction par le professeur Gh. Martins. Deuxième édition. 1 vol. in-8 avec 15 planches, 19 gravures sur bois, 18 tableaux généalogiques et une carte chromolithogr. — Anthropogénie ou Histoire de révolution humaine. Leçons familières sur les principes de Tembryologie et delà philogénie humaines. Traduit de Tallemand sur la 2* édition parle docteur Ch. Letourneau. Ouvrage contenant 11 pi., ilO gravures et 36 tableaux généalogiques. 1 vol. in-8. — Le Règne des Protistes. Aperçu sur la morphologie des êtres vivants les plus inférieurs, suivi de la classification des protistes, traduit de Tallemand et précédé d'une introduction de 6i pages par Jules Soury. Oavrage contenant 58 gravures sur bois.

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la division et subdivision de la cellale primitive seule composante ; si Ton peut supposer que de ces synamibes sont dérivés les êtres qui, comme les éponges et les zoo* phytes, présentent une différenciation de ces cellules en un feuillet externe ou épidermique et un feuillet interne ou intestinal, avec un seul orifice servant à la fois à ingérer les aliments et à rejeter les résidus de la digestion, et un feuillet moyen intermédiaire aux deux précédents ; si de ces animaux réduits à une sorte de sac on peut con« cevoir que, par le fait de la formation d'un nouvel orifice qui sera la bouche, l'orifice primitif constituant l'anus, soient sortis les animaux de la classe des vers, de ceux-ci , par l'apparition de bourgeons latéraux qui se développent en membres, les vertébrés inférieurs, se transformant eux-mêmes successivement en vertébrés supérieurs; si cette série logique de suppositions est possible, y a-t-il des notions scientifiques qui puissent venir à l'appui de cette conception entièrement hypothétique ? A prioriy il semble impossible de trouver des faits qui puissent venir jouer le rôle de preuves; cependant ces preuves existent: l'embryologie de chaque être en particulier les fournit d'une manière qu'on aurait à peine osé espérer si complète. En effet, si l'hypothèse précédente est vraie, sa confirmation, sa preuve, une preuve comparable à celle qu'on emploie en arithmétique pratique, lorsque, par exemple, après avoir fait une division on en vérifie l'exactitude en multipliant le diviseur par le quotient et on reproduit le dividende, la preuve, disons-nous, de cette théorie serait acquise si les différentes phases du déve-

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